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Haribo, Perrier, Fragonard… Pourquoi on aime tant visiter des entreprises

Haribo, Perrier, Fragonard… Pourquoi on aime tant visiter des entreprises

tourisme industrielA l’occasion de la sortie d’un « Guide du Routard » consacré au tourisme industriel en Occitanie, « 20 Minutes » s’est demandé pourquoi, ces dernières années, tant de curieux se pressaient aux portes des sociétés pour les visiter
Nicolas Bonzom

Nicolas Bonzom

L'essentiel

  • En France, le tourisme industriel connaît un véritable essor : 20 millions de curieux ont poussé les portes d’une entreprise en 2022, soit 40 % de plus en trois ans.
  • Si ça plaît autant, c’est parce qu’on aime découvrir « les coulisses » des produits que l’on a l’habitude de consommer. « On a envie de comprendre ce que l’on mange, ce que l’on boit, ce que l’on porte comme vêtements », confie Armelle Solelhac, fondatrice d’une agence spécialisée dans les stratégies touristiques.
  • C’est aussi, pour les petites entreprises, un moyen de transmettre un savoir-faire. Et de donner envie. A l’atelier de jeans Tuffery, en Lozère, « toutes les embauches, ce sont des candidatures spontanées, et la moitié d’entre elles proviennent de personnes qui avaient fait cette visite », détaille le gérant, Julien Tuffery.

Et si, plutôt qu’un musée ou un zoo, vous visitiez… une entreprise ? Haribo ou Perrier, dans le Gard, Airbus, à Toulouse (Haute-Garonne), ou encore les parfumeries Fragonard, à Grasse (Alpes-Maritimes), par exemple. Ces dernières années, le tourisme industriel est loin du dépôt de bilan : selon une enquête de l’Observatoire entreprise et découverte, qui œuvre pour l’essor de cette offre culturelle d’un nouveau genre, 20 millions de curieux ont poussé les portes d’une entreprise, en France, en 2022. C’est 40 % de plus qu’il y a trois ans. Sur la même période, le nombre de sociétés qui proposent de découvrir leur savoir-faire a bondi 75 %. Elles sont environ 3.500, dans l’Hexagone. A l’occasion de la parution d’un nouveau Guide du Routard consacré aux visites d’entreprises en Occitanie, 20 Minutes a demandé à des spécialistes pourquoi le tourisme industriel plaisait autant.

Pour Armelle Solelhac, la fondatrice de Switch, une agence spécialisée dans les stratégies marketing et RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) dans le secteur du tourisme, si on est si nombreux à aimer pousser les portes des entreprises, c’est, d’abord, pour découvrir « les coulisses » des produits que l’on a l’habitude de consommer. C’est peut-être ce qui explique, en grande partie, l’essor du tourisme industriel ces dernières années, à l’heure où l’on demande aux fabricants d’être le plus transparents possible. « On tous a envie de comprendre ce que l’on mange, ce que l’on boit, ce que l’on porte comme vêtements, ce que l’on conduit comme voiture », poursuit Armelle Solelhac.

« Je me demande encore comment il y a des entreprises qui ne le font pas »

A Perrier, à Vergèze (Gard), par exemple, on apprend comment la source des Bouillens régale les amateurs de bulles depuis plus d’un siècle. Dans les caves des roqueforts Société, à Roquefort-sur-Soulzon (Aveyron), on découvre l’attention apportée à ces bleus, qui divisent tant les palais. Et à l’atelier Tuffery, à Florac (Lozère), le plus vieux fabricant de jeans de France, on s’aperçoit avec quelle passion l’équipe fabrique des pantalons à la main. D’ailleurs, « cela fait 130 ans » que cette petite manufacture familiale est ouverte aux curieux, confie Julien Tuffery, qui a repris, avec son épouse, Myriam, la suite de son père et de ses oncles. « Depuis que j’ai 6 ans, et que je fais mes devoirs à la sortie de l’école, j’ai toujours vu du monde, se souvient-il. Il y avait, déjà, une volonté de montrer. Et quand nous sommes arrivés, en 2016, c’était pour nous une évidence qu’il fallait mettre le client au milieu de l’atelier. Je me demande comment, encore, il y a des entreprises qui ne le font pas. C’est un outil puissant. » Pour la notoriété de l’atelier, bien sûr, mais aussi pour montrer à quel point les Tuffery et son équipe sont sincères, dans leur démarche.

