Alternance : Quelles sont les différences entre contrats professionnel et d'apprentissage ?
Formation en entreprise•L’alternance offre deux chemins bien distincts qui ne s’adressent pas au même public ni au même rythmeFostine Carracillo pour 20 Minutes
L'essentiel
- L’alternance permet d’apprendre en entreprise tout en suivant des cours, de percevoir un salaire et de cotiser pour la retraite dès le début de son parcours.
- Le contrat d’apprentissage, réservé en priorité aux jeunes jusqu’à 29 ans, prépare à un diplôme d’État ou à un titre professionnel, sur un rythme scolaire.
- Le contrat de professionnalisation, ouvert aussi aux adultes et demandeurs d’emploi, offre une formation plus souple et souvent plus courte, directement adaptée aux besoins des entreprises.
Suivre une formation en alternance, c’est plonger dans le concret : moins de cours théoriques, plus de terrain, l’occasion d’affûter ses compétences et de gagner en assurance pour son futur métier. Les frais de scolarité disparaissent, un salaire vient s’ajouter, et chaque journée devient une mise en pratique des notions apprises en classe. Reste à choisir le bon contrat : apprentissage ou professionnalisation. Deux formats, deux logiques, qui ne répondent pas toujours aux mêmes profils.
Le contrat d'apprentissage
Le public concerné par l’apprentissage
L’apprentissage s’ouvre aux jeunes dès 16 ans, voire dès 15 ans si l’anniversaire survient entre la rentrée et le 31 décembre de l’année en cours, à condition d’avoir terminé la classe de 3e. En règle générale, le contrat doit être signé avant 29 ans révolus. Mais la loi prévoit plusieurs assouplissements : un apprenti peut prolonger son parcours jusqu’à 34 ans s’il enchaîne avec un diplôme de niveau supérieur ou si son précédent contrat a été rompu pour des raisons indépendantes de sa volonté, à condition qu’il ne s’écoule pas plus d’un an entre les deux contrats.
Certaines situations permettent même de dépasser complètement cette limite : les personnes reconnues en situation de handicap ou celles qui se lancent dans un projet de création ou de reprise d’entreprise nécessitant l’obtention d’un diplôme. Et si l’apprenti n’obtient pas le diplôme ou le titre visé, il peut bénéficier d’une année supplémentaire pour tenter à nouveau sa chance, avec un nouveau contrat et un nouvel employeur.
Les formations accessibles
Le contrat d’apprentissage permet de préparer un diplôme d’État, qu’il s’agisse d’un CAP, d’un bac pro, d’un BTS, d’un BUT, d’une licence ou même d’un master. Il ouvre aussi la voie aux titres à finalité professionnelle reconnus par le RNCP, pour ceux qui souhaitent valider des compétences précises et directement utilisables sur le marché du travail.
Pour encadrer le tout, la loi fixe un minimum de 400 heures de formation, afin de garantir un socle théorique en parallèle de la pratique en entreprise. L’apprentissage devient ainsi un parcours complet, où les cours et l’expérience de terrain avancent main dans la main jusqu’au diplôme.
Les lieux de formation et la durée de l’apprentissage
L’apprentissage combine temps en entreprise et cours dans un centre de formation : CFA, lycée professionnel, université ou école spécialisée, qu’elle soit de commerce, d’ingénieurs ou autre. Depuis 2019, certaines entreprises proposent même leur propre CFA, pour une formation intégrée directement sur le lieu de travail. Les recruteurs potentiels sont nombreux : associations, petites structures, grands groupes et établissements publics peuvent tous embaucher des apprentis.
La durée varie selon le diplôme préparé : de six mois pour les formations courtes jusqu’à trois ans pour un CAP, un bac pro ou un BTS. Elle peut être portée à quatre ans pour les apprentis en situation de handicap ou les sportifs de haut niveau. La partie théorique doit compter au moins 400 heures de cours par an, avec un total qui augmente selon le parcours : 800 heures pour un CAP en deux ans, 1.350 heures pour un BTS et jusqu’à 1.850 heures pour un bac professionnel.
Le bon moment pour se lancer
Il est possible de démarrer un apprentissage à tout moment de l’année, mais la plupart des CFA suivent le rythme scolaire avec une rentrée en septembre. Pour être dans les temps, mieux vaut avoir signé son contrat entre juin et décembre si l’on vise cette rentrée. La loi laisse d’ailleurs une marge de trois mois avant et après le début de la formation pour finaliser les démarches.
Dans les faits, l’idéal est de s’y prendre tôt : repérer sa formation dès le mois de janvier et entamer la recherche d’un employeur dans la foulée. Les CFA organisent souvent des tests de sélection et certaines entreprises ont des processus de recrutement qui s’étirent sur plusieurs semaines. Anticiper reste donc la meilleure façon d’aborder la rentrée sereinement.
Le suivi et la rémunération de l’apprenti
Encadrée par l’Éducation nationale, l’Enseignement supérieur ou l’Agriculture selon la filière, la formation se déroule le plus souvent dans un CFA. En entreprise, un maître d’apprentissage prend le relais : il forme à la pratique, suit les progrès et s’assure que l’apprenti est prêt pour l’examen final. Ce tuteur doit être qualifié dans le même domaine que celui préparé, garantissant un accompagnement sérieux tout au long du parcours.
La rémunération d’un apprenti dépend de son âge et de son avancement dans le contrat. Pour les moins de 18 ans, elle est de 486,49 euros par mois la première année (27 % du SMIC), 702,70 euros la deuxième (39 %) et 990,99 euros la troisième (55 %). Les 18-20 ans perçoivent 774,77 euros en première année, 918,92 euros en deuxième année et 1.207,21 euros en troisième année. Entre 21 et 25 ans, le salaire passe de 954,95 euros à 1.405,40 euros en fin de parcours. Les apprentis de 26 ans et plus reçoivent dès le départ l’équivalent du SMIC, soit 1.801,80 euros brut mensuel pour un temps plein.
