« Ce ne sont plus des espaces sûrs » : Lush fait de nouveau campagne contre « le coût réel » des réseaux sociaux
Cinq ans après avoir suspendu son activité sur les réseaux sociaux, Lush en remet une couche avec une campagne engagée sur le « coût réel » de ces plateformesChristelle Pellissier
L'essentiel
- En novembre 2021, la marque de cosmétiques Lush annonçait la mise en veille de ses comptes Instagram, Facebook, TikTok et Snapchat, pour lutter contre « les effets néfastes » de ces plateformes.
- La marque, qui a quitté Twitter après son rachat par Elon Musk, lance une campagne de sensibilisation au « coût réel » des réseaux sociaux, évoquant notamment la « santé mentale » et « notre démocratie ».
- « Nous avons vu les propriétaires des principales plateformes de réseaux sociaux s’opposer à toute législation visant à rendre leurs plateformes plus sûres et plus responsables », indique Andrew Butler, responsable des campagnes chez Lush.
Le 26 novembre 2021, Lush mettait en veille ses réseaux sociaux dans 48 pays, en raison de leurs « effets néfastes. » Une initiative qui n’était pas faite pour durer, la marque souhaitant que « des mesures concrètes » soient prises « pour offrir un environnement plus sûr » aux utilisateurs. Cinq ans plus tard, elle estime que rien n’a changé, lançant une campagne de sensibilisation au « coût réel » de ces plateformes, à savoir le « temps », les « données », les « droits » et la « santé mentale » des utilisateurs, ainsi que « notre démocratie ».
A travers un site Internet dédié, « Safer Socials », la marque souhaite notamment informer et sensibiliser le public en lui fournissant des ressources et un accès à des associations pour obtenir du soutien si nécessaire. Andrew Butler, responsable des campagnes chez Lush, revient sur les initiatives prises par la marque ces dernières années, et explique pourquoi elle estime important de se mobiliser contre certaines « pratiques dangereuses ».
Qu’est-ce qui vous a poussé à suspendre vos réseaux sociaux il y a cinq ans ?
Nous avons pris nos distances après que Frances Haugen, une ancienne employée de Meta devenue lanceuse d’alerte, a révélé que l’entreprise avait connaissance des préjudices causés aux utilisateurs de ses plateformes, mais avait choisi de faire passer le profit avant leur bien-être. Nous avons estimé que les réseaux sociaux n’étaient plus des espaces sûrs pour interagir avec nos clients, et nous avons donc cessé de les utiliser.
Comment la situation a-t-elle évolué ?
Elle s’est sans doute aggravée, notamment avec le rachat de Twitter par Elon Musk. Il l’a rebaptisé « X », licencié les équipes chargées de la modération des contenus et de la sécurité, et réactivé les comptes de personnes diffusant des fausses informations et des discours haineux. Nous avons vu certains propriétaires des principales plateformes de réseaux sociaux se ranger aux côtés de dirigeants mondiaux ultra-autoritaires et s’opposer à toute législation visant à rendre leurs plateformes plus sûres et plus responsables, tout en autorisant activement des contenus et des pratiques dangereux.
Pourquoi avoir choisi une mise en veille plutôt qu’une fermeture définitive de vos comptes ?
Nous n’avons jamais été opposés aux réseaux sociaux en tant que moyens de communication, mais plutôt aux pratiques qui rendaient certaines plateformes dangereuses. A ce titre, nous souhaitions laisser la porte ouverte à un éventuel retour sur ces plateformes si elles apportaient les changements nécessaires. Nous avons aussi développé au fil des années une importante communauté sur ces plateformes, il fallait donc expliquer aux gens pourquoi nous avons arrêté nos publications via un message visible.
Pourquoi repartir en campagne aujourd’hui contre les réseaux sociaux ?
Cette campagne vise à expliquer pourquoi nous ne sommes pas présents sur ces plateformes, car bon nombre de nos clients, et même certains membres de notre personnel, ne semblent pas pleinement comprendre pourquoi nous avons pris cette mesure. Mais il s’agit aussi de contribuer à mettre en lumière les problèmes qui persistent sur bon nombre de ces plateformes, notamment en matière de vie privée et de caractère addictif.
Au fil des ans, nous avons échangé et collaboré avec de nombreux acteurs de la société civile qui militent en faveur de réseaux sociaux plus sûrs. Parmi eux figurent des proches ayant perdu des êtres chers à cause de pratiques et de contenus dangereux autorisés par ces plateformes, ainsi que des jeunes qui se battent pour un avenir numérique meilleur. Le but est d’aider les personnes qui pourraient avoir des difficultés à gérer leur temps passé en ligne ou qui souhaitent s’informer, et à les orienter vers des associations et des ressources susceptibles de les soutenir.
Lush estime que l’un des coûts réels des réseaux sociaux est « notre démocratie ». Que voulez-vous dire ?
Ces dernières années, nous avons pu constater à quel point les réseaux sociaux peuvent influencer le résultat des élections, les politiques et d’autres processus démocratiques. Loin d’être "impartiales", ces plateformes reflètent souvent les convictions politiques, les idéologies et les aspirations de leurs propriétaires.
Quel est le coût pour Lush qui renonce à l’un des canaux de communication les plus puissants pour une marque ?
Il est impossible de chiffrer avec précision le coût financier, mais il est sans doute considérable. Il y a de nombreuses pratiques commerciales qui améliorent les résultats financiers mais ont un coût néfaste ailleurs, comme l’externalisation des coûts environnementaux liés aux matières premières… Cela ne signifie pas pour autant qu’elles soient justifiées ou qu’il faille y recourir. En tant qu’entreprise, nous voulons "laisser derrière nous un monde meilleur ", et ce n’est pas simplement un slogan marketing sans substance, mais bien le principe qui guide tous les aspects de notre activité.
Le fait que les réseaux sociaux soient détenus par des milliardaires qui les utilisent comme leurs propres médias, sans contrôle ni contre-pouvoir approprié, ni garanties adéquates pour protéger les utilisateurs, a des conséquences profondément négatives pour l’ensemble de la société. Si nous vendons quelques bombes de bain en moins, ce n’est qu’un petit prix à payer. Cela dit, nous attendons avec impatience le jour où les réseaux sociaux redeviendront ce qu’ils étaient censés être : des lieux où nous pouvons entrer en contact avec nos amis, notre famille et nos communautés, et échanger des informations et des idées d’une manière plus sûre et bénéfique pour tous.



















