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TENNISPourquoi diable la FFT veut-elle délocaliser le tournoi de Paris-Bercy ?

Masters de Paris-Bercy : « Bercy est l’emblème de ce tournoi »… La délocalisation du Masters fait grincer des dents

TENNISTrop petits, peu adaptés aux exigences de l’ATP, la salle de Bercy et ses courts annexes ne devraient plus accueillir le tournoi de Paris à l’horizon 2025. C’est la fin d’une époque et la pilule à du mal à passer pour les habitués
Le court central du Masters 1000 de Paris-Bercy.
Le court central du Masters 1000 de Paris-Bercy.  - Dimitar DILKOFF/AFP / AFP
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Sauf retournement de situation de dernière minute, le Rolex Paris Masters devrait être délocalisé à Paris La Défense Arena à l’horizon 2025.
  • En cause, des courts annexes peu adaptés aux exigences de l’ATP pour un tournoi de Masters 1000.
  • Une décision loin de faire l’unanimité chez les suiveurs et les fans, très attachés à la salle de Bercy, véritable emblème de ce tournoi depuis 38 ans.

Pénétrer dans l’immense salle de Bercy et ses 15.000 places en configuration tennis est toujours une expérience unique pour les profanes. Il faut bien le dire, sans chauvinisme aucun, elle en jette la jolie, avec ses gradins gigantesques, sans bandeaux lumineux et sa sono de boîte de nuit. Mais ce qui l’est plus encore, c’est de partir en quête des deux courts annexes, le n°1 et le n°2. Voire, pour commencer, de se les imaginer. Un peu comme les légendes menaçantes que l’on raconte aux enfants pour qu’ils daignent finir cette satanée soupe au potimarron, on nous a souvent parlé de l’existence de ces courts hors du commun, sans qu’on ait jamais réussi à en trouver le chemin. Enfin, disons certains nigauds du service des sports, d’autres en revanche le connaissent.

« Il faut le voir pour le croire », nous glisse une consœur en salle de presse. Alors, cette année, c’est décidé, armé de notre plus belle détermination, d’une bouteille d’eau et de quelques provisions (au cas où), on se lance. « Alors, vous voyez le court central ? Il faut longer le terrain, prendre à droite, encore à droite, traverser un long couloir. Puis ensuite c’est à gauche, vous traversez un autre couloir tout rouge, et puis… ». Et puis soudain, sur deux portes dérobées qui se font face, les écriteaux « Court n°1 » et « Court n°2 », alléluia mes frères, on ne nous avait donc pas menti !

Si le court numéro 1 est déjà assez surprenant de petitesse, que dire alors de son homologue d’à côté, où se jouent habituellement les matchs de double ? A peine 600 places, un plafond haut de 15 mètres contre lequel les balles viennent régulièrement se fracasser, sans parler de cette tuyauterie noire un peu intimidante et de ses bruits incessants d’aération. Ce n’est pas compliqué, on se croirait dans la salle de sport souterraine de Batman à Gotham City, les fuites d’eau en plus (true story).

Une fois qu’on a vu ça, on peut mourir tranquille comme dirait feu Thierry Rolland. On comprend dès lors que l’ATP commence à tiquer avec ce Masters 1000 de Paris-Bercy qui n’en fait qu’à sa tête quand, à côté, de Madrid à Miami, les infrastructures tiennent plus du Grand Chelem que du Challenger de Knoxville. Pour vous donner une idée du gap gigantesque qui peut exister entre Paris et le reste du monde, voici quelques chiffres :

  • Accor Hôtel Arena de Bercy : Un court central de 15.000 places et deux minuscules courts annexes
  • Tennis Center de Crandon Parc (Masters 1000 de Miami) : Un court central de 13.000 places et douze courts annexes

Des installations critiquées par les joueurs

Notez que les récriminations ne datent pas d’hier. En 2014, déjà, l’Espagnol Tommy Robredo s’était insurgé : « C’est bas de plafond, c’est petit, ça ne devrait pas être le court n°1 d’un Masters 1000 ». De son côté, quelques années plus tard, c’était au tour de Nadal de mettre un tir aux structures parisiennes. Celles d’entraînement, délocalisées à une époque dans des annexes du ministère de l’économie et des finances, situé en face de l’AccorHotels Arena, l’Espagnol n’ayant évidemment jamais eu à jouer sur les courts 1 et 2.

« Les installations des années précédentes étaient un petit peu difficiles pour tout le monde, même pour l’organisation, mais aussi pour les joueurs, jugeait-il. Il fallait aller dans des lieux différents pour s’entraîner, ce n’était pas simple. C’est un Masters 1000 et quand on est un Masters 1000, il faut avoir des installations qui correspondent. » Aujourd’hui, une bulle géante gonflable a été installée aux abords de l’Accor Hôtel Arena, afin d’éviter aux joueurs de devoir aller squatter dans la cave de Bruno Lemaire.

