Des militants de gauche appellent au détournement d'affiches de campagne sur les réseaux sociaux

ELECTION Après la mobilisation de street artistes pour détourner les affiches des candidats à l’élection présidentielle, les internautes ont décidé eux aussi de faire preuve de créativité…

Helene Sergent

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Capture d'écran d'un des détournements visant François Fillon partagé sur Twitter.

Capture d'écran d'un des détournements visant François Fillon partagé sur Twitter. — @CorrigeFillon

  • Deux mots-clés intitulés « Corrige ton Fillon » et « Corrige ta Le Pen » recensent sur Twitter les meilleurs détournements d’affiche des deux candidats
  • Des street artistes ont également envahi les panneaux électoraux pour caricaturer les affiches

L’idée est née le 29 mars dernier dans une chambre universitaire de Strasbourg. Landdry Augier de Lajallet, étudiant de 25 ans diplômé de Sciences Po et militant de gauche, poste sur son compte Twitter un appel aux internautes pour « corriger » l’affiche de campagne de François Fillon. Divulguée le même jour, l’image a été massivement détournée sur les réseaux sociaux. Le slogan, « une volonté pour la France », est rapidement transformé en « Un vol pour la France ».

« Décloisonner le militantisme »

Le jeune homme décide pour l’occasion de créer un site et une palette de comptes sur les réseaux sociaux dédiés à ces détournements. Le mot-clé « #CorrigeTonFillon » est lancé dans le même temps pour recenser toutes les créations publiées sur Twitter. Contacté par 20 Minutes, Landdry Augier de Lajallet raconte : « J’ai demandé à un ami de vérifier si le nom de domaine "un vol pour la France" était disponible. C’était le cas ce qui nous a permis de créer le site. Ensuite, je suis allé sur hashtag et j’ai commencé à poster les images les plus drôles. »

Le site
Le site - unvolpourlafrance.fr

Ouvert et participatif, le site s’inscrit évidemment dans une « démarche militante », précise l’étudiant : « C’est un moyen efficace de militer et ça permet aussi aux gens de transformer leur colère en quelque chose de plus positif. Cette démarche a aussi pour objectif de décloisonner le militantisme classique du militantisme en ligne, ça permet de réunir les deux à la fois. »

Interrogée par l’AFP, la directrice du Centre d’études sur les images et les sons médiatiques (Ceisme) Marie-France Chambat-Houillon, analyse : « C’est à la fois un geste militant et créatif, qui s’inscrit dans un contexte urbain ». Une démarche qui ne touche pas seulement François Fillon mais également Marine Le Pen. A l’image du mot-clé visant l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, un second est apparu il y a quelques jours sur le même modèle :  « #CorrigeTaLePen ».

Les détournements à son encontre restent pour le moment relativement marginaux et ceux visant les autres candidats sont quasi-inexistants sur les réseaux sociaux.

Pour Landdry Augier de Lajallet qui gère les comptes anti-Fillon, le « succès » des slogans parodiques contre le candidat des Républicains trouve plusieurs explications : « Il ne s’agit pas seulement d’un phénomène urbain, on reçoit de nombreuses photos prises dans des zones rurales ou dans des petits villages. Les réseaux sociaux ont permis de leur donner de la visibilité ».

>> A lire aussi : Affiches de campagne présidentielle : Les street artistes ont « choisi d’en rire » en les détournant

Au début du mois d’avril, quelques jours après le lancement de la campagne officielle, les street artistes Combo, Raphaël Federici et Jaeraymie ont décidé de s’inspirer de l’élection présidentielle et des affiches de campagne. Interviewés par 20minutes le 11 avril dernier, ils détaillaient : « Les hommes politiques sont déjà des caricatures, nous les caricaturons à notre tour. On veut prendre du recul sur ce moment où le débat n’est plus que passionnel, ce n’est pas que pour faire rire ».