Avec les culottes menstruelles, les règles aussi passent au zéro déchet

HYGIENE INTIME Grâce aux culottes menstruelles, on peut avoir des règles plus respectueuses de son corps et de la planète

Anissa Boumediene

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Grâce aux culottes menstruelles, les règles passent aussi à l'heure du zéro déchet.
Grâce aux culottes menstruelles, les règles passent aussi à l'heure du zéro déchet. — Elia lingerie
  • Désormais, la tendance du zéro déchet concerne aussi les règles.
  • Abandonner les protections hygiéniques jetables pour des culottes menstruelles permet d’avoir des règles qui ne polluent ni notre corps, ni la planète.
  • En prime, on peut en trouver de jolies.

Deux milliards. C’est le nombre de tampons et de serviettes jetés chaque année rien qu’en France. Des protections jetables non recyclables qui sont régulièrement mises en cause en raison des substances chimiques et autres résidus de pesticides que nombre d’entre elles contiennent.

Heureusement, des alternatives plus respectueuses du corps et de l’environnement existent. A l’occasion ce 28 mai de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle, 20 Minutes s’intéresse aux règles en mode zéro déchet.

Des protections hygiéniques polluantes

Glyphosate, matières plastiques issues de la pétrochimie, phtalates et dioxines : on l’a dit, la composition des protections hygiéniques jetables est régulièrement pointée par les associations de consommateurs, qui alertent face à la présence de « résidus potentiellement toxiques » contenus dans les tampons et serviettes. Une composition source de pollution, comme le souligne l’Agence de la transition écologique (Ademe), qui a étudié « les impacts environnementaux des protections hygiéniques absorbantes ».

Et ces produits (qui recouvrent également les couches pour bébé et les protections contre les fuites urinaires) polluent à toutes les étapes, de leur production et l’extraction des matières premières à leur fin de vie. « La production des fibres et matières textiles, la consommation d’électricité et de chaleur pour assembler les différents composants, contribuent au changement climatique [avec l’émissions de gaz à effet de serre] et à l’épuisement des ressources fossiles », relève l’Ademe. Un processus qui a aussi « un impact sur la santé humaine et l’écotoxicité aquatique ».

Au cours de sa vie, une femme utilisera jusqu’à 15.000 protections hygiéniques jetables. Or, une serviette met entre 500 et 800 ans à se décomposer. Une fois à la poubelle, tampons, serviettes et leur emballage plastique finissent enfouis ou incinérés. A ce rythme, avoir ses « ragnagnas » coûte bonbon : en moyenne 3.000 euros dans une vie, rien qu’en serviettes et tampons.

« J’ai eu mes premières règles zéro déchet, je me sens "consommactrice" ! »

En comparaison, les culottes menstruelles, lavables et réutilisables – et dont certaines ont un pouvoir d’absorption équivalent à quatre tampons –, permettent d’éviter une quantité importante de déchets. « On peut exprimer sa sensibilité écolo au quotidien, que ce soit avec des vêtements produits de manière écoresponsable ou en adoptant une alimentation bio et en vrac. Alors pourquoi pas avec les règles ?, s’interroge Laure, qui a récemment acheté et testé deux culottes menstruelles. J’utilise encore des tampons, et je ne me vois pas faire sans, notamment l’été à la plage. Mais je trouve intéressant de réduire mes déchets de règles simplement avec deux culottes achetées au supermarché ». C’est le cas de l’enseigne Naturalia, qui commercialise depuis quelques mois une culotte menstruelle très performante, bio, éthique et made in France.

Parmi les marques disponibles dans l’Hexagone, la lingerie Elia s’inscrit dans une démarche vertueuse globale. « Notre lingerie menstruelle est 100 % made in France, en coton bio certifié, et fabriquée avec des fibres végétales absorbantes issues de forêts gérées de manière écoresponsable, pour assurer une meilleure préservation des ressources. On a même a mis en place un algorithme prédictif qui permet d’anticiper les commandes, pour ne produire que la juste quantité de culottes », explique à 20 Minutes Marion Goilav, sa cofondatrice.

Des arguments qui ont convaincu Melissa, qui vient de se convertir aux culottes menstruelles. « Depuis quelques années, on parle beaucoup plus de consommation zéro déchet et de problématiques liées à la santé des femmes, comme le syndrome du choc toxique causé par les tampons, que j’ai utilisés pendant de nombreuses années. On m’a diagnostiqué une endométriose, et même si le lien de causalité n’est pas avéré, j’ai fait le choix d’arrêter totalement les tampons. Mais à chaque cycle, je remplissais la poubelle de la salle de bain avec mes serviettes moyennement confortables et qui me donnaient l’impression de porter une couche. Alors j’ai eu envie de passer au zéro déchet. On était en plein reconfinement, en télétravail, je me suis dit que c’était le bon moment. Il y a quelques mois, j’ai commandé une sélection de culottes menstruelles adaptées à mon flux, et j’ai eu mes premières règles zéro déchet ! C’est très gratifiant de se dire qu’on n’en a généré aucun. Avec cette démarche, je me sens "consommactrice", c’est une vraie révolution ! »

Des culottes efficaces et jolies

Avant, la lingerie spéciale règles, cela désignait pour beaucoup de femmes une petite collection de culottes défraîchies, prêtes à être sacrifiées sur l’autel des menstruations. Mais ça, c’était avant. Car aujourd’hui, en plus d’être efficaces, les culottes menstruelles sont aussi jolies. Couleurs, dentelle et lurex, version taille haute ou string, la marque Loop a soigné le look de ses culottes menstruelles. « Pourquoi avoir ses règles signifierait ne pas pouvoir porter des sous-vêtements aussi élégants que confortables ? », s’est interrogée Morgane Tireau, cofondatrice de la marque, qui ne veut plus que les femmes « vivent leurs règles comme une contrainte ».

Moins de contraintes, mais plus d’investissement, puisqu’il faut compter en moyenne une trentaine d’euros par culotte. « Au départ, le prix m’a freinée », confie Laure, qui « compte en acheter d’autres, progressivement, d’autant qu’à terme, ce sera rentabilisé ». Un bon calcul, puisqu’une culotte menstruelle a une durée de vie de trois à cinq ans.

Côté entretien, il suffit de les rincer à l’eau froide avant de les laver en machine avec le reste du linge (dans un filet à lingerie et sans adoucissant). Et en pratique, « c’est très libérateur. On en enfile une le matin et une le soir, c’est confortable et joli. Bref, ça permet d’oublier qu’on a ses règles, résume Melissa. En prime, on n’a plus la crainte de voir les Anglais débarquer quand on a oublié de refaire le plein de tampons et de serviettes au supermarché. Si un jour j’ai des filles, je leur en achèterai direct, ça change vraiment la vie ! » Un appel du pied déjà entendu par plusieurs marques, dont Elia et Loop, qui proposent des modèles adaptés aux jeunes filles dès leurs premières règles.