• Le site de téléchargement illégal francophone, T411, est inaccessible depuis dimanche 25 juin
  • Lundi 26 juin 2017, six personnes ont été interpellées en France et en Suède dont deux à Stockholm soupçonnés d’être les administrateurs du site
  • Une information judiciaire a été ouverte en septembre 2014 des chefs de « contrefaçon, association de malfaiteurs et blanchiment »

« C’est une blague ? », « tristesse absolue », « cataclysme »… Depuis le 25 juin, les internautes adeptes du téléchargement illégal se morfondent sur les réseaux sociaux. En cause, la fermeture de T411, l’un des sites de torrent francophone les mieux fournis en films, séries et documentaires. Six personnes ont été interpellées en France et en Suède dont deux à Stockholm soupçonnés d’être les administrateurs du site, a annoncé l e parquet de Rennes dans un communiqué.

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En quelques années, les mastodontes du téléchargement illégal, « Zone téléchargement », « The Pirate Bay » et désormais « T411 » ont été mis au ban par des enquêteurs français et européens. Comment les autorités s’organisent pour fermer ces sites et quels sont les moyens dont ils disposent ? Le colonel Nicolas Duvinage, chef du centre de lutte contre les criminalités numériques C3N a répondu aux questions de 20 Minutes.

Comment les techniques d’enquête et les outils mis à disposition de la police ont évolué concernant les sites de téléchargement ?

Globalement, que ce soit sur cette thématique ou toutes les autres cyberinfractions, les avancées sont les mêmes. La première, c’est une meilleure coopération avec les opérateurs privés (Facebook, Twitter etc.). Quand on investigue sur Internet, même en matière de téléchargement, il y a souvent une dimension « réseaux sociaux ». La coopération avec ces grands opérateurs et les fournisseurs de mail a largement évolué. Le ministère de l’Intérieur a mis en place un groupe de contact permanent qui se réunit chaque mois.

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Il y a également une meilleure coopération internationale entre forces de police, notamment avec les forces de l’Union Européenne. Europol a créé en 2014 un centre européen de cybercriminalité basé à La Haye. Avant, il fallait attendre des semaines parfois des mois pour obtenir un simple accusé de réception, aujourd’hui en quelques heures on peut avoir une réponse. Cela a permis de fluidifier les interpellations, les perquisitions et les auditions. C’est primordial car dans les affaires de téléchargement illégal, il s’agit très souvent des plateformes internationales, avec des administrateurs disséminés à travers le monde. C’était le cas sur l’affaire T411 puisque certains se trouvaient en Suède. Tout ça, ce n’était pas forcément possible il y a 5 ou 10 ans.

Enfin, la dernière évolution concerne notre formation et notre répartition géographique. On a mis en place des groupes spécialisés en cybercriminalité dans les sections de recherche à Rennes, Bordeaux, Marseille, Lyon, Lille, Paris et Metz. Ces groupes, de 5 à 6 enquêteurs nous offrent une vraie force de frappe.

Comment se déroule l’enquête ? Comment concrètement peut-on fermer un site de téléchargement illégal ?

Je ne peux évidemment pas tout vous dire pour ne pas nous exposer vis-à-vis des administrateurs des sites de téléchargement. Globalement, les axes d’enquête sont toujours un peu les mêmes. Il y a un axe technique : identifier les serveurs, les adresses IP, les adresses mail en collaboration avec le secteur privé.

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Ensuite, il existe un volet financier, « follow the money » (« suivez l’argent ») comme disent les Anglais. Enfin, du côté des ayants droit comme à la SACEM par exemple, ils se sont organisés en interne en créant des équipes de plus en plus robustes et compétentes. Désormais, au moment du dépôt de plainte, ils nous fournissent des dossiers plus complets.

Fermer définitivement un site, est-ce vraiment efficace selon vous ?

Il faut toujours rester humble. Ces sites sont des Hydres à deux têtes. Il arrive parfois que nous ne parvenions pas à identifier tous les administrateurs de ces sites. On fait des choix stratégiques mais l’erreur est toujours possible. Quand on décide d’interpeller les « gros poissons » et de ne pas cibler les « seconds couteaux », il existe un risque de découvrir qu’ils disposent d’importantes responsabilités.

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Et puis, on sait aussi qu’il peut y avoir des copies de serveurs, certains non identifiés par nos équipes. Si la fermeture, le « take down » reste l’objectif, on reste humbles. Le second levier concerne le gel et la saisie des avoirs. Sur T411 par exemple, la prochaine étape consiste à mesurer le chiffre d’affaires généré, dans ce genre de dossiers, on essaie de récupérer les avoirs criminels investis dans des biens matériels ou immatériels : immobilier, véhicules, assurances-vie…

Que risquent les internautes utilisateurs de ces sites ?

D’un point de vue théorique, les simples « téléchargeurs » sont dans l’illégalité. Mais il y a un principe de réalité : la lutte contre le téléchargement illégal n’est pas la priorité en ces temps de terrorisme. On ne peut pas mettre tous les moyens donc on doit prioriser et s’intéresser en priorité aux administrateurs. Mais si des plaintes étaient déposées à l’encontre des plus gros diffuseurs et utilisateurs, on serait dans l’obligation de traiter la plainte.