Halo hair, mèches pop… Les colorations graphiques reviennent-elles en force ?
Rock Hair Roll•Longtemps associées aux univers alternatifs, les colorations audacieuses reviennent sur le devant de la scène. Entre fascination et hésitation, elles reflètent un rapport plus libre à l’apparenceVictoria Berne
L'essentiel
- Les colorations capillaires audacieuses et graphiques deviennent une nouvelle tendance, popularisée notamment par des personnalités comme la patineuse Alysa Liu avec son « halo hair ».
- Si ces couleurs vives fascinent, elles suscitent aussi des hésitations liées à l’entretien et à la crainte d’abîmer les cheveux, mais les produits aujourd’hui sont beaucoup moins agressifs.
- Pour permettre de tester la couleur sans engagement permanent, Lydia a créé Lyée Studio qui propose des mèches clipsables teintes à la main.
Blond, châtain clair, brun ? Oubliez les classiques. Et si les nouvelles tendances capillaires étaient plus colorées, plus graphiques, plus audacieuses ? Sur les réseaux sociaux comme sur certaines têtes très médiatisées, les cheveux semblent (re) devenir un véritable terrain d’expression.
Aux Jeux olympiques d’hiver de Milan-cortina 2026, vous n’avez pas pu passer à côté. La patineuse américaine Alysa Liu a marqué les esprits autant par ces performances que par sa coiffure assumée. Sa coloration bicolore, surnommée « halo hair », dessine un halo lumineux autour de sa tête. Rapidement, le look devient viral : sur les réseaux sociaux, de nombreuses internautes tentent déjà de reproduire cette coiffure graphique. Mais plus largement, les colorations audacieuses semblent retrouver une place dans les inspirations beauté.
La couleur comme langage ?
Les cheveux n’ont jamais été neutres. Les couper, les teindre ou les transformer raconte toujours quelque chose d’une époque et d’une manière d’habiter son apparence. Pendant longtemps, les couleurs très vives ont été associées à des univers artistiques ou alternatifs. Aujourd’hui, ces codes semblent se déplacer. Sur les réseaux sociaux, les inspirations capillaires se multiplient et redessinent peu à peu l’imaginaire de la couleur. Cheveux bleus pour la créatrice de contenu Penelope Medioun ; cheveux racoon/halo pour Alysa Liu ; cheveux vert fluo en racine pour Billie Eilish. Autant de looks qui circulent, se partagent et se réinterprètent. « Quand on voit des choses très extrêmes à la télévision, ça plante une graine dans le cerveau », explique Angel Gomes, hair colorist. « Les gens se disent : OK, ça c’est extrême, mais pourquoi moi je ne ferais pas juste une petite mèche ? Ou une couleur dans la nuque ? »
Pour Fiona, gérante du salon Fostal à Paris, cette évolution est aussi liée à une transformation du métier et de ses influences : « Quand on travaille dans des milieux plus créatifs, la musique, la mode, le design, on est constamment en train de s’inspirer partout. La coiffure devient un espace d’expression, pas juste une prestation ».
Mais pour Lydia, fondatrice du studio Lyée, cette fascination remonte à l’enfance : « Mes premières inspirations viennent des dessins animés de mon enfance, comme les Winx ou Mew Mew Power », raconte-t-elle. « Les personnages avaient des cheveux impossibles, très colorés. Les mangas aussi ont une manière très graphique de représenter les cheveux ». Chez elle, cette fascination se transforme : « Dès la 5e, j’avais déjà fait un tie and dye, puis un côté vert, l’autre rose », se souvient-elle. « On me reconnaissait presque plus à mes cheveux qu’à mon visage ». Aujourd’hui, cette approche plus graphique de la coiffure se retrouve dans de nombreuses créations capillaires.
« Très vite, je me suis rendu compte que je ne voulais pas faire de la coiffure conventionnelle », témoigne Angel Gomes. « J’ai toujours été attiré par des choses plus créatives. Et dans la coiffure, quand on pousse les limites, on arrive forcément vers des couleurs qui ne sont pas naturelles. »
Entre fascination et hésitation
« J’entendais toujours la même phrase : j’adorerais tester comme toi, mais je ne peux pas », raconte Lydia. « Mes cheveux sont fragiles, mon travail, ma famille… ». Cette hésitation revient souvent chez les clients qu’elle rencontre. « Mais des personnalités comme Alysa Liu montrent qu’on peut évoluer dans un milieu très exigeant et avoir des cheveux roses ou bleus ».
Un constat partagé par Fiona, qui voit dans ces looks une forme d’affirmation personnelle : « La coiffure, c’est hyper intime. Tu touches à l’apparence de quelqu’un, à la manière dont il veut être perçu. La couleur, c’est une façon d’affirmer son style ».
Si les couleurs audacieuses fascinent, elles continuent aussi d’impressionner. Décolorations importantes, entretien régulier ou peur d’abîmer la fibre capillaire peuvent freiner les envies. Une inquiétude que comprend Angel Gomes, hair colorist. « L’idée ne vient pas de nulle part », explique-t-elle. « À une époque, les produits étaient beaucoup plus nocifs. » Mais selon elle, les techniques ont largement évolué. « Aujourd’hui, on travaille avec des produits beaucoup moins agressifs et surtout avec une vraie connaissance chimique du cheveu. On apprend non seulement à faire quelque chose de joli visuellement, mais aussi à respecter complètement la fibre capillaire. »
Tester la couleur sans engagement ?
L’hésitation sera un des points de départ de Lydia lors de la création de Lyée Studio. « J’entendais toujours la même chose : j’adorerais tester la couleur comme toi, mais je ne peux pas », explique-t-elle. L’idée lui vient d’un voyage au Japon : « Là-bas, j’ai découvert une approche de la couleur capillaire vraiment artistique, d’une précision et d’une créativité que je n’avais jamais vues ailleurs », raconte Lydia. « Et surtout, tout le monde portait des tresses ou des extensions en clip avec une totale liberté. »
Une évidence s’impose alors : proposer la couleur… sans l’engagement de la coloration permanente. En 2024, elle lance Lyée Studio et imagine des mèches clipsables réalisées à partir de cheveux naturels, entièrement teints à la main. Certaines sont même peintes au pinceau, comme de petits tableaux capillaires. « J’applique les motifs un peu comme de la peinture », explique-t-elle. « C’est vraiment ce côté artisanal qui me tient à cœur ». Chaque mèche est ensuite cousue sur une petite barrette pour pouvoir être facilement fixée dans les cheveux. « L’idée, c’est de pouvoir modifier son personnage un peu comme dans un jeu vidéo », explique Lydia. « On peut tester une couleur pour un soir, pour une semaine, ou simplement voir si on ose aller plus loin. »
Pour certains, ces essais deviennent même un déclic : « Plusieurs personnes qui hésitaient depuis des années à se colorer les cheveux sont finalement passées à la vraie couleur après avoir essayé les mèches », raconte-t-elle. « Les mèches ont été une sorte de permission qu’elles se sont donnée. »
Que les cheveux soient bleus électriques ou bruns, pour Angel Gomes, pas de préférence, l’enjeu est le même : Ce que je préfère dans mon métier, c’est révéler les gens », explique la hair colorist. « Parfois c’est avec une couleur très audacieuse, parfois avec quelque chose de beaucoup plus naturel. Ça peut être du brun, du rose, peu importe… L’important, c’est que la personne se reconnaisse dedans. »



















