Masters 1000 Paris-Bercy : « Une revanche »… Avec Mpetshi Perricard, la France découvre les joies du « servebot »
phénomène•Giovanni Mpetshi Perricard entre en lice à Bercy ce mardi contre Frances Tiafoe, fort de son titre à Bâle et de son nouveau statut de « servebot » N°1 du circuit. Un nouveau plaisir que la France du tennis apprend à dégusterWilliam Pereira
L'essentiel
- Giovanni Mpetshi Perricard, serveur hors pair coutumier des services à plus de 230 km/h, débarque au Masters 1000 de Paris-Bercy fort de son premier titre en ATP 500 à Bâle, où il n’a pas concédé le moindre break
- Certains fans se réjouissent de voir enfin un « servebot » à la française, permettant de prendre une revanche sur les malheurs de la génération dorée face aux John Isner et autres Ivo Karlovic
- Malgré sa puissance au service, Mpetshi Perricard doit encore progresser sur d’autres aspects de son jeu comme ses montées au filet ou son revers, encore faible
Août dernier, une Mercedes était flashée à 240 km/h sur l'A10 par les gendarmes du Loir et Cher. Rétention de permis immédiate pour le conducteur. Dimanche 27 octobre, Giovanni Mpetshi Perricard adressait un service à 241 km/h en direction de Ben Shelton, sans aucune incidence sur sa licence de joueur de tennis.
Le Français a même été récompensé pour son œuvre : c’est donc auréolé d’un titre ATP 500 à Bâle qu’il monte sur Paris. Avant de quitter la Suisse, le Lyonnais a tout de même eu l’élégance de présenter ses excuses aux petites mains du tournoi. « Les juges de ligne et les ramasseurs, vous avez été courageux parce que prendre des premières à 240 km/h ça peut faire mal. » Oh, trois fois rien. Shelton n’a eu qu’à souffler sur ses doigts pour éteindre le feu allumé par un service de Gio mal renvoyé.
Notez d’ailleurs que les secondes sont à peine moins douloureuses. En demi-finale, Holger Rune dégustait, impuissant, un ace à 235 km/h. Même tarif en finale pour l’Américain. Le stress de la double faute ? Très peu pour Mpetshi Perricard. « J’essaie de ne pas y penser. J’ai deux services, c’est deux occasions de faire un ace. » Les chiffres lui donnent raison.
Giovanni Mpetshi Perricard à Bâle
> 99 aces
> 15 doubles fautes
> 0 break concédé
> 1 Carlos Alcaraz impressionné : « Oui [c’est le meilleur serveur du circuit], sans aucun doute, la manière dont il sert est incroyable, a déclaré l’Espagnol ce lundi à Bercy, en conférence de presse. J’ai vu les statistiques en finale, la moyenne de son premier service, c’était 235 et 213 pour le deuxième service. C’est incroyable !
De la revanche dans l’air
Dans le milieu, on appelle ça un « servebot », une machine à claquer des grosses premières et des aces, de la famille des Ivo Karlovic, John Isner et Reilly Opelka, du genre à ne pas laisser la moindre miette et vous dégoûter le camp d’en face. Sur X (Twitter), un jeune fan français d’Holger Rune s’est confondu en excuses après avoir dégoupillé de rage face au spectacle proposé par l’automate français, samedi dernier. « C’est juste qu’il a un style moche à regarder, nous dit-il. Pour moi c’était un match loterie. J’étais sûr que Holger allait débrancher son cerveau et finirait par se frustrer et laisser un jeu de service. »
Pour sa défense, il faut reconnaître une certaine mauvaise foi dans nos jubilations au moindre ace invisible à l’œil nu et que l’on ne devine qu’à l’applaudissement de la foule, quand nous étions les premiers à râler de voir Isner et Karlovic balader nos Jo-Wilfried Tsonga, Gilles Simon ou Nicolas Mahut (tous trois déficitaires face aux servebots géants). « J’ai plutôt été du côté de la frustration quand j’ai rencontré ces joueurs », se remémore douloureusement le dernier nommé, aujourd’hui consultant pour Eurosport. Pour Bastien Fachan, auteur de « Big 3 », il s’agit de prendre le problème dans l’autre sens : ce sont les souffrances passées qui donnent du sel à l’apparition d’un servebot à la française.