Le contrat de professionnalisation
Une autre voie pour apprendre en travaillant
Ce contrat en alternance permet lui aussi de préparer un diplôme ou un titre reconnu, qu’il s’agisse d’un CAP, d’un bac pro, d’un BTS, d’une licence professionnelle ou même d’un titre d’ingénieur. Son objectif reste le même : faire de la formation un véritable tremplin vers l’emploi. Les enseignements sont pensés pour répondre aux besoins concrets des entreprises et s’étalent sur des périodes plus courtes que l’apprentissage. Certains parcours mènent à un certificat de qualification professionnelle ou à une certification inscrite dans la convention collective de la branche concernée.
Il s’adresse autant aux jeunes de 16 à 25 ans qu’aux demandeurs d’emploi de 26 ans et plus, sans oublier les bénéficiaires des minimas sociaux ou ceux qui sortent d’un contrat unique d’insertion. Ce format se prête à des situations très différentes, qu’il s’agisse de décrocher un premier poste ou de retrouver le chemin de l’emploi avec de nouvelles compétences.
L’objectif et le contenu de la formation
Le contrat de professionnalisation a un but clair : faciliter l’accès à l’emploi. Il peut prendre la forme d’un CDD, signé pour une durée déterminée et renouvelable une fois, ou d’un CDI intégrant une période de professionnalisation de six à douze mois. L’idée est simple : combiner expérience en entreprise et formation ciblée pour rendre l’apprenant immédiatement opérationnel.
Cette formule vise l’acquisition d’une qualification professionnelle reconnue. Parfois, il s’agit d’un diplôme ou d’un titre enregistré au Répertoire national des certifications professionnelles, mais le plus souvent la formation aboutit à un certificat de qualification professionnelle ou à une certification validée par la convention collective de la branche. Un parcours pensé pour coller au plus près aux attentes du marché du travail.
Les lieux de formation et les employeurs possibles
La formation peut se dérouler directement dans l’entreprise si elle dispose de son propre service de formation, ou bien être confiée à un organisme agréé extérieur. Cette souplesse permet d’adapter le parcours au secteur et aux besoins précis du poste.
Côté recrutement, le champ est large : toutes les entreprises privées peuvent conclure ce type de contrat, qu’il s’agisse de PME, de grands groupes, de groupements d’employeurs, d’intérim ou même d’activités saisonnières. La seule exception notable concerne le secteur public : l’État, les collectivités et les établissements publics administratifs comme les hôpitaux ou les lycées ne peuvent pas embaucher sous ce dispositif.
L’accompagnement de l’apprenant
Un contrat de professionnalisation dure généralement entre six et douze mois, mais il peut être prolongé jusqu’à trois ans pour les jeunes sans qualification ou ceux qui complètent leur formation initiale après une longue période d’inscription à France Travail. Cette flexibilité permet d’adapter le parcours au niveau de départ et aux besoins du poste visé. La signature du contrat peut se faire à n’importe quel moment de l’année, sans contrainte calendaire, ce qui laisse la possibilité de se lancer dès qu’une opportunité se présente.
Tout au long de la formation, l’entreprise désigne un tuteur chargé d’accompagner l’apprenant. Ce guide doit être un salarié qualifié, avec au moins deux ans d’expérience dans le domaine préparé. Il suit l’évolution du parcours, répond aux questions et aide à relier théorie et pratique jusqu’à la fin du contrat.
La rémunération en contrat de professionnalisation
Le salaire en contrat de professionnalisation varie selon l’âge et le niveau de qualification initial. Pour un jeune de moins de 21 ans sans diplôme, la rémunération démarre à 55 % du SMIC, soit environ 990,99 euros par mois, et passe à 65 % du SMIC (1.171,17 euros) si le candidat possède au moins un bac professionnel.
Entre 21 et 25 ans, elle grimpe à 70 % du SMIC (1.261,26 euros) sans diplôme et 80 % du SMIC (1.441,44 euros) avec un bac pro ou davantage. À partir de 26 ans, la règle change : le salarié touche au minimum 100 % du SMIC, soit 1.801,80 euros, sauf si la convention collective prévoit un montant plus élevé.
Cotisations, chômage et impôts : ce qui change vraiment
L’alternance, qu’elle prenne la forme d’un contrat d’apprentissage ou de professionnalisation, ne se limite pas à l’obtention d’un diplôme : elle permet aussi de commencer à cotiser pour la retraite dès l’entrée dans la vie active. Chaque trimestre travaillé est validé comme trimestre de retraite, jusqu’à huit sur toute la durée du contrat, et ces périodes peuvent donner accès au dispositif de carrière longue pour ceux qui ont commencé avant 18 ans. Dans les deux cas, le principe est le même : le statut de salarié ouvre les droits et prépare l’avenir.
En matière de chômage, les droits s’ouvrent si la durée minimale de travail est respectée (au moins six mois), que le contrat s’est terminé hors démission et qu’une recherche active d’emploi est en cours. Côté impôts, les règles diffèrent selon le contrat. Les salaires d’apprentissage sont exonérés jusqu’à 21.273 euros bruts par an (plafond pour les revenus 2024 déclarés en 2025, susceptible d’évoluer). Les sommes dépassant ce seuil sont imposables. Pour un contrat de professionnalisation, les rémunérations sont traitées comme un salaire classique et intégralement imposables, avec les éventuelles déductions habituelles du droit commun.



















