La vie sans Megaupload

WEB Un mois après la fermeture de Megaupload, qu'est-ce qui a changé sur la Toile? Les adeptes de la plateforme se sont-ils rabattus sur les offres légales? Quels services profitent réellement de sa disparition aujourd'hui? «20 Minutes» fait le point...

Anaëlle Grondin

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Le site Megaupload.com et de nombreux noms de domaine associés, ont été fermés par le FBI le 19 janvier 2012.
Le site Megaupload.com et de nombreux noms de domaine associés, ont été fermés par le FBI le 19 janvier 2012. — DR

Le 19 janvier dernier, le FBI fermait l’hébergeur Megaupload et sa plateforme de streaming Megavideo, créant une onde de choc sur le Net. Les accros à ces services, utilisés pour télécharger ou regarder des films et séries gratuitement, se sont retrouvés orphelins et la grogne a rapidement gagné la Toile. Car sa fermeture a, en plus, eu un effet domino: certains hébergeurs comme VideoBB, MixtureVideo  ou Videozer ont immédiatement fait le ménage, supprimant des centaines de liens illégaux pour éviter le même sort, d’autres (AlloStreaming, AlloShowTv, Uploadbox, BTjunkie, FileSonic) ont décidé de baisser le rideau.

La fin de Megaupload n’a pas sonné celle du piratage

Ceux qui utilisaient ces sites au quotidien ont dû aller voir ailleurs. Sur les forums et réseaux sociaux, l’entraide est de mise. Des commentaires par dizaines orientent les internautes désemparés vers des sites alternatifs à Megaupload.

«Aucun report pour ma part vers le contenu légal. La fermeture de Megaupload ne change fondamentalement rien du tout. Tout au plus, cette fermeture rendra le piratage un peu moins pratique pendant quelques mois», assure Cyril à 20 Minutes.  «C'est un peu plus galère de trouver facilement des liens de téléchargement, mais en général avec quelques clics supplémentaires, on finit par trouver presque tout ce qu'on veut», renchérit Stéphane. Déborah est d’accord «et au pire des cas il y a les torrent», c’est-à-dire les fichiers qui servent à télécharger en peer-to-peer (P2P).

>> Les témoignages des lecteurs de 20 Minutes ici

Comme elle, d’autres personnes ont choisi de revenir au P2P pourtant surveillé par la Hadopi. Une tendance confirmée par les graphiques de l’observatoire de l’usage de la bande passante à travers le monde mis en place par le constructeur de routeurs Ipoque. Alors que le niveau de trafic du P2P était quasi nul ces dernières semaines en Europe, il connaît des pics depuis la fermeture de Megaupload. C’était encore vrai la semaine dernière: BitTorrent a connu un pic atteignant 22% du trafic total de la bande passante européenne le 17 février.  

La TV de rattrapage et la VOD ont-elles aussi profité de cette sanction?

Pour plusieurs chaînes, la télévision de rattrapage et la vidéo à la demande ont aussi bénéficié de la mort de Megaupload. «Il semble que les utilisateurs de Megaupload sont venus voir les séries américaines sur nos offres gratuites et légales», se félicite Nicolas de Tavernost, patron du groupe M6. «On a constaté une augmentation des abonnements au Pass M6 de 50% depuis le 20 janvier», a précisé M6 à 20 Minutes. La chaîne reconnait toutefois qu’«il est difficile de savoir comment cela va évoluer».  De son côté, CanalPlay, le service de VOD de Canal+, a annoncé une hausse de 20% une semaine après la mort de Megaupload.

«Concernant le trafic sur MYTF1VOD.fr, pendant les 15 jours suivant la fermeture de Megaupload, en comparaison aux 15 jours précédents, nous avons constaté une augmentation du trafic en nombre de visites, en visiteurs uniques et en pages vues, qui a été multiplié par deux»,  nous explique TF1.  «La fermeture de liens gratuits des sites comme Megaupload, a permis aux Français de découvrir une offre légale et sûre de VOD». 

>> Cinq choses à savoir pour comprendre l’affaire Megaupload 

Pas si sûr, estime Pascal Lechevallier, consultant nouveaux médias et ancien de TF1 Vision, interrogé par 20 Minutes:  «Les internautes lambdas (les non-geeks) se sont retrouvés démunis et ont pu se rabattre sur l’offre légale gratuite». Mais pour lui, «il faut attendre. On verra mi-mars si l’observatoire de Médiamétrie révèle qu’il y a eu une forte augmentation». Cet observatoire indiquait récemment que 98 millions de vidéos avaient été visionnées sur Megavideo par les internautes français en novembre. Si ces visionnages s’étaient reportés sur la VOD ou la télévision de rattrapage, «les taux de croissance des plateformes légales sur le mois de janvier devraient donc être en milliers de pourcents. Pour le moment, la part des utilisateurs qui s’est réorientée vers les offres légales est donc infime», argumente Pascal Lechevallier.

D’après le Syndicat de l’édition vidéo numérique,  le secteur de la VOD a bondi de 40% en 2010 puis de 50% en 2011, pour atteindre 230 millions d’euros aujourd’hui. Il n’est donc pas surprenant d’assister à une croissance de ce côté là. Les chaînes de télé ont peut-être crié victoire un peu vite.