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Et si c'était La Rochelle, la nouvelle capitale du rugby français ?

Stade Toulousain-La Rochelle : Et si Toulouse n’était plus la (seule) capitale du rugby français ?

RivalitéLe club le plus titré du pays rencontre le double vainqueur de la Champions Cup ce samedi en finale du Top 14
Nicolas Stival

Nicolas Stival

L'essentiel

  • Après avoir survolé la phase régulière puis dominé leur demi-finale respective, les Stades Toulousain et Rochelais se défient ce samedi soir (21 heures) à Saint-Denis, en finale du Top 14.
  • En 2021, les Maritimes avaient subi la loi des Rouge et Noir au même stade de la compétition, en championnat comme en Coupe d'Europe.
  • Depuis, La Rochelle a remporté deux Champions Cup au détriment du Leinster, la bête noire de Toulouse, et dispute la suprématie nationale à son glorieux concurrent.

Deux écrans géants prévus ce samedi soir sur le Vieux-Port, un seul sur la place du Capitole. La Rochelle a déjà pris un petit avantage sur Toulouse avant la finale de Top 14 qui fait frissonner de plaisir toute la France du rugby, du Saint-Pierre-et-Miquelon XV à l’Olympique de Nouméa.

Allez, on entend déjà grogner quelques fiers supporteurs du côté d’Ernest-Wallon, à la lecture de cette boutade inoffensive. C’est vrai, « leur » Stade a compilé 21 Boucliers de Brennus depuis 1912 alors que « l’autre » attend toujours d’en gagner un. Pourtant, même le plus chauvin des fans Rouge et Noir est bien obligé de l’admettre. Alors qu’il évoluait encore en Pro D2 jusqu’en 2014, le Stade Rochelais tutoie aujourd’hui les sommets, comme l’attestent ses deux succès consécutifs en Champions Cup (2022 et 2023) acquis chaque fois face au Leinster, le cauchemar irlandais des Toulousains.


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Au point de s'afficher comme LA capitale de l’ovalie hexagonale, malgré une population bien moins importante (136.000 habitants dans l’agglomération, contre plus d’un million dans celle de Toulouse) ? « C’est un peu tôt pour le dire, freine l’ancienne capitaine des Bleues Marie-Alice Yahé, désormais consultante sur Canal+, diffuseur du Top 14. La Rochelle est la capitale européenne mais en France, le club n’a pas encore décroché de titre. Il lui manque cette petite marche supplémentaire. »

« Pas la capitale » mais « une place très forte »

C’est (encore) une spécificité du rugby : on peut faire la loi sur le continent sans pour autant être reconnu comme le numéro 1 dans son pays. « Aujourd’hui, être champion de France est plus dur que d’être champion d’Europe, acquiesce Jean-Pierre Elissalde, ancien joueur et entraîneur des Maritimes. Il n’y a plus d’Anglais pour rivaliser, seulement une province irlandaise. Les Ecossais et les Gallois sont des faire-valoir. » Et les Sud-Africains, nouveaux venus en Champions Cup, ont calé en quart de finale

« Non, La Rochelle n’est pas la capitale, ajoute le fils d’Arnaud Elissalde et le père de Jean-Baptiste, autres figures majeures du club. Ce serait faire injure à tous les autres. Le Stade Français, Biarritz, Béziers ou Lourdes ont été capitales à leur époque. La Rochelle, c’est une place très forte. Au-delà des murailles qui nous servent à résister, il y a une armada pour passer à la conquête. »


La foule à La Rochelle après le retour des joueurs, vainqueurs de leur première Champions Cup, le 29 mai 2022.
La foule à La Rochelle après le retour des joueurs, vainqueurs de leur première Champions Cup, le 29 mai 2022. - Yohan Bonnet / AFP

La bande de costauds menée par Grégory Alldritt, Will Skelton, Uini Atonio et Jonathan Danty a l’habitude de mettre les pieds où elle veut. Et c’est souvent dans la gueule de l’adversaire… Sauf dans celle des Toulousains. Avant le succès en janvier sur une équipe mixte, sans Dupont ni Julien Marchand (30-7), les Rochelais restaient sur huit défaites face au même adversaire, dont quatre lors de matchs décisifs : demi-finale du Top 14 en 2019 (20-6), barrage l’an dernier (33-28) mais surtout finales de la Champions Cup (22-17) puis du championnat (18-8) en 2021…

