Roland-Garros 2025 : « J’ai été happé par Loïs Boisson »… On a retrouvé Jean-Michel, le premier donateur de sa cagnotte
tennis•La Française avait lancé il y a quelques mois une cagnotte pour l’aider à financer sa saison 2025. Elle avait reçu 100 euros avant le début du tournoi, dont la moitié de la part d’un certain Jean-MichelNicolas Camus
L'essentiel
- Gravement blessée en 2024, Loïs Boisson est revenue à la compétition début 2025, avec l’espoir de remonter au classement et de participer à l’avenir à des tournois du Grand Chelem.
- Pour l’aider dans son projet alors qu’elle était redescendue au-delà de la 350e place mondiale, elle a lancé une cagnotte en ligne pour recueillir des dons.
- Avant le début de ce Roland historique, quand elle n’était pas encore connue, la Française avait récolté… 100 euros, dont 50 d’un certain Jean-Michel, perçu depuis le fabuleux parcours de Boisson comme un visionnaire. Nous l’avons retrouvé.
De notre envoyé spécial à Roland-Garros,
Depuis quelques jours, il est une sorte de star anonyme. Et une énigme. Mais qui est donc ce Jean-Michel qui a mis 50 euros dans la cagnotte lancée par Loïs Boisson en début d’année pour l’aider à se relancer sur le circuit après sa grave blessure au genou, alors que personne ne connaissait encore la demi-finaliste de Roland-Garros ? Cet homme est un visionnaire, en tout cas, puisqu’il était l’un des trois seuls donateurs avant le tournoi, pour une somme atteignant tout juste les 100 euros.
Nous avons pu le joindre ce vendredi, alors qu’il se trouve actuellement à Amboise. Jean-Michel, retraité de 67 ans, effectue un petit périple à vélo avec sa femme le long de la Loire, pour visiter les fameux châteaux. Autant dire que le téléphone était rangé au fond des bagages, et qu’il n’avait « strictement rien vu » du buzz autour de cette cagnotte et de son nom. « Déjà je ne suis pas très réseaux sociaux, mais là ces derniers jours encore moins », sourit-il au bout du fil.
C’est le moment de répondre à LA question que tout le monde se pose : comment a-t-il découvert Loïs Boisson, et pourquoi ce don ? Jean-Michel se décrit comme « un dingue de sport », qui aime « surtout suivre les jeunes ». Alors il regarde là où les télés et les médias ne sont pas. « Je suivais un peu les résultats des petits tournois de tennis, et j’ai été happé par Loïs, qui avait gagné 17 ou 18 matchs de suite avant le dernier Roland-Garros, se rappelle-t-il. Mais je voyais que quand on évoquait les espoirs du tennis français, personne n’en parlait, ni à la Fédé ni nulle part. Ça me tarabustait un peu. »
Un message pour lui dire qu’il la voyait en 8e de finale
Cette belle série de trois titres ITF consécutifs à Alaminós, Terrassa et Bellinzona en avril-mai 2024 avait en effet lancé la Française comme un bolide dans cette saison de terre battue, qui devait s’achever en apothéose avec une invitation à disputer Roland-Garros. Elan brisé par sa rupture des ligaments croisés, juste avant de se rendre Porte d’Auteuil. De retour sur les courts début 2025, c’est là qu’elle a mis en ligne cette fameuse cagnotte.
« Je reprends la compétition en janvier 2025 avec une ambition forte : revenir au plus haut niveau et intégrer les quatre Grands Chelems cette année. Pour cela, votre soutien est crucial pour participer aux frais liés à mes entraînements, aux compétitions et déplacements. Ensemble, faisons briller mon rêve sur les plus grands courts du monde ! », écrivait alors celle qui sera numéro 1 française lundi. Jean-Michel raconte la suite :
« « Quand j’ai vu sa blessure, je me dis "eh merde !" Après j’ai essayé de suivre pour voir son retour. Et je suis tombé un peu par hasard sur la plateforme « Soutiens ton sportif ». J’ai vu sa cagnotte, j’ai mis 50 euros, en sachant très bien qu’elle ne pourrait pas faire grand-chose avec ça mais c’était pour lui montrer que des gens étaient intéressés par ce qu’elle fait et ce qu’elle est. C’était plus pour un soutien moral. » »
Le retraité girondin accompagnera son don avec ce message : « Je suis votre parcours et admire votre avancement sans faire de bruit et votre résilience après votre blessure qui, si elle a stoppé votre élan, ne stoppe pas votre courage et j’en suis sûr votre progression. »
Bien sûr, le sexagénaire a suivi, même de loin, le parcours historique de la Dijonnaise. Il lui a même envoyé un message sur Instagram après son premier match remporté face à Elise Mertens pour lui dire qu’il la voyait bien atteindre les 8e de finale. Optimiste, mais tout de même loin du compte finalement ! La France entière a découvert la championne dont Jean-Michel avait décelé le potentiel douze mois en arrière.
Soutenir les sportifs « avant, quand ils en ont besoin »
Alors, ça fait quoi d’être un visionnaire ? « Je m’en fous un peu, répond-il en rigolant. Je suis juste hyper content pour elle, parce que c’est une fille qui mérite beaucoup, elle a une résilience extraordinaire, c’est une grosse travailleuse, donc ça m’a fait un plaisir fou. Ce qui est drôle, c’est que quand elle a gagné son premier match contre Mertens, j’ai dit à mon épouse "tu vas voir que sa cagnotte, maintenant elle va exploser". »
Là encore, il avait tout bon. Les dons ont afflué ces derniers jours, pour porter le montant total à 5.855 euros ce vendredi en fin de journée. Cela fait doucement rire Jean-Michel. « J’ai l’impression que les gens suivent un peu le succès. Tant mieux pour elle, si elle peut avoir encore 10 fois plus, je serais content. Mais ce n’est plus vraiment maintenant qu’elle en a besoin, même si cette somme qu’elle va toucher [690.000 euros pour sa demi-finale], elle ne va pas tout garder pour elle, et on ne sait jamais de quoi demain sera fait. J’aimerais qu’il y ait plus de gens qui soutiennent nos jeunes sportifs avant, quand ils en ont besoin. »
Toute l'actu de Roland-GarrosLe message est passé. La plateforme de dons lancée par la Fondation du sport français en novembre dernier pour « permettre aux particuliers et aux petites entreprises de soutenir directement les sportifs tout en bénéficiant d’un cadre fiscal avantageux », comme est présenté ce dispositif, a déjà recueilli près de 650.000€ pour les athlètes. « C’est un outil essentiel, leur permettant de se concentrer pleinement sur leur préparation sans les contraintes financières », rappelle la Fondation.
Si son exemple pouvait donner des idées à d’autres, Jean-Michel en serait le plus heureux. « Si Loïs a vu que Jean-Michel, même sans savoir qui c’est, l’a soutenue et que ça lui a fait du bien au moral, c’est super », conclut-il.


















