Roland-Garros : 12.000 euros d’amende pour commencer, Osaka va-t-elle persister dans son boycott médiatique ?

TENNIS La championne japonaise, figure la plus populaire du tennis féminin, a confirmé son souhait de ne pas s’exprimer devant la presse après sa victoire au premier tour

Julien Laloye
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Naomi Osaka, le 30 mai 2021 à Roland-Garros.
Naomi Osaka, le 30 mai 2021 à Roland-Garros. — Javier Garcia/BPI//SIPA
  • Naomi Osaka n’a pas répondu à la presse après sa victoire ce dimanche au premier tour du tournoi.
  • La numéro 2 mondiale a mis en avant des questions répétitives qui font en plus entrer le doute dans son esprit.
  • Elle a été condamnée à verser une première amende de 15.000 dollars par une action commune des quatre Grands Chelems, qui tentent d’infléchir sa position en coulisses.

A Roland-Garros,

Fabrice Santoro est un petit veinard. L’ancien tricoteur à deux mains, qui fait partie du bataillon d’intervieweurs « bord terrain » embauchés par la Fédé pour la quinzaine, a posé plus de questions à Naomi Osaka après sa victoire laborieuse en ouverture que tous les journalistes dûment accrédités sur les lieux. La Japonaise s’est toutefois arrangée pour marmonner sous un masque décoré d’une sorte de mâchoire de requin plus qu’intimidante. D’ailleurs, Fabulous Fab a lâché l’affaire plus vite qu’à sa grande époque sur le court, malgré des débuts encourageants à base de bouquet de fleurs et de « bonne fête maman ». « Mesdames et messieurs, désolé, je n’ai pas compris ».

La faute à la sono, un peu, et au peu d’enthousiasme de Naomi, beaucoup. La numéro 2 mondiale, plus grande star féminine de son sport by miles (50 millions d’euros d’argent de poche rien qu’en sponsoring sur la dernière année) avait prévenu son monde en fin de semaine sur les réseaux sociaux. Silenzio Stampa pour toute la durée du tournoi en dépit d’une première amende de 15.000 dollars et d’un communiqué commun des quatre Grands Chelems lui faisant les gros yeux. Commentaires persifleurs des suiveurs ? Ça ne devrait pas lui coûter si cher que ça, vu le nombre de matchs qu’elle a gagnés à Paris : quatre en comptant celui de ce dimanche. La menace de « futures suspensions en Grand Chelem en cas d’infraction répétée » fait déjà plus sérieux, mais la WTA espère encore résoudre le schmilblick en bonne intelligence.

Nishikori pour sauver les meubles ?

Bref. La raison invoquée par la numéro 2 mondiale pour nous faire la tronche : « Souvent, on nous pose des questions qu’on nous a déjà posées de nombreuses fois ou des questions qui nous font douter et je ne vais pas me soumettre à des personnes qui doutent de moi ». La petite palanquée de journalistes japonais, qui s’est enfilé les 10.000 bornes d’avion et qui devra en plus se coltiner une quatorzaine à la maison au retour, est ravie, comme vous pouvez l’imaginer. « Elle a toujours été difficile d’accès, c’est comme ça. Son image est un peu mitigée », évacue un confrère japonais fataliste. Lui espère surtout que Nishikori, embarqué dans un traquenard contre un Italien inconnu de nos services, ne va pas le lâcher trop tôt : « Il n’a plus les résultats qu’il pouvait avoir, mais ça reste une immense star chez nous ». Donc une raison de justifier ses notes de frais.

Tout n’est pas faux dans ce que raconte la jeune fille, of course. Notre petite expérience de Roland regorge de moments de gêne intense en salle de presse. La plus belle de mémoire ? Ce pauvre collègue étranger qui félicite Mahut pour sa victoire en préambule, alors que le Français sort en rogne d’une sale défaite en 2014. Impossible de rattraper le coup, évidemment. Nous-mêmes n’avons pas été irréprochables à l’automne dernier au moment de poser une question à l’adversaire de Mladenovic, alors que de l’autre côté de l’écran se trouvait l’Américaine Sofia Kenin, laquelle n’avait rien à voir avec la choucroute. « Sorry, wrong conference », l’ordi avait rougi de honte autant que nous.

Serena Williams, le contre-exemple

Des erreurs de parcours assez peu représentatives de l’atmosphère de respect qui escorte le plus souvent la carrière des grands champions de ce sport, même dans la défaite. Prenez Serena Williams, le modèle dont dit s’inspirer Osaka, après sa défaite en demi-finale de l’Open d’Australie contre cette dernière en janvier dernier. L’Américaine vient de voir une nouvelle fois se dérober sous ses pieds le mythe du 24e Grand Chelem, et elle sait comme nous qu’à 39 ans, chaque occasion est peut-être la dernière. Tout le monde choisit d’y aller à tâtons, jusqu’à une question innocente sur les raisons des multiples fautes directes de Serena, qu’elle-même venait de mentionner. Une réponse – « Je ne sais pas » – puis un sanglot étouffé : « On va s’arrêter là ».

Un moment émouvant, comme les larmes de Muguruza à Roland-Garros un an après sa victoire, quand la tête ne suivait plus. Un moment qui dit toute l’humanité de ces machines de guerre émotionnelles, comme le désarroi sincère de Dominic Thiem, rattrapé par Andujar sur le Central ce dimanche et globalement à côté de ses pompes depuis qu’il a remporté son premier Grand Chelem en 2020 : « Ce n’était pas la version de moi qui peut gagner des titres, je dois comprendre pourquoi ». Un moment qui les rapproche de leurs fans, partout, et dans toutes les langues.

La Japonaise fait bien ce qu’elle veut évidemment, même si certaines consœurs lui ont aimablement fait remarquer que le tennis féminin avait une veine pas possible et qu’il ne faudrait pas scier la branche, toussa. Caroline Garcia : « Cette presse, ces médias, cette attention que l’on a la chance d’avoir, d’être le sport féminin le plus médiatisé au monde, apporte des sponsors, des patchs sur tes vêtements, sur ta casquette, cela apporte ton prize money qui est le plus important du sport féminin ».

On pourrait ajouter concernant Osaka que la jeune femme gagne à être connue. Quelle sportive peut aujourd’hui se targuer d’avoir refusé de jouer une demi-finale d’un Masters 1000 pour protester contre les violences policières aux Etats-Unis ? Un sujet de conversation bien plus passionnant que ses difficultés supposées à glisser sur la terre battue parisienne, si c’est le genre de questions qui la dérangent.