Du télégraphe à la fibre, on a visité l’étonnant musée caché d’Orange

INSOLITE Méconnue, la Collection historique du groupe Orange est pourtant accessible au public. « 20 Minutes » à trouvé la trace de ce véritable musée des curiosités et vous dévoile certains de ses trésors…

Christophe Séfrin

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La Collection historique du groupe Orange regroupe 11.000 objets. Lancer le diaporama

La Collection historique du groupe Orange regroupe 11.000 objets. — CHRISTOPHE SEFRIN/20 MINUTES

Personne ou presque ne sait qu’elle existe. Il faut même mettre le GPS pour la trouver, juste à côté d’un rond-point très passant à l’entrée de Soisy-sous-Montmorency (Val d'Oise)*. C’est dans un bâtiment en fond de cour, qu’aucune devanture particulière ne distingue, que la Collection Historique du groupe Orange a élu discrètement domicile. Vous ne pourrez vous y rendre à l’improviste. Si elle est ouverte au public, il faut prendre rendez-vous** pour que Patrice Battiston, entré à France Télécom en 1973, vous fasse découvrir ses joyaux que seuls 1.000 visiteurs environ admirent chaque année.

Les téléphones de « Tonton », arrivés de Latche

Gardien de la Collection Historique du groupe Orange depuis 2003, Patrice Battiston veille sur quelque 11.000 objets scrupuleusement répertoriés et rangés dans un espace de 2.600 m2, dont 300 m2 accessibles au public.

Patrice Battiston veille sur 200 ans de trésors depuis 2003.
Patrice Battiston veille sur 200 ans de trésors depuis 2003. - CHRISTOPHE SEFRIN/20 MINUTES

 

Là, s’étalent plus de 200 ans d’Histoire des communications. « Le matériel réuni provient essentiellement de nos services. Des pièces retrouvées ici et là depuis 40 ans et qui témoignent tout autant de l’Histoire du groupe que de notre Histoire à tous », explique Patrice Battiston. Dans un carton qu’il vient de réceptionner dans son bureau, un épais dossier bleu avec la mention « Latche » au marqueur.

Frainchement découverts, des téléphones ayant sans doute appartenu à François Mitterand.
Frainchement découverts, des téléphones ayant sans doute appartenu à François Mitterand. - CHRISTOPHE SEFRIN/20 MINUTES

 

Egalement à l’intérieur, deux téléphones supposés avoir appartenu à François Mitterrand dans la maison de vacances que l’ancien Président de la République possédait dans les Landes… Ils rejoindront les 3.000 à 4.000 pièces de la collection qu’il faut encore répertorier.

25 mots acheminés en 25 minutes

La visite s’effectue chronologiquement. Juste à droite de l’entrée d’une vaste salle aménagée comme un musée et dont on ne soupçonnerait même pas l’existence, une maquette du Télégraphe Chappe nous renvoie en 1792, l’année où tout à commencé. Flash-back.

1792: le premier télégraphe Chappe.
1792: le premier télégraphe Chappe. - CHRISTOPHE SEFRIN/20 MINUTES

 

« Avant les frères Chappe et leur invention, il fallait trois jours à cheval pour transmettre un message de Paris à Lille. Avec leur télégraphe, un message de 25 mots pouvait être acheminé en 25 minutes », indique le maître des lieux. A l’époque, un télégraphe était ainsi planté tous les 10 à 12 kilomètres, avec un système de signaux à reproduire de l’un à l’autre pour transférer des messages. Les ancêtres de nos antennes de téléphonie mobile…

L’ancêtre du fax et sa mécanique torturée

Plus loin, sur une étagère, une section de câble, le premier qui fut tiré en 1851 entre Douvres et Calais. « La Marine prenait soin de sonder les fonds marins pour savoir où l’on allait déposer le câble », précise Patrice Battiston.