« Longtemps, le Stade Toulousain a été la bête noire de La Rochelle, mais les parcours en phase finale de Coupe d’Europe et la victoire cette année à Deflandre, même face à une formation remaniée, comptent, juge Marc Lièvremont, l’ancien sélectionneur du XV de France aujourd’hui consultant sur Canal+. Il est peu probable de voir le même scénario que lors de la finale du Top 14 2021, avec la blessure précoce de Brice Dulin et le match raté de Grégory Alldritt. La Rochelle a payé pour apprendre. »

Une équipe bien meilleure qu'en 2021

« Les Rochelais se sont mis à gagner depuis deux ans, et ça change tout, ajoute Marie-Alice Yahé. Ils sont complètement décomplexés, et savent qu’ils peuvent rivaliser avec n’importe quelle équipe. » L’arrivée d’un buteur fiable (Antoine Hastoy), d’une paire de centres de classe mondiale (Jonathan Danty - Ulupano Seuteni) et la promotion de l’exigeant manager irlandais Ronan O’Gara, encore adjoint en 2021, ont changé la donne.

« Le Stade Toulousain a aussi continué à grandir, avec l’expérience internationale des Dupont, Ntamack, Cros ou encore Ramos qui marche sur l’eau cette saison, poursuit Lièvremont. Mais le duel s’est rééquilibré. » L’ancien 3e ligne se garde bien de désigner un favori, à la différence de Guy Novès.

« J’ai vu un Stade [Toulousain] royal en demi-finale [contre le Racing 92, 41-14], qui n’a pas donné l’impression de tirer sur la machine, et une équipe de La Rochelle [face à l’Union Bordeaux-Bègles, 24-13] un peu en dedans, fatiguée, pas au niveau atteint en finale de Coupe d’Europe », juge l’ancienne icône d’Ernest-Wallon, qui pèse 12 titres nationaux (deux comme joueur, 10 comme entraîneur) et quatre sacres continentaux.



« Après leur exploit fantastique au Leinster, les Rochelais ont eu quatre jours de fête. Ensuite, c’est très dur pour relancer et remobiliser les joueurs. J’ai passé 40 ans au Stade Toulousain, c’est une équipe qui se transcende sur les phases finales. Et elle a une faim de loup. »


Retiré dans la périphérie de sa Ville rose, l’ancien patron des Bleus n’a forcément rien d’un témoin neutre. Cela ne l’empêche pas de saluer la performance des Maritimes, et d’évoquer une France (du rugby) à deux têtes, comme Amsterdam et La Haye aux Pays-Bas.

« La Rochelle est en train de devenir une capitale. Bon pour Toulouse, ce n’est pas nouveau. Les deux ont beaucoup en commun : un public magnifique, un stade plein tous les week-ends, des présidents posés, intelligents, qui avancent en toute humilité et de manière cohérente [Didier Lacroix côté toulousain, Vincent Merling côte rochelais]. C’est rassurant pour notre sport. Les deux clubs font aussi un gros travail de formation, et ne sont pas détenus par des milliardaires. Je suis ravi de les retrouver en finale. » »

Et hop, une petite balle perdue au passage pour les clubs franciliens, qui ne peuvent pas non plus plaider la ferveur populaire pour se défendre. « Toulouse et La Rochelle se ressemblent énormément au niveau de l’engouement », relève Marie-Alice Yahé. Alors oui, la préfecture de Charente-Maritime est bien plus petite, mais aucun autre sport n'y fait de l’ombre au rugby, à la différence de Toulouse avec le TFC et, dans une bien moindre mesure, le Fenix handball.

Ce samedi soir, Alldritt et ses équipiers vont disputer pour la première fois une finale de Top 14 dans une enceinte pleine, puisque les restrictions sanitaires liées au Covid avaient limité la jauge à 14.000 places au Stade de France en 2021. « La Rochelle n’a jamais vécu ça, or on connaît l’importance du 16e homme pour cette équipe », appuie l’ancienne demi de mêlée.

Si le club décroche le premier Bouclier de Brennus depuis sa création en 1898, plusieurs dizaines de milliers de personnes déferleront sur le Vieux-Port, comme lors des deux sacres européens. « Et si ce n’est pas cette année, le Stade [Rochelais] finira quand même par gagner le Bouclier, prophétise Jean-Pierre Elissalde. Ce n’est pas fini cette histoire. Ce n’est même que le début. »