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Anne Caron, une torréfactrice au talent bien corsé

Anne Caron, une torréfactrice au talent bien corsé

COULEUR CaféAuréolée du titre de Meilleur Ouvrier de France, Anne Caron est tombée dans le café dès son plus jeune âge
Stéphane Leblanc

Stéphane Leblanc

L'essentiel

  • Depuis la fin juin, la torrefactrice Anne Caron est lauréate du MOF, prix du meilleur ouvrier de France.
  • Elle a remporté son prix grâce à son chef-d’œuvre, un projet de navette fluviale susceptible de rapporter jusqu’à Paris du café importé jusqu’en France à la voile.
  • Elle excelle aussi en torréfaction, une discipline qui nécessite de savoir entendre le grain de café brûler.

En remportant fin juin le titre de Meilleur Ouvrier de France Torréfacteur (*), Anne Caron inscrit son nom dans l’histoire de cette compétition prestigieuse qui célèbre les métiers artisanaux en France depuis plus de cent ans. Contrairement à Serge Gainsbourg dans sa chanson Couleur café, elle n’en a jamais eu « marr' de café » et n’a jamais attendu « que ça se tasse ».

Déjà, le café, Anne Caron est tombée dedans quand elle était petite. Et aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle a toujours adoré ça. « Le café, c’est acidulé, confie-t-elle à 20 Minutes. Quand il est bien préparé, même les enfants adorent ça. » Depuis, elle en sert plus de 100.000 chaque jour.

La marque Café Caron, c’est à son père qu’on la doit, fondée il y a quarante-cinq ans. Auteur d’un café signature qu’il a mis au point au bout de longues années, Sylvain Caron a lui-même été reçu le titre de meilleur torréfacteur de France en 2011, plusieurs années avant qu’Anne Caron ne prenne la direction de la marque et ne devienne, à son tour, meilleure torréfactrice de France. C’était en 2017. La première femme primée dans la catégorie. Et voici Anne Caron devenue Meilleur(e) Ouvrier(e) de France Torréfactrice, concours auquel elle se prépare depuis… 2018.

Un café à impact positif

L’événement, qui se tient tous les quatre ans (cinq cette fois avec la crise sanitaire) se compose de cinq épreuves techniques, une épreuve de mise en situation professionnelle et la présentation d’un chef-d’œuvre. Anne Caron a su impressionner le jury pour cette épreuve notamment. « J’ai présenté une unité de torréfaction mobile en adéquation avec mes valeurs, raconte-t-elle. C’est-à-dire incluant une forte dimension environnementale et sociétale. »

Car son objectif dans la vie, « c’est de proposer un café à impact positif qui s’inscrit entièrement dans la durabilité » Anne Caron milite depuis toujours pour un café de spécialité, l’équivalent d’un grand cru pour le vin, relevant de critères stricts dont la note finale doit être supérieure à 80/100.

« C’est plus cher, mais c’est aussi plus vertueux », explique-t-elle en citant le nécessaire respect de la terre et des forets, de ceux et celles qui cueillent les cerises de café, de l’environnement des pays traversés pour le transport, et du consommateur qui se verse au final un café de qualité. « Ce sera évidemment un peu plus cher, mais tout le monde y gagne et c’est le seul moyen de s’engager pour un monde du café plus durable. » Voilà pour les principes.

« Ecouter les grains de café, j’adore ça »

Concrètement, ce chef-d’œuvre ? « Il s’agissait d’une unité de torréfaction mobile, rappelle-t-elle. Mobile, ça veut dire capable de voyager. L’idée, c’était de pouvoir distribuer le café que mes fournisseurs m’apportaient à la voile jusqu’au Havre, de le torréfier dans cette unité mobile et de le rapporter sur une péniche jusqu’à Paris, où j’avais prévu de multiples points de rendez-vous sur ces autoroutes à vélos que sont devenus les quais de Seine. » Il faut croire que ça a plu.

Tout comme l’épreuve pratique de torréfaction. « Ecouter les grains de café brûler, parce qu’on ne peut pas les voir dans un four en fonte, j’adore ça ! »

Difficile d’imaginer plus belle consécration pour cette femme de caractère et de grande sensibilité, que ce titre de MOF qui met en lumière la contribution d’une femme dans un secteur traditionnellement réservé aux hommes. « C’est de moins en moins vrai, rigole Anne Caron, même si les sacs de café font toujours 60 kg et qu’il faut être capable de les soulever. »

(*) Avec Mikaël Portannier et Laurent Baysse.