Roland-Garros 2025 : Avec ce titre, Coco Gauff tient sa promesse et dessine une filiation avec Serena Williams
tennis•L’Américaine de 21 ans a remporté son premier titre à Roland ce samedi, trois ans après une défaite en finale dont elle a su tirer les leçonsNicolas Camus
L'essentiel
- Coco Gauff a remporté son premier titre à Roland-Garros ce samedi en battant en finale la numéro 1 mondiale Aryna Sabalenka (6-7, 6-2, 6-4).
- Pour arriver à ses fins, l’Américaine a retenu les leçons de sa finale perdue Porte d’Auteuil en 2022 face à Iga Swiatek, notamment sur son approche émotionnelle de l’événement.
- Grâce à ce deuxième succès en Grand Chelem à seulement 21 ans, Gauff marche dans les pas de Serena Williams et confirme son statut naissant d’icône du tennis.
De notre envoyé spécial à Roland-Garros,
Son cœur a dû faire un bond sur la première balle de match, avec ce coup droit d’Aryna Sabalenka que tout le monde avait vu dehors mais finalement tombé dans le court pour quelques micromètres. C’était pour cogner encore plus fort une petite minute plus tard, quand après avoir effacé une balle de débreak, Coco Gauff a compris que plus rien ni personne ne lui volerait son premier titre à Roland-Garros. L’Américaine est alors tombée à la renverse, la main sur la bouche comme si elle n’y croyait pas. Puis elle s’est agenouillée, en pleurs, le front contre cette terre qui lui a offert le deuxième titre en Grand Chelem de sa carrière, deux ans après l’US Open.
Pour terrasser la numéro 1 mondiale, ce samedi, Gauff a livré une leçon de résilience que son jeune âge (21 ans) rend encore plus admirable. Car elle aurait pu ne jamais se remettre de ce début de match terrible, qui a vu la tornade Sabalenka la submerger. Breakée deux fois, avec trois balles de 5-1 contre elle, l’Américaine a refusé de se noyer. Sa tête en guise de bouée, la crispation de son adversaire faisant office de brassards. La numéro 1 mondiale, gênée par le vent, a commencé à arroser de partout alors qu’elle avait le match en main et n’a jamais réussi à fermer le tuyau ensuite, pour finir avec un total ahurissant de 70 fautes directes – record d’une finale à Roland explosé.
Si Gauff a finalement perdu cette première manche au tie-break, elle a su capitaliser sur ce rebond et continuer sur sa lancée, pour dominer de la tête et des épaules les deux suivantes. C’est là où son expérience de sa finale perdue ici en 2022 face à Iga Swiatek a été déterminante. « Avant ce match, je pleurais, j’étais nerveuse, je n’arrivais plus à respirer, se souvient-elle. Je me suis dit : "si je n’arrive pas à gérer ça, comment le gérer à nouveau ?" Aujourd’hui [ce samedi], j’étais vraiment prête. Je me suis dit : "je vais tout donner, peu importe ce qui se passe, je serai fière du résultat". »
Coco la star
Gauff a travaillé sur elle-même, et trouvé la clé pour aborder une finale avec relâchement. « Quand j’ai perdu mon premier set, j’ai essayé de ne pas me mettre trop de pression, raconte-t-elle. J’ai pu me détendre et jouer plus librement. » Une autre chose l’avait marquée, à l’époque : tout le cérémonial d’après-victoire, l’hymne national joué pour la gagnante, les photos, les moments de partage. « J’avais fait attention à chaque détail, parce que je voulais vivre ça moi aussi », dit-elle avec détermination. Comme une promesse qu’elle s’était faite.
C’est en assemblant toutes ces pièces du puzzle qu’elle est allée chercher ce trophée qui compte tant, après 2h38 d’un combat sinusoïdal mais haletant (6-7, 6-2, 6-4). Depuis 2018, aucune joueuse n’avait réussi à renverser une finale après avoir perdu le premier set. Il fallait même remonter au siècle dernier pour voir ce cas de figure à Roland contre une numéro 1 mondiale, quand Steffi Graf avait retourné Martina Hingins. Gauff, 21 ans, est également devenue la plus jeune joueuse à gagner un Grand Chelem sur deux surfaces différentes depuis Maria Sharapova en 2004 et 2006. Dans le sport, il faut parfois se tourner vers les archives pour mesurer une performance à sa juste valeur et classer une athlète où elle le mérite.
Pour la jeune Américaine, c’est tout là-haut, déjà. Pour ce qu’elle a accompli et ce qu’elle dégage. Certains ne voient pas de stars dans le tennis féminin, Coco Gauff a le pedigree pour prouver l’inverse. Tout le monde ne peut pas amener Spike Lee au bord d’un court de tennis, répondre avec classe quand l'adversaire insinue que vous avez gagné surtout parce qu'elle a mal joué, ou tenir un discours si intelligent en conférence de presse à propos de son pays et des personnes qui le dirigent alors qu’elle vit un tsunami d’émotions.
« C’est important pour moi de pouvoir représenter les gens qui me ressemblent aux États-Unis et qui ne se sentent pas soutenus en ce moment, livre-t-elle. Je veux être le reflet de l’espoir et de la lumière pour ces personnes. Je me rappelle après les élections, on était un peu démoralisés et ma maman a dit : "Essaie de gagner pour donner aux gens une raison de sourire". C’est à cela que je pensais en tenant le trophée, en voyant les drapeaux, le public. »
Toute l'actu de Roland-GarrosA 18 ans, celle qui était alors une petite prodige affichait déjà des prises de position remarquée aux Etats-Unis, par exemple contre les armes à feu, ce qui lui avait valu les félicitations de Michelle Obama en personne. Depuis, sa voix porte chaque jour un peu plus dans son pays. Coco Gauff est en train de se construire un statut d’icône, comme l’avait fait Serena Williams avant elle. Parallèle symbolique, d’ailleurs : Gauff a remporté l’US Open alors qu’elle n’était pas encore majeure, les finales WTA à 20 ans et Roland-Garros à 21. Exactement comme son aînée. On a connu pire comme filiation qu’une légende aux 23 titres du Grand Chelem.


















