Doit-on tous vraiment se mettre à la méthode 54321 pour faire nos courses ?
Ce moyen mnémotechnique promet moins de charge mentale pour faire la liste de course et une assiette plus saineDora Christian
L'essentiel
- La méthode 54321 popularisée sur TikTok propose de faire ses courses en sélectionnant 5 légumes, 4 fruits, 3 protéines, 2 glucides et 1 aliment plaisir, mais selon la diététicienne Pauline Gouth, « c’est une méthode trop réductrice » car elle ne précise ni les quantités ni la durée des courses.
- Cette méthode présente plusieurs limites importantes : elle ne prend pas en compte la qualité et le degré de transformation des aliments, ignore les bonnes graisses pourtant « indispensables, quotidiennement », et « ne crée pas de réel apprentissage nutritionnel » selon la professionnelle.
- Une approche plus pertinente consiste à composer son assiette avec environ 50 % de légumes, 25 % de protéines, 15 à 20 % de féculents de qualité et 5 à 10 % de bons gras, cette méthode étant « plus intuitive » car basée sur les besoins réels du corps plutôt que sur des chiffres arbitraires.
Si vous êtes perdu dans les rayons de votre supermarché avec une liste de course à rallonge à la main, TikTok a trouvé la solution : la méthode 54321. Un moyen censé aider à manger plus sain et alléger la charge mentale une fois face à son caddie. Pourtant, la diététicienne nutritionniste Pauline Gouth explique à 20 Minutes que cette technique à l’approche simple « peut entretenir une fausse impression de bien manger ».
Qu’est-ce que la méthode 54321 pour faire ses courses ?
Fini la liste des courses interminable ! Du moins, c’est que propose la méthode 54321 dont l’intérêt est de faire ses courses stratégiquement, avec une démarche santé. L’idée ? 5 légumes, 4 fruits, 3 protéines, 2 glucides et 1 aliment plaisir pour faire ses courses plus sainement et rapidement. Au premier abord, « l’intention est bonne », remarque la diététicienne Pauline Gouth, ajoutant que : « ça encourage la variété et peut éventuellement aider à limiter les achats impulsifs ».
Mais sur le fond, « c’est une méthode trop réductrice » pour la spécialiste. Car, cette technique ne précise jamais les quantités auxquelles ont fait référence. Parle-t-on d’un paquet de quinze brioches ou d’une brioche ? Ni la durée pour laquelle les courses doivent être faites : une semaine ou une journée ?
Les limites de la méthode 54321
Si l’on cherche à manger sainement, plusieurs problèmes se posent.
La temporalité. « Si quelqu’un fait ses courses tous les deux jours, cela revient à s’autoriser un aliment plaisir à chaque passage, donc potentiellement un paquet de gâteaux tous les deux jours, remarque la diététicienne, ce qui peut faire trop, rapidement ».
La qualité et transformation des aliments. Un sachet de légumes surgelés avec 30 % de pommes de terre, des additifs et mauvaises graisses, n’est pas équivalent à un sachet de légumes bruts, comme des haricots verts par exemple. Idem pour les trois protéines. On peut acheter du poisson frais, du poulet, du tofu comme trois plats industriels à base de viande. Quant aux glucides, on peut aussi bien choisir des frites au four que des pâtes complètes ou des lentilles.
Dans ces vidéos, « la qualité ou le degré de transformation ne sont jamais pris en compte », ajoute la professionnelle. « Ça ne veut évidemment pas dire qu’il faut bannir les aliments plus transformés, mais c’est beaucoup trop flou pour vraiment guider et aider les gens à faire les bons choix », conclut-elle.
Et le bon gras alors ? « Ce qui me choque aussi, c’est que cette méthode ne permet même pas de respecter les repères nutritionnels classiques », s’indigne la diététicienne en rappelant que les bonnes graisses sont « indispensables, quotidiennement ». Elle cite notamment les produits laitiers ou équivalents, « qui restent des sources importantes de calcium et de protéines ».
De mauvais repères. Quand on parle de « 5 fruits et légumes par jour », on vise en réalité 4 à 5 portions de légumes et seulement 1 à 2 fruits maximum. Cette méthode ne crée pas de réel apprentissage nutritionnel », déplore la professionnelle. Certes, on coche des cases, mais sans comprendre la qualité des aliments, la lecture d’étiquettes, ni la façon d’ajuster selon ses sensations ou son rythme de vie.
Comment mieux faire ses courses ?
Selon la professionnelle, une approche un peu plus pertinente, (même si elle reste schématique et aussi un peu réductrice), resterait celle de la composition de l’assiette. Soit, environ 50 % de légumes, 25 % de protéines, 15 à 20 % de féculents de qualité et 5 à 10 % de bons gras. « L’idée n’est pas d’avoir cet équilibre à chaque repas, c’est très difficile, mais que sur la semaine ou le mois, la moyenne de nos repas s’en rapproche », avance la diététicienne.
Cette approche avec le pourcentage de l’assiette est « plus intuitive », car fondée sur les besoins réels du corps et non pas sur une logique de chiffres arbitraires qui laissent chacun interpréter ce qu’il a envie d’entendre ou croit comprendre. En gardant ce repère en tête, on peut ajuster intelligemment nos apports quand on a fait beaucoup de sport par exemple, et ainsi, mieux rester à l’écoute de son propre corps.



















