Top 14 : Derrière le manager de l’UBB, il y a le vigneron Christophe Urios du Château Pépusque

RUGBY Fils de viticulteur, l’ancien talonneur est désormais (aussi) à la tête d’une exploitation dans l’Aude

Clément Carpentier

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Christophe Urios, le manager de l'UBB, est aussi propriétaire du Château Pépusque.
Christophe Urios, le manager de l'UBB, est aussi propriétaire du Château Pépusque. — Château Pépusque
  • L’Union Bordeaux-Bègles de Christophe Urios reçoit La Rochelle ce samedi (17h15) pour un choc du Top 14.
  • La manager de l’UBB est aussi un heureux propriétaire viticole depuis un an. Un vrai retour aux sources pour lui.
  • Il dirige, avec l’aide de sa femme et de ses frères, une exploitation d’une cinquantaine d’hectares dans le Minervois, entre l’Aude et l’Hérault.

« J’ai besoin d’être occupé sinon je me fais chier ! » Voilà donc pourquoi Christophe Urios s’amuse en ce moment à traverser la France en long, en large et en travers sur ses jours de repos. Ces dernières semaines, certains ont pu l’apercevoir par exemple à Vannes, Paris, Bayonne ou encore Clermont. Non rassurez-vous le manager de l’Union Bordeaux-Bègles n’avale pas les kilomètres juste pour s’occuper l’esprit. Quoique ! Il roule en réalité, à droite, à gauche, pour son deuxième métier. Oui, il en a bien un depuis quelque temps. C’est vrai que le premier n’est pas du tout prenant, non vraiment pas. Même pour une personne qui se lève tous les matins entre 4 heures et 5 heures du matin comme lui.

Plus sérieusement, si aujourd’hui tout le monde connaît le médiatique entraîneur de rugby de l’UBB, très peu connaissent le vigneron du Château Pépusque dans l’Aude. Pourtant depuis plus d’un an, Christophe Urios passe pas mal de temps au milieu des vignes. Pardon, de ses vignes. Il a réalisé l’un de ses rêves, acheter une propriété viticole, lui le fils de vigneron. « Je savais que j’y reviendrai un jour car j’ai toujours eu dans un coin de ma tête cette envie de revenir dans le vin », explique le titulaire d’un BTS viticulture-oenologie. Et pour y revenir, il y est revenu presque pile au même endroit près de 35 ans plus tard. A seulement quelques mètres de l’exploitation de son papa dans son village natal de Pépieux dans le Minervois.

Un retour aux sources dans tous les sens du terme

Comme il le dit avec sa gouaille, « c’est une histoire incroyable, un truc de fou » au moment de raconter que son père n’était autre que le régisseur de cette cave et que ces mêmes vignes, qu’il vient d’acheter, étaient son terrain de jeu enfant. « Quand on parle de retour aux sources, c’est un vrai retour aux sources », s’amuse-t-il. Ce coin de France à cheval sur les départements de l’Aude et de l’Hérault, il ne l’a jamais vraiment quitté malgré sa carrière de joueur puis d’entraîneur de haut niveau. « Cela faisait vraiment deux ans qu’on cherchait » précise Isabelle sa femme et « le confinement a fini par accélérer le projet », ajoute Christophe Urios. Et bien sûr, il n’était pas question de trouver autre part que dans le Minervois, peu importe s’il vit depuis l’été 2019 près de Bordeaux au milieu des vignes.

Christope Urios est à la tête d'une exploitation viticole d'une cinquantaine d'hectares dans l'Aude.
Christope Urios est à la tête d'une exploitation viticole d'une cinquantaine d'hectares dans l'Aude. - Château Pépusque

L’ancien talonneur est aujourd’hui à la tête d’une équipe de rugby d’une cinquantaine de joueurs avec l’UBB mais aussi d’une exploitation viticole de 52 hectares dont 42 de vignes à 370 km de là. « C’est un projet avant tout familial, je ne fais pas non plus ça que pour moi. J’ai mes deux frères, Guillaune et Sébastien, qui travaillent sur place et Isabelle [Urios, sa femme] bosse dessus du matin au soir. En tout, il y a une équipe de sept personnes », détaille celui qui essaie de s’y rendre pour le moment une fois par mois.

