Masters 1000 de Paris-Bercy : « Le plus beau moment de ma vie »… C’était quoi ce match de fou furieux, Ugo ?
TENNIS•Ugo Humbert a réalisé un exploit incroyable, jeudi, en faisant tomber Carlos Alcaraz en 8e de finale dans un Bercy survolté. Porté par une rage folle, au sommet de son tennis, le garçon s’est qualifié pour son premier quart de finale de Masters 1000Aymeric Le Gall
L'essentiel
- Ugo Humbert a sauvé la patrie en se qualifiant pour les quarts de finale du Masters 1000 de Paris-Bercy, jeudi, après un succès fou sur Carlos Alcaraz (6-1, 3-6, 7-5).
- Porté par une ambiance de feu, le Messin a livré un match presque parfait, avec notamment un premier set remporté 6-1.
- Les quatre autres français qualifiés en 8es (Mannarino, Fils, Cazaux et Rinderknech) ont tous été éliminés, non sans combattre.
De notre envoyé spécial dans le monde merveilleux d’Ugo Humbert,
Bon ben désolé Ugo, mais il va falloir t’habituer à jouer les premiers tours à la cave vu comment ça te réussit. Tombeur magnifique de Carlos Alcaraz, en 8es de finale, jeudi soir, à Bercy, le Messin s’était plaint la veille d’avoir été programmé sur le court numéro 1 au tour précédent, cette espèce de salle bas de plafond aux airs d’enfers sur terre pour claustrophobes endurcis. Il estimait mériter le Central en tant que numéro 1 français. La vérité, c’est que ce choix des organisateurs tenait surtout au nom de son adversaire du jour, Marcos Giron, moins connu du grand public qu’un ministre de la transition écologique sous Macron.
Mais qu’importe, au fond. On peut même se demander si cette blessure à l’ego ne lui a pas servi mercredi pour sortir le match le plus fou de sa vie, face à l’ogre Alcaraz, que personne n’imaginait tomber si tôt dans le tournoi. Personne ? Si, un irréductible lorrain résistait encore et toujours au diktat des pronostics. La veille, en conférence de presse, visionnaire, Ugo avait rêvé le scénario à venir : « C’est le genre de match que j’adore jouer, je n’ai pas peur de jouer les meilleurs, je suis capable de les battre. L’ambiance, je n’attends que ça. Je vais essayer d’emporter le public avec moi, qu’il me pousse comme jamais. J’avais vu son match contre (Hugo) Gaston (défaite au deuxième tour 6-4, 7-5, en 2021). J'aimerais bien qu’ils soient aussi chauds. C’était incroyable ! Ils avaient réussi à le faire complètement dégoupiller. »
Ambiance de folie mais sans dépasser les bornes
Jeudi soir, il n’a eu besoin de personne pour faire sauter le bouchon de l’Espagnol. Et si le public a évidemment joué son rôle, on était loin de l’infernale ambiance de corrida sous amphétamines d’il y a trois ans. Encore traumatisé par la misère que lui avait mis le (très) dissipé public parisien, Alcaraz n’était pas mécontent : « Oui, c’était différent (rires) ! Cette année, le public a fait beaucoup de bruit mais les gens étaient aussi derrière moi, ils criaient mon nom, ils applaudissaient mes points, c’était plus respectueux. Et tant mieux, je les en remercie. »
Cette fois-ci, donc, c’est Humbert, et Humbert seulement, qui a œuvré pour que ce match se fasse une petite place, bien au chaud sous la couette, dans le grand livre d’histoire de ce tournoi de Bercy. Pour la der des ders avant le grand saut à Nanterre, l’année prochaine, on ne pouvait franchement pas rêver meilleur scénar'. « C’est pour ça que je fais ce métier, pour vivre ces moments-là, a déclaré le héros du jour. C’est mon tournoi préféré. J’ai vécu la plus belle victoire de ma carrière mais aussi le plus beau moment de ma vie sur un court de tennis. » Nous aussi, ou pas loin, mais d’un peu plus haut dans les gradins.
D’ailleurs on était encore avec Arthur Fils en train de débriefer sa courte défaite contre Zverev en salle de presse quand le furieux messin est entré sur le court pour tout saloper. Résultat des courses, un premier set remporté 6-1 (SIX-UUUUUUUUUN !!!) en à peine une demi-heure de jeu devant un public pas loin de se pincer pour en croire ses yeux. On se serait presque revu seize ans en arrière, quand on avait la vie devant nous et dix kilos en moins, devant le récital de Jo-Wilfried Tsonga contre Nadal à l’Open d’Australie.
On se demande bien ce qui a pu se passer dans sa tête pour qu’il se retrouve à désosser l’un des meilleurs joueurs du monde de manière aussi insolente. Lui-même l’ignore : « Jérémy (Chardy, son coach) m’avait dit de ne surtout pas surjouer comme j’avais fait en Coupe Davis (défaite contre Alcaraz le 14 septembre dernier). Mais là, je ne sais pas, il y a tout qui rentrait, je mettais coup gagnant sur coup gagnant (rires). J’étais ultra-agressif sur les retours. »
Alcaraz applaudit son bourreau
C’est cette agressivité de dingue qui a semblé prendre de court l’espagnol. « Ça a été très compliqué. Contre Ugo, ce n’est jamais facile, c’est un garçon qui donne tout, qui joue toujours à 100 % et qui ne te laisse aucun répit, a-t-il analysé après coup. J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le match, il ne m’a pas laissé le temps de jouer mon tennis. Il a été incroyable et je n’ai pas réussi à être à sa hauteur. A chaque fois que je joue contre lui, j’ai l’impression qu’il progresse, qu’il se surpasse, et c’est encore plus le cas à Paris devant son public. il n’y a rien à dire, il faut simplement applaudir. »
La baisse de régime dans le deuxième set nous a pourtant bien calmés et, du haut de notre bassesse légendaire, on s’est même dit que l’affaire était pliée pour le numéro 1 français. Mais c’était sans compter sur cette rage intérieure qui l’a accompagné durant toute la troisième manche. Ne concédant aucun jeu de service et voyant les points défiler, 2-2, 3-3, 4-4, 5-5, le Messin a compris que son heure était venue. Et avant le tie-break si possible. Quelques coups de poing rageurs sur le cœur plus tard, un ou deux regards électriques vers son clan et trois passing-shots paranormaux, et voilà qu’Ugo Humbert s’offrait le scalp d’Alcaraz.
Il décrit : « J’ai repensé au match contre Zverev l’an passé (défaite en 8es de finale à Bercy) et ça m’a donné de la force. Dans le troisième set je n’arrêtais pas de me parler, j’avais besoin de ça, de me dire que j’étais avec moi, que je n’allais pas me lâcher (sic). Ça m’a fait du bien, je l’ai senti comme ça donc faut croire que c’était la bonne solution. » Le sourire scotché au visage en quittant la salle de presse, celui-ci refusait de se projeter vers son quart de finale de vendredi contre l’Australien Jordan Thomson, tout en admettant que « sur cette surface, comme sur gazon, je sais que je peux embêter les tout meilleurs au monde. » Et celui-ci de conclure : « Quand je joue comme ça, tout est possible. » Pour un dernier tour de piste à Bercy, pourvu que ça dure le plus longtemps possible.


