Une section du premier câble de télécommunications tiré entre Douvres et Calais en 1851.
Une section du premier câble de télécommunications tiré entre Douvres et Calais en 1851. - CHRISTOPHE SEFRIN/20 MINUTES

 

Pièce de choix : un exemplaire du téléphone Bell (1877) surnommé à cause de sa forme « le bilboquet » trône sur une étagère. Drôle d’engin en continuant sur la gauche : une copie d’un Théâtrophone (1881). « Clément Ader, son inventeur, en avait implanté dans différents lieux publics pour que les gens puissent écouter en direct certains spectacles qui se jouaient notamment à l’Opéra-Comique. Si l’on était fortuné, il était également possible d’en avoir un chez soi », note Patrice Battiston.

Dès 1881, le Théâtrophone de Clément Ader permettait d'écouter en direct des spectacles.
Dès 1881, le Théâtrophone de Clément Ader permettait d'écouter en direct des spectacles. - CHRISTOPHE SEFRIN/20 MINUTES

 

Le procédé perdura jusqu’en 1836, alors que la radio n’allait pas tarder à pointer le bout de ses antennes. Quelques vitrines plus loin, un étonnant combiné en forme d’encrier. « Avant 1924, chacun pouvait se faire fabriquer son téléphone comme il le désirait. Mais après 1925, l’Administration a imposé son modèle, avec le PTT 24 », indique notre guide. Avec son mécanisme torturé, un Bélinographe (1935) exposé rappelle que le Fax a lui aussi connu un ancêtre : cette machine intrigante permettait d’envoyer des photos.

Ancêtre du fax, le Bélinographe servait à transférer des photos.
Ancêtre du fax, le Bélinographe servait à transférer des photos. - CHRISTOPHE SEFRIN/20 MINUTES

 

Citons ici un commutateur privé récupéré dans un hôtel particulier du Baron Empain ; là une étonnante bouche artificielle qui servait dans les années 50 à tester les capsules microphoniques des abonnés ; là encore, « Tic-Tac », le prototype seventies de ce qui allait devenir le Minitel… Le lieu où la poussière n’a pas le droit de cité est rempli de merveilles plus ou moins improbables. On n’oubliera évidemment pas un coup d’oeil sur le Bi-Bop, qui, dès 1993, préfigurait le raz de marée de la téléphonie mobile.

>> A lire aussi : Ces échecs technologiques: Le flop du Bi-Bop

Ou encore de se placer devant l’énorme visiophone qui fut testé – en vain — dans les années quatre-vingt à Biarritz où 1500 foyers avaient été câblés en fibre optique. Comptez deux heures pour faire le tour. Ou plus, selon les questions que vous pourrez poser à votre hôte et la richesse de ses réponses.

Stéphane Richard attendu de pieds fermes

Dans quelques mois Patrice Battiston partira à la retraite. A ce jour, le recrutement de son successeur n’aurait pas été lancé. « Jusqu’en 2011, j’ai dû faire du lobbying pour que cette Collection soit maintenue. C’est grâce à Stéphane Richard qu’elle a pu perdurer », indique Patrice Battiston, rappelant les heures sombres de la maison et l’époque Didier Lombard, l’ancien PDG, où la Collection menaçait de prendre l’eau…

Cabines téléphoniques, standards... des trésors dorment dans les stocks de la Collection historique Orange.
Cabines téléphoniques, standards... des trésors dorment dans les stocks de la Collection historique Orange. - CHRISTOPHE SEFRIN/20 MINUTES

 

« Mais il faudrait aujourd’hui investir dans des mètres carrés à Paris pour faire de l’événementiel et y adosser cette collection », suggère le futur retraité, inquiet du destin des merveilles dont il a encore la responsabilité. Lors des récents vœux de Stéphane Richard à ses équipes, Patrice Battiston l’a invité à venir visiter la Mémoire du groupe Orange à Soisy-sous-Montmorency. Il l’attend de pieds fermes.

* 61, avenue Kellermann 95230 Soisy-sous-Montmorency/Train Paris-Gare du Nord direction Pontoise ; arrêt Champ de Courses d’Enghien.

** 01 39 64 67 47