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Le covoiturage domicile-travail, en route pour passer la seconde ?

Le covoiturage domicile-travail, en route pour passer la seconde ?

vroumDepuis plus d’un an, le covoiturage pour se rendre au travail a le vent en poupe. Retour sur les raisons d’un succès aussi soudain que tardif
Youssef Zein

Youssef Zein

L'essentiel

  • Le covoiturage domicile-travail a vu sa pratique tripler pendant cette année, mais les chiffres restent en dessous des ambitions du gouvernement
  • La prime spéciale d’Etat de 100 euros, mise en place en 2023 et reconduite pour 2024 est une raison majeure de succès
  • Derrière cette popularité récente, il y a néanmoins un vrai mouvement de fond, initié par la conjoncture écologique et la jeunesse

Après des années de surplace, le covoiturage d’entreprise accélère enfin. Mercredi 13 décembre 2023, le ministère de la Transition écologique a annoncé la reconduction en 2024 de la prime spéciale de 100€, lancée au 1er janvier 2023. Avec une intention redoublée, inciter les automobilistes à partager leur habitacle sur les trajets courte distance. Un coup de pouce qui a déjà prouvé son utilité, en mode turbo : plus de 5 millions de trajets en covoiturage ont été effectués en France sur le premier semestre, selon les chiffres du gouvernement. C’est trois fois plus que l’année précédente, au même moment. « Suite à cette mesure, on a vu notre volume d’inscrits multipliés par quatre, et on voit la tendance se prolonger sur 2024 », observe Tom Attias, chargé du développement commercial de Karos, plateforme de covoiturage du quotidien.

Après des difficultés à démarrer, le covoiturage domicile-travail paraît aujourd’hui sur une bonne lancée. Mais l’on est encore très loin d’un phénomène de société. Une enquête des laboratoires d’idées la Fabrique écologique et le Forum Vies Mobiles réalisée à la rentrée révèle un engouement timide, avec seulement 900.000 trajets par jour cette année… Là où l’Etat et les collectivités en attendent au moins 3 millions à l’horizon 2027. Du simple au triple, le chemin à parcourir en trois ans est conséquent.

Derrière cette hausse, la perfusion de l’Etat

Tom Attias se veut rassurant et rappelle que l’idée de partager son véhicule avec d’autres travailleurs n’est pas née avec la prime de 2023 : « Le changement a été lancé en 2019, suite aux grèves RATP et SNCF. Les Franciliens cherchaient une alternative aux transports en commun. Le Covid a bien ralenti l’activité, mais les affaires sont reparties de plus belle cette année. » Bien sûr, les politiques d’Etat y sont pour quelque chose, en particulier deux mesures : le forfait mobilité durable en 2022, sorte de tickets resto pour la mobilité douce mais aussi et surtout le fameux chèque covoiturage.

La baisse du pouvoir d’achat est aussi à mettre en cause : « 70 % des Français n’ont pas d’alternative de transport à leur voiture. Certes, c’est le moyen qu’ils trouvent le plus confortable. Mais il y a un frein : le prix de l’automobile et du carburant, indécents depuis le début de la guerre en Ukraine », ajoute Tom Attias. L’argent reste donc bel et bien le carburant des covoitureurs. Cependant, d’autres raisons poussent les travailleurs à inviter leurs collègues sur le siège passager.

Une réponse à la jeunesse et à la conscience écologique

Derrière ce succès, il faut tenir compte des évolutions de la société et en particulier de la jeunesse, beaucoup moins au volant qu’autrefois : « Il y a évidemment un éveil écologique de plus en plus prononcé. Mais aussi, les 18-25 ans ont de moins en moins le permis. Si je suis un recruteur pour une entreprise qui embauche des jeunes, je dois proposer une alternative pour pouvoir satisfaire au mieux mes collaborateurs », ajoute Tom Attias.

Karos propose en ce sens de l’accompagnement personnalisé aux collectivités (prochainement à Toulouse) comme aux entreprises : « On les aide à mettre en place leur propre réseau de covoiturage d’entreprise, de rajouter des incitations financières ou de réserver des places de parking à ceux qui jouent le jeu, », précise Tom Attias. Malgré tout, le covoiturage pour les trajets du quotidien paraît donc en bonne voie, lentement mais sûrement, de se démocratiser. Il serait peut-être temps de commencer à faire les yeux doux à votre collègue qui débarque chaque matin en monospace.