« Je veux clairement que Pépusque devienne une référence »

Si Christophe Urios avoue que « cela a été un peu l’enfer au départ de se replonger » dans un métier qu’il n’avait au final « jamais vraiment pratiqué », c’est maintenant « un vrai bol d’air » dans son quotidien. Mais attention, ce n’est pas un bol d’air pour un bol d’air. C’est mal connaître le manager de l’Union. Perfectionniste à en mourir – c’est « peut-être encore pire » avec le vin, dixit sa femme –, le néo-vigneron veut bien sûr « être le meilleur » dans ce domaine (aussi). Fidèle à sa maxime, « être meilleur ne s’arrête jamais ». « Je veux clairement que Pépusque devienne une référence et il a un potentiel énorme ! », avance-t-il. Vraiment ? Pour ça, 20 Minutes a demandé son avis… à un joueur de l’UBB !

En effet, Christophe Urios n’est pas le seul passionné de vin dans son équipe. Rémi Lamerat a obtenu récemment son BTSA (brevet de technicien supérieur agricole) viticulture/œnologie et poursuit ses études dans le domaine. Le trois-quart centre a eu l’occasion de déguster Les cailloux blancs, un rouge du Château Pépusque, avant un match il y a quelques semaines :

C’était particulièrement bon et j’ai été très surpris de la qualité de ses cuvées. Ce sont des vins chauds avec beaucoup de caractère et de fruit. Celui-ci était très coloré, très dense et avec très peu de tanin à la différence des Bordeaux. »

Rouge, blanc, rosé… il y a le choix au Château Pépusque avec une gamme de prix allant de 8.50 à 22 euros aujourd’hui. Et d’autres vins verront bientôt le jour à l’image du Marco, en mémoire à l’ancien président d’Oyonnax ou du Trésor de Pépusque attendu lui pour 2022. Pour les amateurs de vin, on peut trouver quelques bouteilles chez des cavistes comme à Vinimarché à Pessac ou à L’Amour du vin à Gradignan dans l’agglomération bordelaise ou commander en ligne.

La patte du vigneron Urios

Si Christophe Urios « affirme que son vin est le meilleur du monde » à Rémi Lamerat et que l’ancien international français lui répond « non le meilleur, c’est forcément un Bordeaux », le centre bordelais tient à saluer les bouteilles de son coach qui « se démarquent grâce à une vraie identité et un chouette marketing ». En effet, en attendant de mettre complètement sa touche personnelle sur ses vins pour qu’ils lui « ressemblent » car cela peut prendre du temps, Christophe Urios l’a mise sur ses bouteilles.

Les vins de Christophe Urios avec ses bouteilles si particulières.
Les vins de Christophe Urios avec ses bouteilles si particulières. - Château Pépusque

Des bouteilles qui dénotent dans un milieu très conservateur. Mais bon, en même temps, il ne fallait pas attendre autre chose d’un as de la communication. Il a donc créé des bouteilles et surtout un étiquetage bien particulier : « J’ai besoin que ce soit beau et moderne », rappelle l’ex-entraîneur de Castres et Oyonnax. Avec parfois des bouteilles opaques et des étiquettes aux quatre couleurs du domaine : bleu, orange, violet et rouge. C’est sûr que ça accroche l’œil tout de suite.

Le rugby, une priorité encore absolue

Reste que Christophe Urios n’est pas un magicien et comme tout le monde les temps sont durs. Pas toujours évident d’écouler les 60.000 bouteilles de ses premières vendanges. Il faut parcourir la France pour ça, tout en étant à la tête d’une équipe qui vise les phases finales du Top 14 et jouera un 8e de finale de Champions Cup dans une semaine contre les Anglais de Bristol. Mais il garde le cap :

Aujourd’hui, ma carrière je la contrôle donc ça me laisse un peu de marge. Après je dois faire attention à ne pas m’éparpiller car j’ai un métier ultra-vivant. Pour l’instant, j’arrive à mener les deux de front sans problème, si jamais un jour je sens que je déconne je me recentrerais sur le rugby. Là, je construis la deuxième partie de ma vie mais je ne sais pas quand elle commencera. »

Pour le moment, il n’est pas encore l’heure de faire « quelques trocs de cartons entre vignerons » comme l’imagine en se marrant Rémi Lamerat. L’heure est au terrain. De rugby avec l’UBB les trois quarts du temps mais aussi de la vigne avec le château Pépusque depuis peu. Désormais entre deux matchs ou entraînements, Christophe Urios ira planter quatre hectares de vignes ou préparer réceptions et séminaires quand les travaux seront terminés à Pépieux « d’ici 2023 et la Coupe du monde », dit-il. Un vrai emploi du temps de ministre. Mais c’est ce qu’il cherche car « même si parfois, ce n’est pas simple, ça me passionne ». Et c’est bien le principal chez lui.