« En fait, je pense qu’il y a un côté “revanche” : la génération dorée du tennis français a tellement souffert des servebots que je me réjouis de pouvoir rendre la pareille aux autres pays. Et puis, c’est un profil de joueur que l’on n’a jamais vraiment eu, à ce niveau du moins. C’est assez rafraîchissant paradoxalement, même si son jeu est moins sexy qu’un Gasquet. Comme beaucoup, j’ai souvent eu du mal à m’enthousiasmer pour les servebots, et là je me dis que ce sera l’occasion pendant les 10-15 prochaines années. » »
Et autant d’années à ne plus trembler pour un Français qui sert pour le set et/ou le match. Adieu stress, adieu, peur de la lose.
A Bercy, « Gio » peut rapporter gros à Bibliothèques sans frontières
Parmi les fans de Giovanni Mpetshi Perricard, il y a aussi ceux qui ne l’ont jamais vu jouer, comme l’association Bibliohèques sans frontières (BSF), choisie par Collaboration Betters The World (CBTW), partenaire du Masters 1000 de Paris-Bercy, dans le cadre de son son initiative Positive Aces : pour un ace, CBTW reverse dix euros à l’association, qui travaille dans 50 pays et en 25 langues pour donner les moyens « aux personnes touchées par les crises et la précarité de s’instruire, de se divertir, de créer du lien et de construire leur avenir ».
Contactée par 20 Minutes, l’association n’avait pas l’air de connaître le servebot français mais se réjouissait d’apprendre que Gio pouvait l’aider dans sa collecte de fonds. Si le Français venait à répéter ses 99 aces de Bâle, il rapporterait à lui seul près de mille euros. Sans parler de son hypothétique duel au 3e tour contre Hubert Hurkacz, le clash des servebots. Pluie d’aces garantie si ça arrive.
Mpetshi Perricard n’a « aucune attente » avant son premier Bercy
On arrête là pour la caricature. Il y a derrière la sémantique robotique l’idée de l’inné, là où il faudrait rendre hommage aux heures de travail consacrées à la maîtrise parfaite du geste infaillible, auquel John Isner a juré qu’il ne toucherait rien et dont Nicolas Mahut décrit les points forts.
« Il a un bras de levier et évidemment, il est très puissant. Si on décortique un petit peu son geste, le retard qu’il prend avec son poignet au départ et qu’il retrouve à la fin génère une énorme accélération. C’est aussi sur ça qu’il réussit à être si efficace. Il est capable de servir à 230-235 km/h en première, il est capable de servir toutes les zones. Maintenant, il faut qu’il apprenne à utiliser toutes les zones et toutes les vitesses au bon moment, en utilisant aussi le service-volée. Ça, ça va prendre un petit peu de temps, qu’il travaille avec son entraîneur, qu’il comprenne que parfois, un kick à 195 km/h sera plus efficace qu’une première à 230. »
Du travail, il y en a aussi sur ses montées en deux temps, où son timing et sa couverture de terrain laissent parfois à désirer. Pas facile pour un gaillard de 2,03m de courir derrière ses propres ogives, le revers de la médaille. En parlant de revers, celui de GMP, à une main, a la particularité d’être aussi incertain qu’esthétique quand il a le temps de poser ses appuis. Ça aussi, il faudra le bosser. On ne se fait pas trop de souci sur ce point, le garçon transpire l’humilité, pas une once de boulard à l’approche de son premier (et dernier) Bercy. « Je n’ai aucune attente, aucune pression. Ça va être sympa de jouer à la maison. J’ai hâte. » Son adversaire Frances Tiafoe, un peu moins.


















