« Sexotrucs » sur Lumni : Pourquoi parler aux enfants de vie sexuelle et affective dès 8 ans est une bonne idée
éducation•Depuis le 14 octobre, la plateforme éducative Lumni propose une série de 20 épisodes autour des questions sexuelles et affectives à destination des 8-11 ansClio Weickert
L'essentiel
- «Sexotrucs » est disponible sur la plateforme Lumni depuis le 14 octobre. Il s’agit d’une série éducative à destination des 8-11 ans sur la vie sexuelle et affective.
- Les 20 courts épisodes abordent de nombreuses thématiques grâce à de petits personnages en papier découpé : l’anatomie, la puberté, les sentiments amoureux, la famille mais aussi le consentement et les violences sexuelles.
- « Sexotrucs « permet d’apprendre à se connaître, à interagir avec les autres, construire des relations », explique Anne Daroux, directrice de l’unité éducation de France Télévisions.
Comment on fait les bébés ? Ça veut dire quoi « faire l’amour » ? Si vous êtes parent, peut-être avez-vous déjà été confronté à ces questions de la part de vos marmots. Et peut-être avez-vous eu bien du mal à y répondre et à trouver les bons termes… Dans ce cas, Lumni peut vous être d’un grand secours.
Après « Sexotuto », à destination des ados, la plateforme éducative de France Télé a mis en ligne « Sexotrucs », pour les 8-11 ans, dans la lignée du projet du Ministère de l’Education nationale sur l’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité pour les classes du CE2 à la 6e. A travers 20 courts épisodes de 3 minutes, cette série aborde une multitude de sujets : l’anatomie, les émotions, les relations amoureuses, la famille…
« Sexotrucs » explique aux enfants des notions cruciales comme le respect de l’intimité ou le consentement. Elle leur permet aussi d’identifier les violences sexuelles, l’inceste, et donne des clés pour réagir et se prémunir. Parce que protéger, c’est aussi éduquer, et dès le plus jeune âge.
« Se connaître, c’est bien grandir »
Cela commence notamment par la connaissance de son corps et des profonds bouleversements qui interviennent à la puberté. Plusieurs épisodes sont ainsi consacrés à l’anatomie, aux sexes féminins et masculins, aux règles ou encore à l’importance de l’hygiène intime. Des thèmes évoqués en stop motion grâce à de petits personnages en papier découpé ludiques et attachants. La difficulté ? « Rendre le contenu accessible, que l’enfant puisse s’en souvenir mais aussi avoir des images suffisamment douces et en même temps parlantes », souligne Maxime Gridelet, coréalisateur de la série.
Pour répondre aux questions, c’est Lili, une petite tablette avec un casque sur les oreilles et des lunettes sur le nez, qui décortique les sujets en employant des termes simples mais précis. Par ailleurs, chacun des épisodes de « Sexotrucs » a été élaboré avec l’aide de médecins, de psychologues ou encore de l’association En avant toute(s), qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
Des notions un peu plus complexes et abstraites sont aussi abordées par Lili, comme l’importance du respect du consentement – le sien mais aussi celui des autres –, illustrée par une sucrerie. « Quand tu proposes un bonbon à un copain, tu ne lui mets pas directement dans la bouche, tu lui demandes avant s’il en veut un », explique la coréalisatrice Pauline Brunner.
Intimité, égalités filles-garçons, identité de genre… Autant de notions nécessaires à l’épanouissement personnel mais aussi au bien vivre ensemble. Pour Anne Daroux, directrice de l’unité éducation de France Télévisions, « Sexotrucs » « permet d’apprendre à se connaître, à interagir avec les autres, construire des relations. Se connaître, c’est bien grandir. C’est aussi développer des compétences sociales qui sont essentielles pour être au mieux et trouver sa juste place dans la société. »
« Il y a 1.001 façons d’aimer »
« Dis Lili, j’ai entendu ma babysitter dire qu’elle aimait une fille. En vrai, deux filles, ça peut s’aimer d’amour ? Et deux garçons aussi ? », demande la petite Mina dans l’épisode consacré à l’orientation sexuelle. Les relations amoureuses, le cœur qui palpite et le droit d’aimer qui on veut sont également au centre de la série. « Il y a 1.001 façons d’aimer », confirme ainsi Lili, qui mentionne au passage le thème de l’homophobie. « Parfois, des gens se mêlent de nos histoires pour nous imposer leur vision de l’amour alors qu’on ne leur a rien demandé », explique-t-elle.
Il y a aussi le sujet de la famille et des différentes formes qu’elle peut prendre : un papa et une maman, deux papas, deux mamans, une maman seule ou un papa solo, des parents séparés… Autant de configurations possibles représentées par le thème des dinosaures (que les enfants adorent) et leur grande diversité.
« A travers ces personnages, on leur donne aussi une représentation plurielle de ce qu’est notre société aujourd’hui, estime Anne Daroux chez France Télé. On ne peut pas continuer de rester sur ce schéma d’une maman, un papa et des enfants, qui ne reflète pas la réalité sociale. L’objectif de cette série était justement de permettre à des enfants de se construire le mieux possible et de se sentir libres et en sécurité dans notre société. C’est un arc-en-ciel de toutes les couleurs possibles des situations familiales, des sentiments… »
Un enjeu primordial
« Sexotrucs » traite également, avec délicatesse, de sujets sombres et douloureux comme les violences sexuelles, la pédocriminalité et l’inceste. Les épisodes consacrés à ces sujets distillent de nombreux conseils concrets aux enfants qui en sont victimes ou non : apprendre à distinguer ces violences, l’importance de ne pas rester prisonnier de ce secret et d’en parler à des adultes de confiance… « C’est fondamental et c’est de la protection. Si on arrive à alerter et informer grâce à cette série, ce sera une vraie réussite », considère Pauline Brunner.
« C’est un enjeu primordial d’outiller les enfants – et les parents –, de leur permettre de dire s’ils ont été victimes de violences sexuelles ou d’inceste. C’est important de permettre à un enfant de savoir dire ce qu’il a vécu, de le nommer. Mettre des mots sur ce qu’ils ont vécu c’est aussi mieux les protéger », affirme la directrice de l’unité éducation de France Télé.
Selon le dernier rapport de la Ciivise, près de 160.000 enfants sont victimes de violences sexuelles, notamment d’inceste, chaque année. Près de 40 % des violences sexuelles avant 18 ans ont lieu avant l’âge de 11 ans. Une victime d’inceste sur quatre avait moins de 5 ans au moment des faits.
Depuis son lancement sur Lumni, il y a une dizaine de jours, « Sexotrucs » a déjà enregistré près de 14.000 visites, se réjouit Anne Daroux. Elle précise par ailleurs que le programme sera également mentionné sur le site Eduscol du Ministère de l’Education Nationale, à destination des enseignants.



















