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Familiales, inclusives et plus chill… Pourquoi les Parisiens font la fête dès l’après-midi ?
A Paris, les soirées ne se passent plus que dans les clubs. Boulangeries, brasserie et péniche… La fête est partout mais elle est surtout de plus en plus tôtFiona Bonassin
L'essentiel
- En 2025, la tendance est aux soirées qui démarrent tôt, dans des lieux alternatifs comme les rooftops, bars éphémères ou jardins urbains.
- Cette nouvelle façon de faire la fête répond à un changement de rythme des jeunes actifs qui veulent profiter sans s’épuiser et crée des soirées plus inclusives.
- La fête devient mobile et se réinvente en permanence selon le géographe Luc Gwiazdzinski, « maintenant, les gens demandent à vivre une expérience, du renouvellement, de la découverte. »
Oubliez les nuits blanches en boîte jusqu’à l’aube. En 2025, la tendance est aux soirées qui démarrent tôt et se terminent avant le dernier métro. Des fêtes en dehors des clubs et qui cartonnent auprès des Français. Moins de décibels, plus de chill : on vous explique pourquoi ce nouveau rythme séduit autant.
En ce mercredi soir, sur la péniche parisienne Le Mazette, il ne fait pas très beau, mais la bière coule à flots. Comme souvent, Marie et ses copines sont venues après le travail, « on vient ici pour écouter les sons des années 2000, on commence tôt la soirée comme ça, on rentrera chez nous vers 23 heures et on sera en forme demain au travail » sourit la trentenaire. Rooftops, bars éphémères ou jardins urbains : les spots en plein air, comme les quais de Seine à Paris, les bars PMU mais aussi les boulangeries deviennent de nouveaux lieux de fêtes devant les discothèques.
Un mot d’ordre : lâcher prise
Sur les 1.600 établissements de nuit dénombrés en 2020 avant la pandémie, 300 ont fermé leurs portes et plusieurs milliers de salariés ont perdu leur emploi, selon le Syndicat national des discothèques et lieux de loisirs. « Je pense qu’il y a un peu une dichotomie aujourd’hui entre cette culture Club qui va durer tard et qui a ses codes, et les fêtes de journée qui séduisent de plus en plus parce qu’elle commence plus tôt, explique Guilhem Fenieys, directeur artistique de la péniche Le Mazette. Quand on va en soirée, on veut faire quoi ? On va essayer de lâcher prise, d’oublier un peu les soucis. A 18h30, vous êtes sur une terrasse avec un coucher de soleil, un cocktail à la main, il y a un DJ. C’est déjà la fête ! Vous pouvez déjà lâcher prise alors qu’il n’est que 19 heures. »
Ce virage vers des soirées plus tôt répond à un changement de rythme. Entre le travail, la vie perso et l’envie de mieux dormir, les jeunes actifs veulent profiter sans s’épuiser. Bonus : ces soirées sont souvent plus inclusives, pas besoin d’attendre 2 heures du mat’ pour danser. Et les lieux privilégient des ambiances où tout le monde se mélange, des étudiants aux séniors. « Chez Pantobaguette une fois par mois on fait une soirée qui dure de midi à minuit. On mange, il y a de la musique et ce qui est intéressant c’est que le public change au fil des heures » témoigne Thomas Lugon, mixologue des lieux. On est vraiment ouverts à tout le monde et cette amplitude horaire permet à ceux qui bossent en semaine et le samedi de passer faire la fête à un moment. »
« Il y a autant des jeunes de 20 ans qui font leurs premières sorties que des trentenaires comme nous. On a fêté nos 5 ans il n’y a pas longtemps et il y avait même des personnes d’une soixantaine d’années qui étaient là. Je trouve ça aussi agréable, ce mix de générations dans la fête, un côté qu’on retrouve un peu moins dans les clubs. »
Très organisées ? Voire trop ?
Les heures pour faire la fête changent mais aussi les lieux, « je pense qu’il y a une mutation des adresses pour faire des soirées, avec la fin des grandes discothèques qui ont fini de mourir pendant le Covid-19. La fête, elle est devenue mobile. C’est-à-dire que quand on dit qu’on fait la fête, c’est surtout qu’on va circuler d’un espace à l’autre dans la ville. On n’est plus à un seul endroit. » analyse Luc Gwiazdzinski, géographe, professeur à l’École nationale d’architecture de Toulouse et auteur des « Nouvelles Proximités ». En gros, « la fête se réinvente en permanence. Maintenant, les gens demandent à vivre une expérience, du renouvellement, de la découverte ».
Nos article ClubbingMais cette idée de coder la fête laisse perplexe le géographe, « c’est un temps où on laisse déborder les choses. Peut-être qu’on veut trop normer la nuit en l’organisant. La nuit, la fête, ça redéborde à chaque fois. Les autorités sont obligées de reprendre des mesures. Elle est multiple. Donc, c’est difficile de la baliser. » Alors trop organisée pour certains, parfaite pour concilier amusement et vie professionnelle pour d’autres, ce qu’on peut dire, c’est que la fête n’est jamais finie.



















