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A Lodève, on fabrique des tapis pour les plus hauts sommets de l’Etat

A la Savonnerie de Lodève, on fabrique des tapis pour les plus hauts sommets de l’Etat

PATRIMOINE« Terre », la dernière œuvre textile monumentale de cet atelier du nord de l'Hérault, va rejoindre les collections du Mobilier national
Nicolas Bonzom

Nicolas Bonzom

L'essentiel

  • La Savonnerie de Lodève conçoit à la main, depuis 1964, des tapis pour les halls, les bureaux et les bibliothèques de l’Elysée, des ministères ou des ambassades.
  • Sa dernière oeuvre, Terre, est un tapis de 3,5 m sur 3,5 m, montrant des lunes gravitant autour de notre planète. Elle va rejoindre les collections nationales.
  • « La fabrication peut durer d’un an et demi, jusqu’à sept ans, confie Jean-Marc Sauvier, son directeur. Le dernier tapis [Terre] a nécessité 1.000 heures de travail, environ trois ans. Ce sont des tapis qui peuvent être conservés 200 ou 300 ans. »

A Lodève (Hérault), l’impasse des Liciers n’a l’air de rien, comme ça. Une rue étroite, sans fard, qui mène au pied des montagnes. Pourtant, c’est ici, au numéro 1, que sont conçus les plus beaux tapis de la République, ceux habillent les halls et les bureaux de l’Elysée, des ministères ou des ambassades. C’est ici, à la Savonnerie de Lodève, qu’un camion du Mobilier national est venu chercher Terre, un magistral tapis, la dernière oeuvre de l'atelier. Un tapis de 3,5 m sur 3,50 m, bleu électrique, noir et blanc, montrant des lunes gravitant autour de notre planète. Une première édition de cette oeuvre textile avait déjà été réalisée au début des années 2000, et montrée, notamment, au château de Versailles. Son succès a poussé le Mobilier national à lancer à un second tissage, en 2020.

Cette pièce unique, confectionnée par les artistes de la Savonnerie de Lodève, annexe de la manufacture des Gobelins, est estimée à environ 300.000 euros. Mais surtout, ne cassez pas votre PEL, car il n’est pas question que cette prestigieuse manufacture décore la chambre du petit dernier : à la Savonnerie, il n’y a que l’Etat qui peut passer commande. « La Savonnerie de Lodève a été créée en 1964, juste après la Guerre d’Algérie, alors que des familles harkis avaient été accueillies sur le Lodévois », confie à 20 Minutes Jean-Marc Sauvier, son directeur. Les Algériennes, dont la plupart fabriquaient des tapis, de l’autre côté de la Méditerranée, ne tardent pas à mettre leur savoir-faire au profit d’un petit atelier, installé dans des baraquements militaires, à Lodève.

L’atelier de fortune des licières algériennes raccordée au Mobilier national

Rapidement, André Malraux, qui était alors ministre d’État chargé des Affaires culturelles, décide d’offrir un peu de plus de reconnaissance à ces formidables licières, en raccordant leur usine de fortune à la direction du Mobilier national. Des techniciens parisiens rejoignent alors, dans le Midi, les artisanes algériennes. Ils formeront, ensemble, la seule annexe dédiée à la tapisserie des Gobelins, imaginée par Louis XIV il y a quatre siècles pour éviter de devoir acheter des tapis à l’étranger. La Savonnerie de Lodève est née.

Mais il faudra attendre « le début des années 2000 pour que la qualité du travail des licières de Lodève soit reconnue au même niveau que celui des licières de Paris. A partir de 2004, la lettre "L" de Lodève est adjointe au "S" au monogramme de la Savonnerie apposé au bas des tissages », raconte le journaliste Josselyn Guillarmou, qui a rédigé un long article sur la manufacture lodévoise, dans la revue Hommes & Migrations.

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« La fabrication peut durer d’un an et demi, jusqu’à sept ans »

A la Savonnerie de Lodève, depuis bientôt soixante ans, les techniques n’ont pas beaucoup évolué. L’atelier perpétue la tradition du tissage à la main, grâce à d’impressionnants métiers à tisser, qu’il est possible d’approcher à l’occasion des visites guidées organisées régulièrement au sein de cet établissement prestigieux*. « La fabrication peut durer d’un an et demi, jusqu’à sept ans, confie Jean-Marc Sauvier. Le dernier tapis [Terre] a nécessité 1.000 heures de travail, environ trois ans. Ce sont des tapis qui peuvent être conservés 200 ou 300 ans, sans problème. »

NOTRE DOSSIER SUR LE PATRIMOINE

Aujourd’hui, certains tapis confectionnés à Lodève sont exposés dans des lieux prestigieux de la République, notamment à l'Elysée. Les autres sont conservés à l’abri, dans le garde-meubles de l’Etat. « Le tissage des œuvres textiles au Mobilier national a vocation à enrichir les collections nationales, qui peuvent ensuite être déposées ou prêtées dans les lieux officiels de la République ou à des musées », expliquent les services du Mobilier national, à 20 Minutes. Un conseil artistique, constitué de personnalités du secteur culturel, de représentants de l’État et de responsables du Mobilier national, se réunit, régulièrement, pour définir les futurs projets de tapis, de la Savonnerie. Et décider quels palais, ministères, ambassades ou monuments nationaux auront le privilège de les fouler. Si plusieurs médias locaux, dans l'Hérault, évoquent le fait que Terre rejoindra bientôt la bibliothèque de l'Elysée à la demande de Brigitte Macron, les services du Mobilier national assurent, de leur côté, que rien n'a encore été décidé.

* Informations sur les visites guidées de la Savonnerie de Lodève, ici.