Téléchargement illégal: «Fermer un site n'a aucun effet, ça contribue juste à l’avènement d’un nouveau»

VOUS TEMOIGNEZ Malgré le blocage momentané du site The Pirate Bay, les internautes ont l'intention de continuer à pirater. Pourquoi?... 

Adrien Chauvin

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Illustration d'un média de téléchargement en Peer-to-Peer (P2P).
Illustration d'un média de téléchargement en Peer-to-Peer (P2P). — ALIX WILLIAM/SIPA

«The Pirate Bay est bloqué? Ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne rouvre», nous souffle Antoine par mail. Il a eu raison. Malgré l’intervention des autorités suédoises et françaises, le célèbre site de piratage est de nouveau fonctionnel. Son blocage temporaire n’a clairement pas gêné ses utilisateurs car «de toute façon il y a d’autres sites», peut-on lire sur les réseaux sociaux. Et malgré l'arrivée des sites de streaming légal comme Netflix ou Spotify, la situation ne change pas

Pourquoi continuez à télécharger illégalement? Les internautes de 20 Minutes tentent de nous éclaircir sur le sujet. 

«Concernant le simulcast, le net est imbattable»

Pour Eryanis, tout est une question de rapidité: «Je suis abonné à Netflix, mais je continue de télécharger. La raison? Tout simplement parce qu’en France les sorties de mes séries préférées sont retardées de plusieurs mois à cause de la traduction, de l'exclusivité et du prix.» Une situation qui ne plaît pas à Jean et qui le pousse à télécharger: «Franchement, comment ça se fait qu’un amateur te fasse des sous-titres potables en quelques heures?» Il est vrai que pour le simulcast, seulement quelques séries comme Game of Thrones ou The Walking Dead sont disponibles en "US +24H". Et sur ce point «le net est imbattable», ajoute Tnecniv.

Concernant les films, c’est un tout autre débat. «Tout est une question de prix, nous explique Thibault, il est hors de question de payer 10 à 20 euros pour un film que je regarderais au maximum deux fois.» Voulant faire dans la légalité, il s’est lui aussi abonné à Netflix et Canal Play, mais surprise «les films ont plus de cinq ans». Et concernant le cinéma? «J’y vais quelques fois, mais à 12 euros la place tu choisis bien ton film.» De quoi le pousser à faire un petit tour sur internet.

«Les prix sont tellement abordable que je ne pirate plus de musique»

«La musique n'a rien à voir avec les vidéos», nous prévient Jean. Pour notre internaute, télécharger illégalement des chansons est un moyen de dénoncer le business des lobbys: «Tout le monde parle de Spotify mais on ne sait pas combien va toucher l’artiste. Tous les intervenants prennent leur part et eux sont servis en dernier.» Dans cette même logique, Daniel préfère télécharger les musiques mais compense «en allant voir l’artiste en concert et en achetant des goodies».

De son côté, Thibault trouve que le prix des musiques sur le net est tout à fait abordable. D’ailleurs, depuis quelques années il ne «pirate plus et acquiert légalement» ces œuvres. Malheureusement, certains sites de streaming musical n’ont pas tout à disposition dans leur répertoire. Alban s’est donc retrouvé à «télécharger les chansons de Metallica» car le groupe n’était pas disponible sur Deezer.

Et Hadopi dans tout ça?

Pour Dylan, Hadopi (Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet) n’a pas les armes pour combattre le piratage: «Ils s’attaquent au Torrent alors que tout le monde est passé au DDL (téléchargement direct). Aucun pays n’arrivera à stopper le piratage, car ils ont tous des années de retard.» Et pour preuve, il y a deux ans la justice américaine croyait en avoir fini avec Megaupload en fermant le site. Mais quelques mois plus tard, son créateur, Kim Dotcom, avait annoncé la sortie de son nouveau site Mega.  

D’autant plus qu’aujourd’hui le Web est rempli de sites frauduleux. «C’est même devenu d’une telle simplicité, qu’il suffit de mettre le nom du film ou de la musique avec "téléchargement gratuit" et on trouve direct plusieurs sites de téléchargement», nous raconte Julien. Du même avis, Antoine estime que «la fermeture d’un site n’a aucun effet», bien au contraire, «cela permet l’avènement d’un nouveau».