Illustration: Un utilisateur de Facebook.
Illustration: Un utilisateur de Facebook. - Josef Horazny/AP/SIPA

Début mai, Laure*, la vingtaine, était en état de «stress intense». En se connectant sur Facebook, comme elle a l’habitude de le faire chaque jour, la jeune femme est tombée sur un message inattendu. Un de ses contacts lui a envoyé la capture d’écran d’un profil que Facebook lui suggérait d’ajouter en «ami». Laure découvre avec surprise l’un de ses clichés utilisé en photo de profil par un compte au nom d’un autre utilisateur.

«Le premier réflexe que j’ai eu a été d’aller chercher le profil, mais je ne pouvais pas mettre la main dessus depuis mon téléphone. J’ai donc publié sur mon propre mur la fameuse capture d’écran du profil, demandant à tous mes contacts de signaler cette personne et de faire passer le message à un maximum de gens», raconte Laure, «dégoûtée».

Un cas qui est loin d’être isolé

Elle finit par trouver le faux profil en se connectant depuis un ordinateur et par envoyer un message privé à son propriétaire. Pas de réponse, «même après plusieurs messages de menaces». Pour faire supprimer ce faux profil, Laure a «signalé le compte auprès de Facebook» grâce à un formulaire dédié sur la plateforme. Finalement, «après analyse du rapport, Facebook n’a pas supprimé le compte en question jugeant qu’il n’était pas frauduleux, relate Laure. Certainement parce que mes photos volées n’ont jamais figuré sur mon compte Facebook mais sur mon compte Instagram.» Le lendemain Laure a alors contacté les «amis» Facebook du propriétaire du compte incriminé pour leur expliquer que son profil était un faux profil et qu’il fallait le signaler. Soulagement, «le soir même le compte a été supprimé».

Laure n’est pas la seule à avoir été confrontée à cette situation. Etienne Wéry, avocat spécialisé en nouvelles technologies, confirme: il «voit de plus en plus ce cas de figure». Certaines personnes peuvent créer de faux profils avec des photos de jeunes filles pour appâter des contacts à qui ils vont envoyer des liens frauduleux et des spams par la suite. Avant de parler d’usurpation d’identité, l’avocat indique qu’il s’agit d’une «violation de droit à l’image». Que faire dans ces cas-là, lorsqu’on se retrouve face à soi sur Facebook?

Plainte contre X dans un deuxième temps

Laure a eu le bon réflexe. Faire une capture d’écran du faux profil et le signaler sur la plateforme. Pour mettre toutes les chances de son côté et prouver qu’il s’agit bien d’un imposteur, «on doit monter un dossier avec une photo de notre pièce d’identité et ainsi montrer que l’autre personne nous a volé notre photo», indique Etienne Wéry. «Facebook a fait des efforts car il n’est pas bon pour son image de dire qu’il laisse faire n’importe quoi, poursuit-il. Mais le problème c’est qu’il ne veut pas s’ériger en censeur. Facebook intervient dans certains cas seulement, lorsqu’on arrive à prouver clairement qu’il n’y a pas de doute possible sur son identité».

Si le réseau social ne réagit pas et que le compte est toujours en ligne, «il faut déposer plainte contre X, assigner Facebook», assure-t-il. «Les gens ne le font pas, car cela demande du temps et de l’argent, reconnaît-il. Mais le fait de passer par un avocat peut entrer en ligne de compte pour faire bouger le réseau social.»

Ne fuyez pas les plateformes, au contraire

Un conseil pour éviter les mauvaises surprises: gardez les photos de vous et vos informations personnelles (date de naissance, lieu de naissance) privées sur les réseaux sociaux. Vérifiez bien que rien ne soit public lorsque vous postez sur Facebook. Mais ne fuyez pas la plateforme pour autant. Laure a gardé son compte sur le réseau social et continue de l’utiliser: «Je me dis qu’il vaut mieux voir ce qui s’y passe pour savoir si quelqu’un recommence avec mes photos ou même avec celles d’une personne de mon entourage.»

*Le prénom a été changé.

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