Euro 2016: Pourquoi «les terroristes du sport» de la tribune croate n’étaient pas là par hasard

FOOTBALL « 20 Minutes » a enquêté sur cette nouvelle démonstration de force de hooligans…

Jérémy Laugier

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Les bagarres dans cette tribune croate du stade Geoffroy-Guichard ont été accompagnées de pétards et de fumigènes lancés en direction des forces de l'ordre.
Les bagarres dans cette tribune croate du stade Geoffroy-Guichard ont été accompagnées de pétards et de fumigènes lancés en direction des forces de l'ordre. — JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

A Saint-Etienne,

« Ce ne sont pas des supporters, mais des terroristes du sport. » La punchline de ce vendredi est l’œuvre d’Ante Cacic, à la suite du nul (2-2) concédé par ses hommes face aux Tchèques, et marqué par de violents débordements dans la principale tribune croate, à cinq minutes de la fin du match.

Si le sélectionneur est apparu si remonté au stade Geoffroy-Guichard, c’est à la fois car « les joueurs ont perdu de l’énergie à 2-1 en essayant de calmer les supporters », mais aussi car des sanctions peuvent planer autour de la sélection, et surtout car ces incidents ne sont absolument pas tombés du ciel.

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Un point retiré en qualification après une croix gammée dessinée sur le terrain

Lors de la campagne de qualification pour cet Euro 2016 en France, la Croatie s’était notamment vue retirer un point et infliger deux matchs à huis clos plus 100.000 euros d’amende pour une croix gammée tracée sur la pelouse de Split avant une rencontre contre l’Italie en juin 2015 (1-1).

Lors du match aller à Milan, en novembre 2014 (1-1), des supporters croates s’étaient déjà distingués par « des cris racistes et fascistes » ainsi que par des jets de projectiles et de fumigènes vers les forces de l’ordre et les spectateurs en toute fin de partie. Exactement comme ce vendredi dans le Chaudron…

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Zdravko Mamic, homme fort de tout le football croate

« C’est la première fois que ça arrive pendant une grande compétition. Il ne s’agit que de 20 ou 30 hooligans maximum dont le but est de faire accumuler les amendes à la fédération croate et même de disqualifier le pays de l’Euro », nous a confié un journaliste croate présent à Saint-Etienne et préférant garder l’anonymat. Si ces « terroristes du sport » souhaitent pénaliser leur pays, c’est uniquement pour s’en prendre à Zdravko Mamic.

Président de 2003 à 2016 d’un Dinamo Zagreb ayant raflé les onze derniers titres de champion, et que son frère Zoran entraîne, l’actuel premier vice-président de la fédération est considéré comme la personne la plus puissante du football croate. « Il est lié à de multiples affaires de corruption. Des gens sont donc même prêts à financer des hooligans pour fragiliser Mamic, vu qu’il ne sera jamais vraiment inquiété par notre justice », affirme ce journaliste.

« Personne n’ose parler, et surtout pas les joueurs »

« C’est difficile pour nous, joueurs, de nous exprimer sur ce qui s’est passé dans les tribunes aujourd’hui avec ces supporters stupides. Nous devons présenter nos excuses à l’UEFA et à la République tchèque. J’espère que l’UEFA va comprendre cette situation », a timidement lancé le milieu du Barça Ivan Rakitic après la rencontre.

« Tout le monde sait exactement ce qu’il se passe et pourquoi il y a eu ces incidents aujourd’hui. Mais personne n’ose parler, et surtout pas les joueurs. Je peux parier avec vous que les hooligans qui viennent d’agir à Saint-Etienne seront vite libres, comme tout le monde dans ces affaires faisant mal au football croate », soupire notre contact, agacé de voir les ambitions de la bande à Modric gangrenées par des problèmes extra-sportifs. « Nous ne pouvons pas influencer les supporters mais seulement nous battre sur le terrain pour la Croatie », conclut l’attaquant de la sélection Mario Mandzukic.

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