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Euro 2016: Cristiano Ronaldo n'est plus un dribbleur fou (mais ça reste un joueur dingue hein)
FOOTBALL•Le capitaine portugais a fait évoluer son jeu depuis quelques années, et ça se voit à l'Euro 2016...Thibaut Le Gal
Qu’il paraît loin le temps où Cristiano Ronaldo donnait le tournis à ses adversaires, en distribuant les passements de jambes comme les petits pains, collés à la ligne de touche. A son arrivée à Manchester United en 2003, le jeune Portugais est un ailier droit virevoltant. Pas vraiment celui que vous verrez jeudi lors de Portugal-Pologne, en quart de finale de l’Euro 2016.
« Je l’ai connu au Tournoi de Toulon cette année-là. C’était un joueur insouciant, pas encore discipliné, mais il avait déjà ce dribble en avançant, une cadence très proche dans le touché et cette puissance qui ne demandait qu’à être développée », raconte Omar da Fonseca, consultant sur beIn Sport, qui diffuserale quart de finale Portugal-Pologne jeudi.
« Il avait le feu dans les jambes. Il partait du milieu de terrain, et vroum ! »
Lors de ses premières saisons en Premier League, le numéro 7 des Reds Devils fait lever Old Trafford avec ses chevauchées fantastiques. « Il avait le feu dans les jambes. Il partait du milieu de terrain, et vroum ! C’était une sorte de tracteur supersonique ! Il faisait une dizaine de percées par mi-temps », s’enthousiasme l’ancien buteur argentin.
« C’est vrai qu’il aimait beaucoup dribbler mais je ne pense pas que c’était égoïste, il avait appris ce foot-là dans la rue. C’était un showman, le public appréciait même si ce n’était pas toujours efficace », se souvient David Bellion, qui l’a côtoyé sous le maillot mancunien de 2003 à 2006. « Quand on est jeunes, on est tous un peu foufou. Sauf que lui, comparé aux autres, il réussissait déjà beaucoup plus de choses spectaculaires que la moyenne ».
aSes arabesques n’étaient pas toujours du goût de ses coéquipiers. Louis Saha s’en amusait, en mars dernier à Ibtimes :
« « Ronaldo s’est révélé à 18 ans et il avait ce petit problème de ne pas lâcher la balle. Il a eu besoin d’apprendre et cela a pris du temps. Quand le déclic s’est fait dans sa tête, avec l’aide du manager, il est devenu un joueur magnifique ». »
En épurant son jeu, le Portugais est devenu plus efficace. C’est triste, mais il faut se faire à cette idée : Ronaldo n’est plus un dribbleur fou. Cette saison en Liga, l’attaquant du Real Madrid ne réalise qu’1.4 dribble par match, contre 3.5 pour Lionel Messi, et 4.2 pour Neymar. Depuis le début de l’Euro, Ronaldo n’a effectué que 0.5 dribble par rencontre, loin des 3 dribbles de Kingsley Coman avec les Bleus.
Comment expliquer cette mue ? « C’est le plus grand bosseur que j’ai vu dans ma carrière », répond David Bellion. « Le matin, il arrivait avant tout le monde pour se muscler. Et lorsqu’on était déjà à la douche, il était seul sur le terrain pour perfectionner son jeu ».
Le tournant se joue peut-être au début de la saison 2007, lorsque René Meulensteen, adjoint néerlandais d’Alex Ferguson à Manchester United, a une discussion franche avec le joueur. Il l’expliquait au Telegraph :
« « Jusqu’à maintenant, tu joues pour briller devant les caméras. Pour pouvoir dire « regardez comme je suis un beau joueur ». Cristiano, tu n’as marqué que 23 buts la saison dernière car tu veux tout le temps réaliser le but parfait. […] Je pense que tu peux en mettre 40 cette saison, il faut que tu apprennes à mettre des vilains buts ». »
A la fin de la saison, le joueur en aura claqué 42, et décrochera le Ballon d’Or quelques mois plus tard. « Il était persuadé qu’il ne pouvait marquer des buts qu’après une action individuelle et avoir éliminé 1 ou 2 adversaires, confirme Omar da Fonseca. Le temps lui a montré qu’il y avait d’autres façons de marquer, notamment les buts de raccroc ».
« Marquer, marquer, il n’a que ça en tête »
CR7 reconnaît avoir modifié son positionnement. « Je suis devenu un joueur de surface plus qu’un véritable ailier. Parce que c’est à l’intérieur de la surface que se marquent les buts, près des cages. Donc j’ai un peu changé ma position, assurait le joueur dans Marca en octobre. L’instinct du buteur est quelque chose que vous apprenez avec l’expérience. Cela m’est venu naturellement et me rend heureux. J’ai évolué ».
Son nouveau style de jeu lui permet aussi de ménager ses artères. « A 31 ans, c’est beaucoup plus compliqué de faire des grigris. Au Real, ou avec le Portugal, il est souvent installé en deuxième attaquant. Ça lui permet d’économiser son énergie pour se concentrer sur son énorme talent de finisseur », reprend Da Fonseca. Le spécialiste de la Liga rappelle la devise du buteur : « Marquer, marquer, faire bouger les filets, il n’a que ça en tête. Il se nourrit de ça ». Et tout le pays entier espère que son capitaine aura très faim jeudi soir.


















