Roland-Garros : Le super tie-break démocratisé, le tennis tourne la page des matchs à rallonge

TENNIS Les quatre tournois du Grand Chelem ont décidé d'harmoniser leurs façons de conclure les matches en cinq sets, instaurant tous en 2022 le super tie break (10 points gagnants avec deux points d'écart) à 6-6 dans la manche décisive

William Pereira
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PHM vs Isner, RG 2012. Rip petit ange
PHM vs Isner, RG 2012. Rip petit ange — Christophe Ena/AP/SIPA
  • La directrice de Roland-Garros, Amélie Mauresmo, a annoncé mercredi la fin des 5es sets à rallonge à Paris.
  • Les quatre tournois du Grand Chelem ont décidé d'harmoniser les fins de matchs, laissant place au super tie-break à 6-6 au 5e set.

C’est une claque, un saut d’eau à la figure, la mauvaise nouvelle qu’on ne voulait pas entendre. Une glorieuse époque sur laquelle on s’assoit, comme ça, en un claquement de doigts. Non, pire encore ! En une slide PowerPoint. La startup nation fossoyeuse des marathons en cinq sets sur l’autel d’un Roland-Garros tiraillé entre « tradition et modernité », voilà ce qu’il faut retenir de la conférence de presse de mercredi, porte d’Auteuil, à deux mois du début des qualifs.

Les bourreaux du romantisme sur terre battue ont un nom : Gilles Moretton, Amélie Mauresmo et Amélie Oudea Castera. Fin de l’exception française. Les internationaux de France rentrent dans le rang d’une décision commune entre les quatre tournois du Grand Chelem, celle d’instaurer le super tie-break (10 points gagnants avec deux points d'écart) dès lors qu’un match n’a pas su nommer de vainqueur à 6-6 au 5e set. Un moyen de consolider sa place à la table des majeurs et apaiser les insécurités d’un Roland longtemps pointé du doigt car trop petit, trop ceci, et surtout plus assez digne du statut de Grand Chelem selon les prétendants au régicide.

« L’idée centrale était d’être alignés sur les autres grands tournois, c’était la priorité, se défend la nouvelle directrice de Roland. Avoir une cohérence pour facilité la compréhension des fans, des joueurs, des médias, c’était l’idée centrale. »

Le fameux coup du « pour les fans »

Faire plaisir aux télés, aussi, et rendre plus prévisible une programmation déjà soumise aux caprices du ciel parisien. Corentin Moutet qui perd 18-16 en cinq manches, c’est drôle pour le spectateur, mais au fond c’est un peu chiant. Il faut interrompre le match, le reprogrammer au lendemain, puis celui qui devait se jouer après, dans le cas où il n’y avait pas de place sur un autre court.

On peut en trouver beaucoup, des nobles excuses. Par exemple, pas grand-chose à redire sur l’argument de la santé et de l’équité avancé par Mauresmo. « On a aussi pris en compte la santé des joueurs parce qu’on a vu que sur la durée d’un tournoi du Grand Chelem, partir sur des 13-11, des 16-14, et le tournoi est largement hypothéqué. » On peut aussi avancer que la quinzaine récompense celui qui aura mieux su gérer son capital énergétique au fil des tours, mais l’équité, pourquoi pas après tout.

Comme toute mesure impopulaire – on pense fort au Mondial biennal de la Fifa – le passage au super-tie break se nourrit de paternalisme et de mauvaise foi. Ce changement serait un cadeau « aux fans qui aiment ce moment décisif et haletant de fin de match » mais un peu plus tôt, l’ancienne numéro 1 mondiale anticipait dans son discours la déception « des puristes » face à une adaptation nécessaire du règlement. Nécessaire mais là encore pas tant que ça, finalement, puisqu’il « n’y avait qu’un pourcentage de matchs assez faible concerné. »

Les matchs à rallonge dans le viseur

Alors quoi ? Pour un Santoro-Clément à chaque éclipse solaire on se prive de 5es sets à 9-7, 10-8, de mouvements de foule dans les allées du stade parce qu’on a entendu parler de ce match de malade sur un court annexe dont on ne veut rater la fin sans être sûr qu’elle arrive un jour ?

Et puis quitte à choisir une seule formule réduite, pourquoi pas opter pour le fameux 12-12 de Wimbledon, qui a résisté un temps à l'harmonisation des règles ? La limite était curieuse en soi mais laissait un peu de place à la fantaisie en fin de match. Mais comme il n’y a plus de temps pour la poésie, on se contentera donc d’une vague séance de penaltys version tennis. En espérant que quelques rebelles nous embarqueront dans des versions miniatures de Mahut-Isner, et que cette amputation ne soit pas la première d’une série de réformes destinées à compresser le tennis.