Ligue 1: Marvin Martin, Losc in translation
FOOTBALL•Depuis son arrivée cet été au Losc, le milieu de terrain Marvin Martin a perdu son football...A Lille, François Launay
Percer le mystère Marvin Martin au Losc c’est un peu comme découvrir le Bosson de Higgs: il faut du temps et beaucoup de patience pour arriver à ses fins. Surtout, il ne faut pas compter sur le joueur pour en savoir plus. A l’entendre depuis le début de saison, Martin, originaire du 19e arrondissement de Paris, se sent bien dans le Nord. Sauf que ses apparitions en salle de presse, tout comme ses fulgurances sur un terrain, tutoient souvent le néant. Recrue la plus chère de l’histoire du Losc (12 M€), l’international français aux 15 sélections a tout de l’accident industriel. Avec deux passes décisives et aucun but inscrit au compteur, le joueur de 25 ans est l’un des symboles du début de saison raté d’un club nordiste qui sera ce dimanche au Parc des Princes. «On attend plus des joueurs de talent et il en fait partie. A part insister, travailler, jouer sur des ressorts psychologiques, physiques, techniques tactiques, il n’y a rien d’autre à faire», lâche un Rudi Garcia un peu démuni. Car l’entraîneur lillois ne comprend pas comment le talent du joueur a pu disparaître en six mois.
Richert: «C’est difficile de quitter le cocon du club formateur»
Meilleur passeur de Ligue 1 avec Sochaux en 2011 (17 passes), Martin avait fait dans la foulée des débuts tonitruants en sélection avec un doublé contre l’Ukraine (4-1). Rapidement consacré meilleur espoir du foot français, le joueur est progressivement rentré dans le rang au point aujourd’hui de prêcher dans le désert lillois. « Mais ça ne m’étonne pas. C’est difficile de quitter son club formateur où tu es dans un cocon pour aller dans une équipe plus ambitieuse. C’est d’ailleurs souvent le cas pour ceux qui sont partis de Sochaux comme Pedretti, Monsoreau ou Frau par exemple. Il faut une saison d’adaptation», explique l’ancien gardien Teddy Richert, qui a cotoyé Martin à Sochaux. Biberonné, couvé et formé dans le Doubs, Marvin Martin est en manque de repères loin de Montbélliard. «Il me dit que Lille n’a rien à voir avec Sochaux. C’est une autre ambiance, un plus grand club et c’est un peu plus difficile. Quand je regarde ses matchs, ça m’énerve de le voir faire la dernière passe sans suivre les actions», regrettait il y a un mois l’attaquant Ryad Boudebouz, «son frère» issu de la «famille» sochalienne.
Ses amis sochaliens ne s'inquiètent pas
Autre inséparable de la bande du Doubs, Mathieu Peybernes tente de défendre son pote. « Il ne faut pas se focaliser sur lui. C’est un problème d’équipe au niveau du jeu et de l’attaque. La mayonnaise n’a pas trop pris. C’est une période qu’il ne vit pas très bien. Il était attendu au tournant mais les gens ont cru qu’il venait remplacer Eden Hazard alors qu’ils n’ont pas du tout le même jeu », lâche le défenseur du FC Sochaux. Et si les critiques et les articles sur son niveau de jeu ne lui font pas plaisir, ses amis en sont sûrs : Martin va s’en relever. « C’est un coup d’arrêt dans sa carrière. Mais il va rebondir, je n’en ai aucun doute. Il faut juste lui laisser du temps », assure Peybernes. Même optimisme chez Boudebouz « Il ne se prend pas la tête. Quand ça va un peu moins bien, il se fait petit et il travaille », explique celui qui l’appelle « au moins quatre fois par semaine ».
Un manque de personnalité
Le problème, c’est qu’au Losc Martin s’est fait petit au point de disparaître et de fuir ses responsablités comme le déplore Rudi Garcia. «Je l’ai désigné pour tirer les coups de pieds arrêtés et ça n’arrive pas. Il doit s’imposer». Car au Losc, malgré les consignes, c’est Payet qui tire corners et coup francs sans que le joueur ne bronche. Un peu comme dans une cour d’école, l’ex Sochalien est le nouveau venu qui a peur du caïd de la classe. «Ca dénote le fait qu’il s’efface trop par rapport aux événements. A lui de prendre la dimension qu’on lui prête», conclut le coach lillois. Effacé, déraciné, mauvais, Marvin Martin perdu dans son nouveau monde. La seule bonne nouvelle est qu’il lui sera difficile de faire pire.


















