Il y a 20 ans, Match.com lançait l’ère des sites de rencontre (1/5)

SERIE DE L’ETE «20 Minutes» vous propose cette semaine une série d’articles sur les rencontres en ligne…   

Annabelle Laurent

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Une pub pour Match.com dans le métro londonien
Une pub pour Match.com dans le métro londonien — Bixentro/Flickr.CreativeCommons

En 1994, 5% des Américains ont Internet chez eux. Le modem 56K, connu pour son chant si mélodique n’est même pas encore arrivé, c’est dire. Et le tout premier site internet jamais créé date d’avril 1993. Un certain Gary Kremen achète pourtant pour 2.500 dollars le nom de domaine Match.com et lance un an plus tard, en avril 1995, ce qui est aujourd’hui le n°1 mondial du secteur, filiale d’IAC également propriétaire d’OkCupid, Tinder et du français Meetic. 

(2/5) Dans les coulisses de Happn, l’appli française rivale de Tinder 

(3/5) «Modern Romance», le best-seller qui vous dit pourquoi vous n'avez pas trouvé l'amour 

(4/5) Mettez-vous au group dating

(5/5) Sites de rencontre: Plus de raisons d’avoir honte, vraiment? 

Match.com est accessible dans 40 pays. Plus de 75 millions de personnes se sont inscrites sur le site depuis sa création. «517.000 relations, 92.000 mariages, et environ un million de bébés» revendiqués. Si en France, le site n’a jamais réussi à s’imposer face à la toute puissance du français Meetic (2001), vingt ans (1995-2015), ça se fête: retour sur les débuts du géant américain. 

Il l'inscrit, elle le quitte

Gary Kremen, donc. Célibataire à l’époque, il était lui-même un client régulier de «hotlines de dating», qui lui coûtaient 2,99 dollars la minute. «En voyant mes factures aussi salées, j’ai pensé que les gens paieraient peut-être la même chose en ligne», racontait-il au Financial Times en 2011.

Le jeune entrepreneur dévoile Match.com en avril 1995, avec d’emblée un problème: non seulement les personnes connectées sont rares, mais pour qu’elle ait un intérêt, la communauté doit gonfler rapidement. Il inscrit toutes ses connaissances, y compris sa petite amie de l’époque. Qui «rencontre un autre homme à travers Match.com et le quitte»… Au moins, il sait que le site marche. Et match.com décolle. 

Des chatrooms aux algorithmes

Bien sûr, les célibataires n’ont pas attendu qu’on s'occupe d'eux pour se servir d'Internet, et «le cyberlove (oui, on disait cyberlove) et les chat rooms font autant partie de la tradition d'Internet que les hackers et les virus», rappelait en septembre 1995 Wired, l'un des premiers média à se faire l’écho des débuts encourageants de Match. C’est d’ailleurs sur une chatroom, celle «plus de 30 ans» d’AOL (qui se régale en placement de produits dans le film) que Tom Hanks aka NY152 et Meg Ryan aka Shopgirl se rencontrent dans le culte Vous avez un message

Sortie en France 1999, la comédie romantique de Nora Ephron est sans doute la plus emblématique du début des rencontres sur Internet. Mais revenons à 1995: les chat rooms existent, mais match.com invente la formule payante, et surtout l'algorithme, qui promet de vous trouver la personne idéale selon vos goûts et intérêts. 

Après Jésus, la relève

Dans sa première interview télé, Gary Kremen porte un T-Shirt tie-and-dye, assis sur un pouf, et déclame: «Match.com apportera plus d’amour à la planète que quoi que ce soit ne l’a fait depuis Jésus Christ». Aziz Ansari, l’acteur de Parks and Recreation le raconte dans son best-seller paru en juin, Modern Romance

«C’était un pur territoire geek», raconte Gregory, l’un des premiers utlisateurs, au Telegraph, qui s’est rendu dans les locaux britanniques pour les vingt ans. «Il y avait 80% d'hommes, peu de photos de profils. Et le tabou était très élevé». 

En 1999, Kremen vend Match pour 50 millions de dollars à son propriétaire actuel IAC. En 1999, plus de 2.500 sites sont dévoués au «matchmaking». De quoi inspirer en France Marc Simoncini, qui en 2001 justifie ainsi la création de Meetic à l'Express: «Aux Etats-Unis, c'est déjà un véritable phénomène de société. Tout le monde en parle. Et comme il y a 14 millions de célibataires qui veulent se marier en France, ça va bientôt nous tomber dessus! Bilan, Meetic c'est du béton.»