Avec le Pixel, Google ne défie pas Apple sur le design mais sur l'intelligence

TECHNOLOGIE Google adopte une nouvelle stratégie aussi audacieuse que risquée...

Philippe Berry

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Les téléphones Pixel de Google seront disponibles fin octobre aux Etats-Unis et en 2017 en France.
Les téléphones Pixel de Google seront disponibles fin octobre aux Etats-Unis et en 2017 en France. — GOOGLE

Quoi, c’est ça « l’iPhone killer » ? De prime abord, difficile de ne pas être déçu. Dévoilé mardi, le Pixel, le premier smartphone « made by Google » ne brille pas vraiment pas son design. La plaque de verre sur le dos n’aide pas, surtout sur le modèle noir. Malgré tout, avec ses matériaux premiums et ses courbes angulaires agréables, il séduit davantage en mains que sur les photos. Mais il ressemble clairement au HTC A9 (c’est normal, c’est le constructeur taïwanais qui le fabrique en suivant les ordres de Google) qui s’inspirait lui-même beaucoup de l’iPhone 6/7.

C’est une évidence. Depuis trois ans, l’innovation hardware piétine – lecteurs d’empreinte digitale et charge rapide mis à part. Mais les critiques qui s’attardent sur l’esthétique ou l’absence d’étanchéité oublient l’élément le plus important : l’entreprise californienne se lance dans le hardware pour faire avancer le software. Son patron, Sundar Pichai, l’a clamé haut et fort : « La prochaine révolution informatique se jouera sur l’intelligence artificielle ». Et sur ce terrain, Apple peut s’inquiéter.

Un assistant Google pour chaque personne

Avec le Pixel, Google veut mettre le « smart » au cœur de son smartphone. L’entreprise a optimisé le hardware pour que le Google Assistant puisse intervenir à tout moment en comprenant le contexte de la requête. Pourquoi ne pas lui avoir donné un petit nom, comme Siri ou Cortana ? Car à terme, le géant du Web veut qu’il soit personnalisé pour chaque utilisateur, qui pourront un jour choisir sa voix, sa personnalité ou son degré d’humour, comme Matthew McConaughey dans Interstellar.

A l’heure actuelle, il s’appuie sur le « knowledge graph » (base du savoir) de Google qui compte plus de 70 milliards d’éléments factuels. De plus en plus, il tente de deviner ce que veut dire l’utilisateur, au lieu de lui poser une multitude de questions comme Siri. Exemple : « Joue cette chanson de Shakira de Zootopia » ou « Montre-moi des photos de ce monument parisien super haut ». Si l’utilisateur accepte de donner un accès complet à Google, l’assistant apprend au fur et à mesure, par exemple qu’un habitant de Miami qui pose une question sur les Dolphins parle de l’équipe de football et pas de Flipper.

La mort annoncée de la « search box » et du business model de Google

Google définit encore assez mal son assistant. Sur le Pixel et l’enceinte connectée Google Home, qui vient concurrencer l’Amazon Echo, on communique avec lui par la voix. Dans l’app de messagerie Allo, via du texte. Ce qui se dessine, c’est la mort prochaine de la « search box », l’ancestral champ de recherche sur lequel Google a bâti son empire. Les utilisateurs n’attendent plus une dizaine de liens mais l’information ou la réponse exacte à leur requête. Cette transition vers la conversation avec une intelligence artificielle pose un vrai problème à Google : elle menace son empire publicitaire AdWords.

L’entreprise veut-elle ressembler à Apple ou à Samsung et réaliser ses bénéfices sur le matériel qu’il fabrique ? L’analyste de Gartner Brian Blau en doute. Selon lui, même avec du hardware maison, elle « va continuer de miser sur son vaste écosystème. » Pour l’instant, elle conserve l’exclusivité de l’assistant, mais à terme, la plateforme sera ouverte aux partenaires, qui pourront l’intégrer à tous les objets du quotidien. Le verbe « googler » ne voudra alors plus dire « chercher » mais « comprendre ».