Finalement, après des années de tolérance, l’ATP semble enfin résolue à secouer les puces des organisateurs, qui bossent en coulisses pour trouver la meilleure solution possible afin de ne pas perdre l’agrément Masters 1000. Il semble peu probable que cela arrive – dans l’histoire moderne, seul Hambourg s’est vu rétrograder et passer du statut de Masters 1000 à celui d’ATP 500, avec les conséquences économiques qui vont avec. Selon les dernières informations de L’Equipe, la salle de la Défense Arena tiendrait la corde pour un premier tournoi à l’horizon 2025, même s’il reste un certain nombre de contraintes techniques à régler d’ici là.

Le court annexe d'un Masters 1000 ou la Batcave à Gotham City ? Faites vos jeux !
Le court annexe d'un Masters 1000 ou la Batcave à Gotham City ? Faites vos jeux !  - AYMERIC LE GALL

Dès lors, doit-on se résoudre à accepter cette adaptation aux contraintes toujours plus élevées des joueurs et de l’ATP, sans parler de la pression d’un pays comme l’Arabie saoudite, qui se rêve, à coups de milliards et d’infrastructures ultra-modernes, en hôte d’un nouveau Masters 1000, sans même broncher et sortir les fourches ? Le tournoi de Bercy mérite-t-il de se faire rayer de la carte et de l’histoire sous prétexte que les autres, avides de toujours plus de gigantisme, au point de ressembler à des grands chelems, lui sont supérieurs ?

On a posé la question à Ugo Humbert, après sa victoire (sur le central) face à l’Américain Marcos Giron. « Je comprends que l’ATP ait des attentes différentes, mais pour moi Bercy reste un tournoi mythique, déclare-t-il. J’y venais déjà quand j’étais jeune et j’ai toujours trouvé qu’il y avait un truc spécial ici. Rien que le fait de dire "je joue Bercy", ça fait quelque chose. J’espère qu’on restera dans ce lieu car j’y suis très attaché. » C’est aussi ce qu’on espère du côté de l’Accor Arena et de la Mairie de Paris, tous deux ayant assuré à nos confrères du Parisien que des aménagements étaient prévus à l’horizon 2025, avec l’installation de grands courts annexes dans le Parc de Bercy, afin de correspondre aux critères de l’ATP. Malgré ça, et à leur plus grande surprise (et colère), la FFT serait déjà passée à autre chose, avec l’annonce du partenariat avec Paris La Défense Arena (située à Nanterre, Hauts-de-Seine) en décembre prochain.

« On adore venir sur les courts annexes de Bercy »

Du côté du public, sans surprise, la tendance est aussi au conservatisme. Croisé à la sortie du match sur le court n°1 entre Benjamin Bonzy et Dusan Lajovic, Stéphane, 30 ans de Bercy au compteur, est colère : « Je suis absolument contre ça, ça fait trente ans que je viens ici, cette salle est l’emblème de ce tournoi, ce n’est pas pour rien qu’on parle du tournoi de Paris-Bercy ! Je serais vraiment triste de devoir aller à la Défens ou ailleurs, je trouve que l’ambiance ici est vraiment particulière et je ne sais pas si on retrouvera ça ailleurs. » Pour Hugues, venu accompagné de son fiston, rien ne remplacera le charme de ces courts modèles réduits.

Quitte à y risquer ses globes oculaires : « Ici on est en contact direct avec les joueurs, c’est génial. Il y a deux ans, Arthur (son fils) a failli se prendre un service de John Isner en pleine tête, la balle a carrément traversé le filet et il y avait la trace sur le siège juste à côté de nous ! », se marre-t-il. A ses côtés, le garçon sourit, acquiesce et ajoute : « En termes de sensation de jeu, c’est incomparable, on se rend beaucoup plus compte de la vitesse de la balle, de la vitesse de déplacement des joueurs par rapport au Central. Je ne sais pas comment dire, ça fait moins superficiel. Moi, ça me ferait vraiment chier qu’il le délocalise, on adore venir sur les courts annexes de Bercy ».

Changer de lieu et d’infrastructures impliquerait aussi, peut-être, à terme, de se calquer sur les formats élargis des autres Masters 1000 de par le monde, qui compteront tous à l’horizon 2025 (à l’exception de Monte-Carlo et de Paris) 96 joueurs dans le tableau final, contre 56 à Bercy à l’heure actuelle. Un autre changement qui n’est pas au goût de notre père indigne : « Ce format avec 56 joueurs nous plaît car dès le premier tour tu es assuré de voir la crème de la crème, avec des gros matchs, tout ça pour un coût, pas dérisoire mais relativement modéré. Même si tu ne connais pas le tableau à l’avance, tu peux prendre un billet à la journée pour le premier tour tout en sachant que tu vas voir du beau monde. »

« Ici il y a une véritable proximité avec les joueurs, et comme ça reste un Masters 1000, ça reste tous plus ou moins de gros joueurs, tu peux te retrouver avec des tops 15 ou top 20 mondiaux dans ces hangars, ça a un certain charme je trouve. » Quant à nous, puisque nous pouvons désormais témoigner, si l’on comprend que Bercy puisse être contraignant et peu adapté aux exigences d’un Masters 1000, l’idée de voir ce tournoi migrer vers le quartier des affaires dans une salle plus grande (40.000 places) nous débecte au plus haut point. Car rien ne remplace l’adrénaline que procure la peur de se manger une minasse de John Isner dans la tête.

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