Renault: Un tandem Bolloré-Senard pour succéder à Ghosn

ECONOMIE Vénéré au Japon jusqu’à son arrestation, Carlos Ghosn, sauveur de Nissan au début des années 2000, était la clé de voûte de Renault-Nissan-Mitsubishi...

20 Minutes avec AFP

— 

Le PDG de Renault, Carlos Ghosn
Le PDG de Renault, Carlos Ghosn — ERIC PIERMONT / AFP

L’ère Carlos Ghosn, ouverte en 2005, est sur le point de prendre fin. Le tandem composé de Thierry Bolloré, adjoint et dauphin désigné de Ghosn, et Jean-Dominique Senard, patron de Michelin, devrait prendre les commandes de Renault jeudi.

Un conseil d’administration du constructeur automobile est prévu jeudi, à partir de 10 heures (9 heures GMT) au siège du constructeur à Boulogne-Billancourt, près de Paris. Renault a confirmé la tenue de cette réunion, mais n’a pas souhaité faire de commentaire sur la succession de son patron, incarcéré depuis le 19 novembre au Japon où il a été mis en examen pour abus de confiance et malversations.

Un poste de PDG, mais deux fonctions

Une source proche du dossier a cependant indiqué que le poste de PDG de Carlos Ghosn serait bien scindé en deux fonctions : une direction générale exécutive d’un côté, la présidence du conseil d’administration de l’autre.

Selon cette source, Thierry Bolloré, qui était l’adjoint et le dauphin désigné de Carlos Ghosn depuis l’an dernier, devrait être nommé directeur général, après avoir assuré l’intérim de ce poste depuis fin novembre. Ce Breton de 55 ans, discret et jusqu’alors peu connu du grand public, est un fin connaisseur de l’Asie et du Japon. Il assurera la continuité au sein du groupe qu’il avait rejoint en 2012, en provenance de l’équipementier Faurecia.

Jean-Dominique Senard, 66 ans en mars et qui devait passer la main en mai comme patron de Michelin, deviendrait président du conseil d’administration de Renault. Cet homme à l’image de patron social a les faveurs du gouvernement français, alors que l’État est premier actionnaire de Renault avec 15 % du capital et près de 22 % des droits de vote.

Des rôles délimités

« A notre avis, Jean-Dominique Senard ferait un excellent président de Renault », a souligné le ministre de l’Economie Bruno Le Maire sur BFMTV. Le ministre a aussi clairement délimité les rôles du tandem qui dirigera le constructeur. « Le rôle du prochain président, c’est de renforcer l’Alliance, de renforcer ce géant industriel qui est aujourd’hui le premier constructeur automobile mondial. Ca c’est la responsabilité première du prochain président », a dit le ministre, sans dire si Jean-Dominique Senard pourrait également diriger l’Alliance. « Et puis ensuite il y a le fonctionnement opérationnel de Renault, ça c’est le rôle du directeur général », a-t-il poursuivi.

De son côté, Carlos Ghosn s’est une nouvelle fois vu refuser une libération sous caution mardi. Sa détention provisoire court désormais jusqu’au 10 mars et peut être encore prolongée plusieurs fois. Selon son avocat, il risque de rester incarcéré des mois jusqu’à la tenue de son procès. Renault « n’a pas reçu de lettre de démission de Carlos Ghosn » de son poste de PDG, a dit par ailleurs Bruno Le Maire.

Tensions franco-japonaises

Vénéré au Japon jusqu’à son arrestation, Carlos Ghosn, sauveur de Nissan au début des années 2000, était la clé de voûte de Renault-Nissan-Mitsubishi, ensemble qu’il portait au premier rang des constructeurs automobiles mondiaux, avec 10,6 millions de véhicules vendus en 2017.

La nouvelle direction de Renault aura pour mission délicate d’apaiser les ressentiments et de remettre sur les rails cette alliance cruciale pour chacun des partenaires. Mais pas question pour l’instant de toucher à sa structure fondée sur des participations croisées et dirigée par une société aux Pays-Bas, RNBV, dont la présidence revient de droit à un dirigeant de Renault.

Après quatorze ans de règne à la tête du groupe, Carlos Ghosn lègue une entreprise en bonne santé financière, dont il aura augmenté le volume des ventes mondiales de plus de 50 % à près de 4 millions de véhicules (hors Nissan et Mitsubishi), en développant notamment le créneau du low-cost avec les marques Dacia et Lada.