Roland-Garros 2025 : Avec Alcaraz et Djokovic, les amorties sont-ils devenus une arme de destruction massive ?
Tennis•Comme avec Carlos Alcaraz, qui affronte Lorenzo Musetti ce vendredi en demi-finale de Roland-Garros, les amorties sont revenues à la modeAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- L’amortie est devenue une arme majeure à Roland-Garros, utilisée par des joueurs comme Novak Djokovic et Carlos Alcaraz pour surprendre leurs adversaires et changer le rythme du jeu.
- Cette évolution s’explique par la puissance croissante des frappes, qui pousse les adversaires en fond de court et rend l’amortie plus efficace.
- L’utilisation des amorties est moins répandue dans le tennis féminin, mais certaines joueuses commencent à l’adopter, comme le note Aryna Sabalenka : « Aujourd’hui, les femmes essaient de varier leurs coups, de varier leur rythme. Nous nous améliorons dans ce compartiment du jeu. »
De notre envoyé spécial à Roland-Garros,
Il faut bien avoir quelques avantages à vieillir. Surtout quand vous avez en face une jeune garde désireuse de vous envoyer aux oubliettes. Novak Djokovic a beau avoir 38 ans, les articulations qui couinent et le capot ouvert dès que l’échange s’éternise vraiment longtemps, il rivalise encore face à la jeune génération, comme l’a montré son succès contre Alexander Zverev en quart de finale de Roland-Garros, en ayant fait évoluer son jeu.
« Il est de plus en plus agressif, il monte beaucoup au filet, il prend la balle tôt, il coupe les trajectoires », commentait ainsi Corentin Moutet après sa défaite face au Serbe. Coco aurait pu rajouter que l’ancien n°1 mondial, qui affronte Jannik Sinner en demi-finale ce vendredi, s’est mué en expert de l’amortie. S’il en a distillé quelques-unes depuis le début de ces Internationaux de France, il a passé la vitesse supplémentaire face à Zverev, qu’il a dégoûté avec 36 amorties mercredi soir.
Une évolution logique du jeu
En huitième de finale, le fantasque Alexander Bublik en avait réalisé autant pour éliminer Jack Draper. Le même qui avait envoyé la vieille carcasse de Gaël Monfils au filet à de multiples reprises lors du deuxième tour. Avec également Carlos Alcaraz comme l’un de ses meilleurs ambassadeurs, l’amortie est (re)devenue l’arme de destruction massive principale sur ce Roland-Garros.
« Beaucoup d’experts pensaient qu’avec le temps, les amorties disparaîtraient, mais moi je ne suis pas surpris », estime le Docteur en amorties Fabrice Santoro, qui a fait trembler tout le circuit avec son geste fétiche. Pour l’ancien n°17 mondial, cette utilisation massive n’est pas un phénomène de mode, mais plutôt une évolution logique du jeu :
« « Plus les joueurs frappent fort, plus les joueurs qui sont sur la défensive se retrouvent sur les talons. Et quand on est sur les talons, c’est facile de glisser une amortie pour celui qui attaque. Alors que l’amortie est beaucoup plus difficile à glisser quand on a un adversaire qui est sur la pointe des pieds, parce qu’il va démarrer plus vite, c’est plus facile d’aller vers l’avant. » »
Les amorties pour changer de rythme
Illustration avec Guy Forget, double vainqueur de la Coupe Davis : « Quand vous envoyez un pain à 220 km/h, que vous allez claquer un coup droit, l’adversaire recule, recule, vous mettez une amortie, même ratée, elle est gagnante. Plus vous frappez fort, plus vous êtes puissant du fond du court, plus l’amortie est efficace. » Pas étonnant donc de voir les bras les plus puissants du circuit, même si Jannik Sinner reste encore timide, utiliser ce geste technique pour tenter de couper court à l’échange.
Terminé donc le cliché où les petits râblés à la Fabrice Santoro ou Radek Stepanek étaient les seuls ambassadeurs de l’amortie et les gros bourrins envoyaient seulement des mines du fond de court. « Je dirais même que moi, à mon époque, si j’avais eu la puissance d’Alcaraz, j’aurais fait beaucoup plus d’amorties, assure Fabulous Fab. Au moins deux par jeu. »
Les joueurs devenant également plus complets du fond du court, il leur faut d’autres armes pour tenter de déborder leurs adversaires, comme ces volées liftées ou les amorties. « Il faut trouver aussi des solutions pour pouvoir changer le rythme, indique Arnaud Clément, membre éminent du Amortie Tennis Club. C’est vrai que cette arme est davantage utilisée. Sur terre battue, ça l’a toujours été, mais c’est vrai qu’on peut élargir un petit peu, elle l’est beaucoup plus jouée sur dur qu’avant. »
Moins d’amorties chez les femmes
Cette propension à surutiliser les amorties est surtout valable dans le tableau masculin. Ces dames restant un poil plus prudentes, même si on a vu Jessica Pegula diablement embêter la nouvelle fierté nationale Loïs Boisson avec pléthore d’amorties au début du troisième set de ce huitième de finale. « Les amorties, c’est un coup risqué, estime Aryna Sabalenka. Il faut avoir un bon toucher, une bonne compréhension du court pour être en mesure d’y parvenir. »
Toute l'actu de Roland-GarrosLa n°1 mondiale n’est pas la plus fan de ce geste technique, mais elle commence à s’y mettre, comme lors de son quart de finale avec dix amorties face à Qinwen Zheng. « Toutes les femmes ne sont pas sans crainte, comme Bublik, ajoute la Biélorusse. C’est un bon coup, surtout sur terre battue, parce qu’on a plus de temps. Aujourd’hui, les femmes essaient de varier leurs coups, de varier leur rythme. Nous nous améliorons dans ce compartiment du jeu. » Et si c’était ça qui les propulsait en night session pour la prochaine édition de Roland-Garros ?


















