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Après avoir fait les beaux, les Croates doivent maintenant être bons

Euro 2016: Après avoir fait les beaux, les Croates doivent maintenant être bons

FOOTBALLLa sélection des Balkans, qui se mesure ce mardi soir à l'Espagne, est un régal pour les yeux, mais...
Jeremy Goujon et David Phelippeau

Jeremy Goujon et David Phelippeau

À Rennes et Nantes,

Quelle différence y a-t-il entre le Allemagne-Yougoslavie de la Coupe du monde 1998 et le République tchèque-Croatie de l’Euro 2016 ? Réponse : aucune. Dix-huit ans après la symphonie inachevée de Dragan « Pixie » Stojković et sa bande face aux Allemands (2-2), celle de Luka Modrić a rappelé à quel point les « Yougos », comme les appelle l’agent de joueurs serbe Nikola Franco, ont un goût prononcé pour la tragédie. Cette faculté de mêler le meilleur et le pire devrait garantir le spectacle du match Croatie-Espagne, ce mardi soir, dans la poule D.

« Une Yougo » 2.0

« Ils sont capables de balader l’adversaire pendant 80 minutes, mais peuvent aussi se faire remonter dans les dix dernières. C’est ce qu’on appelle "faire une Yougo", pose Franco pour 20 Minutes. En 1998, les Yougoslaves menaient 2-0, ils mangeaient les Allemands. Roulettes, petits ponts, etc. Problème, ils s’étaient évadés pendant dix minutes et avaient encaissé deux buts. »

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Soit exactement le scénario de la rencontre disputée le 17 juin à Saint-Étienne, les incidents causés par les « terroristes du sport » en moins (même si le match de 1998 est aussi tristement célèbre pour l’agression du gendarme Nivel). À trop vouloir régaler la chique, les Croates en oublieraient par conséquent l’essentiel : gagner. Une vision des choses balayée par Jure Primorac, ancien joueur du Stade Rennais et fils de Boro Primorac, adjoint d’Arsène Wenger à Arsenal.

Trois classements possibles

« Ils sont beaux à voir jouer, mais ils savent également être pragmatiques. Si on regarde leurs milieux de terrain ou attaquants, ils sont tous dans des grands clubs européens type Barça ou Real Madrid. Donc l’efficacité, ils connaissent. Après, tu n’es pas à l’abri d’une erreur individuelle qui pénalise le collectif, à l’image du penalty bêtement concédé vendredi dernier. Résultat, ils sont aujourd’hui dans une situation délicate. »

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Toujours en course pour terminer premiers du groupe D, les hommes d’Ante Čačić peuvent en effet dégringoler à la 3e place en cas de revers contre l’Espagne, ce mardi (21 h), conjugué à un succès des Tchèques face à la Turquie. Un classement qui ne récompenserait pas l’une des rares nations à avoir, jusqu’à présent, donné du plaisir aux amateurs de joga bonito.

Sacro-sainte technique

« La Croatie joue vraiment très bien depuis le début du tournoi », observe de ce fait la légende locale Aljoša Asanović, demi-finaliste du Mondial 1998, tout en notant un changement comportemental de la part de ses compatriotes. « Je trouve que les grands joueurs croates ont de moins en moins la mentalité des Balkans, et sont ainsi plus réalistes. » « Maintenant, on ne cherche pas qu’à bien jouer, surtout chez les Croates », corrobore Nikola Franco.

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Défenseur du Dinamo Zagreb depuis janvier 2014, le Français Jérémy Taravel (29 ans) se montre plus sceptique. « Ce n’est pas une équipe qui aime défendre. Leur culture, c’est surtout d’avoir des joueurs très techniques comme Modrić ou Ivan Perišić. » La maîtrise du cuir est ainsi le premier critère de sélection au niveau de la formation. Idéal pour le spectacle, moins pour le réalisme.

S’inspirer des Italiens

« Comme le Barça, ils ont tout le temps la balle, mais à un moment donné, il faut la mettre au fond, poursuit Taravel. Je suis plus partisan d’un jeu direct vers l’avant et efficace, à la manière de l’Italie qui te met deux buts en deux occasions contre la Belgique. Le beau jeu, c’est plaisant à voir, mais au final, ça ne rapporte pas de points. »

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La Croatie daignera-t-elle opérer contre nature pour combler les attentes de ses supporters, déçus après avoir tablé sur un sans-faute au bout de deux journées ? Telle est la (nouvelle) question…