« C’est cher à l’achat, mais rentable rapidement »… Les maillots menstruels dictent les nouvelles règles à la plage
Inspirés par le succès des culottes menstruelles, les maillots de bain cherchent désormais à se faire une place au soleilClaire Frayssinet
L'essentiel
- Les maillots de bain menstruels se démocratisent en France malgré les réticences initiales des femmes qui craignaient des fuites visibles à la piscine ou à la plage.
- Le marché connaît une forte croissance, particulièrement chez les adolescentes. Décathlon prévoit de lancer son propre modèle en août et une « sous-culotte menstruelle » à l’automne 2027.
- Cet été, retrouvez notre série « Mouiller le maillot » où l’on ne parlera ni de foot, ni de Coupe du Monde, mais du maillot de bain sous toutes ses coutures.
«J’ai toujours peur que ça déborde », « Ça marche que le premier et le dernier jour des règles »… Comme Marilyne et Aurélie, lectrices de 20 Minutes, de nombreuses femmes sont circonspectes à l’idée de porter un maillot de bain pendant leurs règles alors même que le marché des culottes menstruelles, lui, a explosé. En 2025, ce sont 53 % des Françaises en âge d’avoir leurs règles qui possèdent ou utilisent au moins occasionnellement une culotte menstruelle (sondage Ifop).
Alors pourquoi tant de méfiance à l’égard de la version de bain ? « C’est parce que les femmes se disent ''il peut y avoir une fuite devant tout le monde… Avec ma culotte, c’est dans mon pantalon, c’est gênant, mais en maillot, c’est quand même beaucoup plus visible… '' » explique Marine Van den Bussche, co-fondatrice de Smoon, une marque spécialiste des textiles de protection intime. Des freins psychologiques que les marques tentent de lever en investissant dans leur R&D. « Au début, il y a eu des échecs. Les maillots étaient trop serrés, les utilisatrices avaient des marques pas possibles, certaines ont eu des fuites ou encore l’eau rentrait dans le maillot et ça se faisait comme une espèce de ballon de baudruche au niveau de l’entrejambe » raconte Marine Van den Bussche. A force d’ajustements et de retours clientes, la marque a fini par trouver la formule gagnante grâce notamment à une membrane imperméable qui remonte sur tout le bas du maillot pour éviter l'effet de capillarité avec le sang ainsi que des joints en silicone anti-fuites au niveau de l’entrejambe et du tour de cuisse. Résultat: un maillot capable d'absorber l'équivalent de deux tampons.
Une efficacité qui a aussi un prix en argent et en entretien
Avec l’amélioration de la technicité des maillots, de plus en plus de femmes franchissent le pas. « Franchement, le seul regret que j’ai, c’est de ne pas en avoir acheté un avant ! Parce qu’on oublie que c’est un maillot de bain menstruel. Je l’emporte toujours avec moi en vacances au cas où. C’est cher à l’achat, mais rentable rapidement » s’enthousiasme Clémence, 34 ans. De son côté, Morgane 32 ans raconte : « Je suis accompagnante d’élèves en situation de handicap et un de mes élèves avait des séances à la piscine. Son handicap nécessitait que je l’accompagne dans l’eau (…) Au début j’avais très peur de la fuite, bien que j’avais opté pour un modèle bien ajusté à ma taille. Mais au final, tout s’est bien passé. Ça demande certes de l’entretien mais au moins je ne me prive plus de sortie piscine/plage juste parce que c’est "ma semaine de princesse " ». Les utilisatrices notent toutefois quelques limites, non seulement le prix (65 € en moyenne pour un maillot une pièce) mais aussi les contraintes d’entretien (un rinçage puis un lavage méticuleux à la main après chaque utilisation) et un temps de séchage augmenté qui ne permet pas d’enchaîner les bains de mer. Certaines marques recommandent aussi de doubler la protection avec un tampon, ce qui, forcément, fait perdre de l’intérêt au produit.
5% du chiffre d'affaire du rayon maillots de bain
Décathlon, jamais dernier pour repérer les tendances, distribue des maillots menstruels, dont la marque Smoon, depuis 2024. « C’est encore une part modeste, mais très prometteuse : cela représente aujourd’hui 5 % du chiffre d’affaires du rayon maillots de bain natation Femme. Pour une catégorie de produits qui n’était pas présente chez nous il y a deux ans, c’est une très bonne performance qui montre que le maillot menstruel s’installe durablement dans les habitudes » se félicite Julie Drogou, cheffe de produit chez l'enseigne spécialisée qui évoque une croissance à deux chiffres de ce secteur entre 2024 et 2025. Preuve que le géant des équipements sportifs y croit vraiment, il va lancer son propre modèle, sous sa marque, dès le mois d’août. « Et après l’arrivée de notre premier maillot une pièce et d’une culotte, nous commercialiserons à l’automne 2027 une sous-culotte menstruelle. Elle permettra de transformer n’importe quel maillot de bain classique en maillot menstruel. Et ce n’est qu’un début, nous avons encore de belles innovations techniques en préparation pour les saisons suivantes » poursuit Julie Drogou.
Des maillots plébiscités par les ados
Les adolescentes et les jeunes femmes semblent tout particulièrement réceptives à ces nouveaux maillots de bain. « Je prévois d’en acheter à mes nièces lorsqu’elles auront l’âge d’avoir leur règle » confie Clémence. Une conscience environnementale plus développée et une vision « body positive » de la baignade expliquent en partie cet engouement. « Chez les ados, c’est un carton, c’est un truc de fou ! confirme Marine Van den Bussche de Smoon. Beaucoup vont à la piscine, c’est un vrai sujet de stress. Donc, il y a les mamans qui ont envie de les équiper. Et ça se voit particulièrement au moment des départs en colo, des vacances… » Et Julie Drogou de Décathlon de renchérir, « Le maillot menstruel n’est plus un produit de niche : il est en passe de devenir un incontournable du vestiaire d’été et de natation, tant pour les femmes que pour les adolescentes ».


