Dans les caves des roqueforts Société, à Roquefort-sur-Soulzon (Aveyron).
Dans les caves des roqueforts Société, à Roquefort-sur-Soulzon (Aveyron). - DAMOURETTE/SIPA

« Les entreprises montrent ce qu’elles font, et comment elles le font, poursuit Armelle Solelhac. Il y a d’ailleurs de véritables échanges avec les salariés. Il y a, notamment, beaucoup de questions sur les produits qui sont utilisés, et même sur les émissions carbone ou sur les enjeux sociaux. » En visitant une entreprise, on a presque l’impression « de participer à la fabrication des produits, et pas de rester à la porte, comme un simple consommateur, confie Emmanuelle Bauquis, éditrice du Guide du Routard sur les visites d’entreprises en Occitanie. C’est une façon de passer de l’autre côté de la barrière. » Et puis, le tourisme industriel, c’est « ce qu’il se passe maintenant », poursuit Armelle Solelhac. Alors que dans la plupart des musées, on n’a affaire qu’à un passé révolu. « Quand vous visitez Peugeot, on découvre des concept cars, qui deviendront, demain, de véritables véhicules, note cette experte. Ça, évidemment, c’est très excitant. »

« Pour certaines entreprises, c’est un enjeu crucial que de donner envie »

Alors bien sûr, on ne peut pas toujours tout voir. Si certaines entreprises laissent volontiers les curieux pousser toutes les portes, d’autres ne leur proposent qu’un cheminement bien délimité. Et parfois loin des usines où tout se joue. « Mais cela ne vient pas d’une volonté d’opacité de la part des entreprises, mais plutôt pour des raisons de sécurité et d’hygiène, assure Emmanuelle Bauquis. Dans une usine de fabrication de biscuits, c’est quand même mieux que vous n’apportiez pas vos microbes. »

Bien sûr, dans bon nombre de sites industriels ouverts aux visiteurs, l’enjeu économique est central. Il faut que les curieux repartent avec une bonne image des entreprises. Et avec un sac rempli de victuailles, c’est encore mieux. Mais ce n’est pas tout le temps le cas. « Certaines entreprises ne proposent pas de ventes, ni même de dégustations, note la fondatrice de l’agence Switch. Il n’y a pas d’objectif commercial, mais plutôt de transmission du savoir-faire. Pour certaines petites entreprises, c’est même un enjeu crucial que de donner envie aux jeunes. Ça peut être très inspirant, pour les jeunes, ou pour des personnes qui veulent se reconvertir, de découvrir comment tout ça fonctionne. »

Les visites sont de « formidables sources d’embauches »

A l’atelier de jeans Tuffery, en Lozère, les visites, qui ont séduit environ 3.500 curieux cet été, sont d’ailleurs de « formidables sources d’embauches » pour l’entreprise. « Toutes mes embauches, ce sont des candidatures spontanées, et la moitié d’entre elles proviennent de personnes qui avaient fait cette visite », détaille Julien Tuffery.

NOTRE DOSSIER SUR LE TOURISME

Mais si le tourisme industriel connaît un essor tout particulier, ces dernières années, il a, en réalité, toujours existé, assure l’éditrice du Guide du Routard sur les visites d’entreprises en Occitanie. « Mais on ne s’en rendait pas vraiment compte !, sourit Emmanuelle Bauquis. Lorsque l’on se rend dans une cave pour acheter du vin, et que l’on discute avec le vigneron, lorsque l’on va dans une ferme, avec ses enfants, pour acheter du fromage, là où il est fabriqué… Tout ça, c’est, déjà, du tourisme industriel. »