Miel : Comment distinguer le vrai du faux miel qui envahit les rayons des supermarchés ?
Conso•Dans les rayons des supermarchés, beaucoup de pots de miel sont frelatés, coupés notamment avec du sucreAnissa Boumediene
L'essentiel
- Ces dernières années, de « faux » miels, souvent coupés avec du sucre, ont inondé le marché français.
- Selon une enquête de la Commission européenne, 46 % des miels importés sont suspectés de déroger aux règles de l’UE.
- Mais existe-t-il un moyen de distinguer le vrai miel des versions frelatées ?
Son goût est inimitable sur une tartine de pain et beurre (salé), et réconforte en une cuillerée les gorges irritées. D’acacia, d’oranger, de lavande ou encore de châtaignier : à chacun son miel préféré.
Mais y voir clair dans son pot de miel n’est pas toujours facile. Origine et composition de ce produit de la ruche sont souvent difficiles à décrypter, et de « faux » miels sont vendus comme étant du vrai. Au grand dam des apiculteurs français, qui subissent de plein fouet cette concurrence de faux nectars massivement importés, de Chine notamment. Alors, comment reconnaître le vrai miel du faux ? Comment choisir son miel pour éviter les arnaques ? 20 Minutes vous explique.
La concurrence du faux miel
Dans les rayons des supermarchés, la présence de faux miels n’a rien d’anecdotique. Alors que le miel frelaté représentait 14 % du marché en 2017, selon une enquête de la Commission européenne publiée en mars 2023 portant sur 320 échantillons de miels importés dans l’UE, environ 46 % sont fortement suspectés de déroger aux règles européennes, notamment via l’ajout de sirops de sucre destinés à faire chuter le coût de production. Ainsi, près de trois quarts (74 %) des miels originaires de Chine ont été jugés suspects. Or, ce pays fournit 37 % des importations de l’UE.
Les « importations massives de miel chinois vendu à très bas coût, quatre fois moins cher, en moyenne, que les miels européens, déstabilisent le marché dans son ensemble, font subir une distorsion de concurrence inacceptable aux apiculteurs français et trompent les consommateurs », estime la FNSEA dans un communiqué publié il y a quelques jours. Pour remédier aux fraudes, les eurodéputés ont entériné en avril un texte rendant obligatoire sur les étiquettes des pots de miel le détail des pays où il a été récolté. Les Vingt-sept devront donner un ultime feu vert pour qu’il entre en vigueur.
Les apiculteurs alertent depuis plusieurs mois sur la passe difficile qu’ils traversent en partie à cause de la concurrence des miels importés, à des prix souvent inférieurs à 2 euros le kilo. Des miels qui, à ce prix-là, n’en sont souvent pas. « C’est redoutable pour nous les apiculteurs, parce qu’on est pénalisés deux fois par ces faux miels : d’abord par leur coût dérisoire face auquel on ne peut évidemment pas lutter, mais aussi parce que cela met le doute aux consommateurs, donc la consommation baisse : 600 grammes par an et par habitant, c’est peu », regrette Henri Clément, apiculteur professionnel en Lozère et porte-parole de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf).
« Pas vu, pas pris »
Dans ce flou organisé, difficile pour les consommateurs de s’y retrouver. En pratique, « le marché est inondé de miels issus de mélanges, ou miels d’assemblage : dans un pot, vous avez des miels venant de cinq ou six pays, de deux ou trois continents, et contenant pour les miels frauduleux des ajouts de sirops de sucre, explique Henri Clément. Or, s’ils sont conditionnés hors de France, la seule indication d’origine figurant sur l’étiquette de beaucoup de produits est : "mélange de miels originaires et non originaires de l’UE". En clair, on peut simplement dire qu’ils viennent de la planète Terre ! Pourtant, quand vous achetez une bouteille de vin, vous choisissez une région, un cépage, avec des caractéristiques propres. Pour le miel, ce devrait être la même démarche, mais de gros distributeurs entretiennent le flou pour écouler à bas coûts des produits médiocres qui n’ont de miel que le nom », regrette l’apiculteur.
Pour Nicolas Cardinault, « c’est surprenant qu’il y ait aussi peu de clarté. Le problème, c’est qu’il y a des règles mais pas de moyens de contrôle, donc c’est la méthode du "pas vu, pas pris", et une absence de traçabilité de ces produits ».
Alors, sur Internet, les tutos sont nombreux à proposer des trucs et astuces pour distinguer le vrai miel du faux. Il y a ainsi le test de la feuille de papier essuie-tout : le faux miel étant coupé au sirop de sucre, il a une teneur en eau plus élevée que le vrai, donc la supercherie serait démontrée si le papier absorbe le produit. Il y a aussi le test de l’eau froide, selon lequel le miel serait véritable si quand on en verse une cuillère dans un verre d’eau froide, il tombe directement au fond sans se dissoudre. Ou encore le test du linge blanc, dans l’idée que le faux miel, coupé au sucre et autres colorants, laisserait une tache après rinçage.
Des astuces inefficaces en pratique : « Il y a trop de paramètres en fonction de chaque miel pour penser que ces trucs fonctionnent, souligne Nicolas Cardinault. Qui connaît la vitesse de sédimentation de chaque miel dans l’eau ? Et face à un miel de colza riche en glucose qui va très vite cristalliser et un miel d’acacia riche en fructose qui restera liquide, on ne peut pas miser sur ces croyances pour démêler le vrai du faux. Seule une analyse en laboratoire peut trancher ». D’autant que « les faux miels sont difficiles à identifier parce qu’ils sont relativement bien élaborés, relève Henri Clément. Même si côté goût et bienfaits, cela n’a évidemment rien à voir ».
Etiquette, prix, et produit local
Pour éviter l’arnaque, « c’est simple : il faut lire l’étiquette, payer un prix juste, et choisir un produit local, préconise Henri Clément. Le miel demande un gros travail et les productions sont limitées. Si on veut un miel de qualité aujourd’hui, il faut payer le prix juste. Un miel à moins de 5 euros le kilo, ce n’est pas du miel. Pour un miel de qualité, il faut compter minimum 20 euros le kilo ».
Et où que l’on habite, « avec 62.000 apiculteurs en France, dont 800 professionnels, tout le monde peut trouver du bon miel près de chez soi, assure Nicolas Cardinault. Notamment sur les marchés, on peut y acheter directement auprès des apiculteurs, leur poser des questions sur leur production, conseille Nicolas Cardinault. S’ils n’ont rien à cacher, ils seront heureux de vous parler de leur miel ! »
Et lorsque vous achetez du miel, « vérifiez l’étiquetage, recommande la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Les mentions obligatoires incluent la dénomination de vente, la liste des ingrédients, la date de durabilité minimale et les informations sur le fabricant ou le vendeur ». En pratique, « il faut regarder qu’il y ait bien les coordonnées de l’apiculteur, son nom, son adresse, la région de récolte et la fleur ou l’arbre dont le miel est issu », ajoute Henri Clément. Une transparence gage de qualité, selon Nicolas Cardinault : « un apiculteur qui prend soin de ses ruches et travaille dur pour produire un miel de qualité sera fier, il mettra un point d’honneur à ce que toutes les informations figurent sur l’étiquette. Donc quand rien ou presque n’est mentionné, c’est qu’il y a un loup ».



















