Roland-Garros: «Murray ne m'envoie pas des textos pour savoir si je vais bien», plaisante Mathias Bourgue

TENNIS Le Français bénéficie d’une invitation un an après avoir presque failli surprendre le n°1 mondial sur le central…

Propos recueillis par Julien Laloye
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Andy Murray félicite Mathias Bourgue le 25 mai 2016 à Roland-Garros.
Andy Murray félicite Mathias Bourgue le 25 mai 2016 à Roland-Garros. — Thomas SAMSON / AFP

De notre envoyé spécial,

Souvenez-vous, c’était un des rares après-midi ensoleillés de l’édition 2016, alors que la France était déjà un peu tournée vers son Euro. Personne n’attendait grand-chose de Mathias Bourgue, valeureux 156e joueur mondial, promis à une boucherie sur le Chatrier face à Andy Murray. Sauf que rien ne s’est passé comme prévu : dominateur sans jamais surjouer, le Français, en tête deux manches à une,avait fait planer la possibilité d’une immense surprise avant de finalement s’incliner en cinq sets. Un an après, le jeune homme raconte à 20 Minutes ce que ce match a changé – ou pas, pour lui, avant son match face à Coric lundi.

Mathias, combien fois vous a-t-on parlé de votre match face à Murray depuis un an ?

On m’en a beaucoup parlé pendant les quinze jours qui ont suivi le tournoi, puis après beaucoup moins, à part les gens qui connaissent vraiment bien le tennis. Là ça revient un peu avec le début de Roland ; mais de manière générale, ça s’est estompé super vite.

Et vous, vous l’avez regardé combien de fois depuis un an ?

Je l’ai fait beaucoup par kif au début, mais non là c’est terminé, je ne regarde plus du tout. La dernière fois que je me suis fait plaisir, franchement, c’était il y a cinq ou six mois. On s’est croisés une fois à Sofia parce qu’il était venu s’entraîner, on avait parlé vite fait. Il me reconnaît, mais il ne m’envoie pas des textos pour savoir comment je vais.

Le gagner, ça aurait changé quelque chose ?

Clairement.Là, il y a un petit goût d’inachevé parce que je ne gagne pas le match et derrière ça se goupille pas bien, je perds en concentration donc je suis moins bon, et au final on retient juste que je suis un bon perdant. J’aurais pu prendre conscience que je peux battre ce genre de mecs et pas juste les accrocher. Là, je me dis juste que j’ai peut-être fait un match exceptionnel, rien de plus. Je ne sais toujours pas si j’en suis capable, finalement.

Avec le recul, vous avez joué le match de votre vie ?

Il y avait des moments où je me sentais hyperinspiré dans ce que je faisais, mais pas à tenter des coups impossibles. Ce n’est pas possible d’avoir de la chance sur 5 sets de toute façon. Après, il était plus fort que moi. J’avais le niveau sur ce jour-là, mais c’était un niveau de simplicité hyper maîtrisé, dur à reproduire.

Combien de temps avez-vous mis pour « digérer » cette performance ?

C’est dur de retourner au quotidien quand on a vécu un tel truc, surtout quand on attend un moment comme ça depuis longtemps. J’étais hyperfier de moi, j’ai eu du mal à m’y remettre, et la confiance est partie. Mon premier bon match après Roland, c’est début août sur un challenger en République Tchèque. Sur l’état d’esprit, j’y étais plus. Il y avait trop d’autosatisfaction.

Recevoir cette wild-card, c’était un soulagement ou vous estimez qu’elle vous revenait après cette performance ?

Je ne l’attendais pas par rapport à ce que j’ai fait l’an dernier, mais parce que j’ai fait des bons résultats en 2017. J’ai gagné un challenger, j’ai battu des gros joueurs, je me sentais légitime à en avoir une.


Pourtant vous arrivez à Roland-Garros avec le même classement que l’an passé. Pensez-vous être un meilleur joueur ?

Je suis un autre joueur, je joue beaucoup mieux au tennis, physiquement je bouge beaucoup mieux qu’avant. J’ai pris un préparateur physique grâce à mes gains de l’an passé, il me fait progresser. Je m’organise mieux, je me déplace mieux. Si j’avais joué comme contre Murray toute l’année, je n’aurais pas fini 150e à la fin. J’ai un peu mûri aussi, je suis confiant pour ce tournoi.

Il vous manque quoi pour affronter un Murray ou un Nadal plus souvent ?

Il me manque sûrement un peu de maîtrise dans ce que je fais quand ça se tend dans un match. Mais c’est plus une constante émotionnelle qu’autre chose. Parfois je me vois très nul ou je me vois très beau selon les résultats, alors que la vérité se situe entre les deux. Des matchs, on en perd, on en gagne, le plus important c’est la trame globale.