Roland-Garros : Amélie Mauresmo, le nouveau souffle dont avait (déjà) besoin la nouvelle gouvernance de la FFT

TENNIS L'intronisation d'Amélie Mauresmo, nouvelle directrice de Roland-Garros, a apporté un peu d'enthousiasme autour de l'équipe du président de la FFT, Gilles Moretton

William Pereira
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Amélie Mauresmo
Amélie Mauresmo — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

Les champions raccrochent, la certitude de la réussite reste. Nommée à la direction du tournoi de Roland-Garros jeudi matin,  Amélie Mauresmo, souriante et détendue, n’a pas prévu d’échouer dans sa prochaine mission. Sans hésitation, elle promet d’être « à la hauteur » du défi proposé par le patron de la Fédération Française de Tennis,  Gilles Moretton et sa directrice générale, Amélie Oudea-Castera, tous deux assis au côté de l’ancienne numéro une mondiale dans l’auditorium du court Philippe-Chatrier qui sent encore bon le neuf.

Choix tout sauf précipité, en dépit du timing : si le futur ex-boss des lieux, Guy Forget, a annoncé son départ il y a deux jours, les premières discussions entre Mauresmo et les pontes de la Fédé dataient d’ « il y a quelques semaines », Moretton se refusant à plus de précision. « J’avais des questions capitales sur mon rôle, sur ce qu’on pensait qu’une ancienne joueuse pouvait apporter en termes de représentation et de force de proposition, résume la nouvelle directrice. Ça a été tout de suite bien reçu. J’ai tout de suite trouvé de la communication et de la confiance. » Il a aussi fallu trouver un terrain d’entente sur la question du lieu de travail, Mauresmo étant attachée à Biarritz, où sont scolarisés ses deux enfants et dont il n’est pas question de partir, même si elle se fera forcément plus présente à Paris « au fur et à mesure que le tournoi approchera ».

Mauresmo éclipse Forget

Mais on ne peut hésiter à faire des concessions, comme un contrat de trois ans pour un poste pourtant taillé pour du long terme, quand il y a tant à gagner au bout du compte. Pour Gilles Moretton, d’abord, enthousiaste à l’idée de travailler avec une figure « de renommée et de rayonnement à l’international à l’image de ce qu’est Roland-Garros ». Pour Amélie Oudéa-Castera, ensuite, désireuse de féminiser les strates dirigeantes du tennis français à vitesse accélérée :

 « C’est un moment important. Pour la première fois de l’histoire du tournoi, une femme sera directrice de Roland-Garros et on est fier que ce soit une championne de cette envergure qui incarne ça. Elle va nous tirer vers le haut. »
 

A mieux y regarder, elle le fait déjà. Mercredi, Amélie Mauresmo a réussi, par son aura, son attitude – toujours avec le sourire et jamais agressive sur les questions piège – et la pertinence de ses propos, à reléguer au second plan la dernière flaque d’encre sur la copie mitigée de la nouvelle gouvernance. Même s’il est vrai que Moretton a pris soin de devancer le collège de journalistes en ouvrant sa conférence sur le cas Forget, dont le contrat pharaonesque et problématique ne sera pas renouvelé dans sa version revue à la baisse. « Je lui ai proposé plusieurs missions à nos côtés avec un investissement plus fort à l’international et la continuité de son rôle dans le Paris Rolex Masters, mais ces discussions n’ont pas abouti et, mardi, il m’a dit qu’il ne donnait pas suite à mes propositions. »

Des propos qui résonnent avec ceux de l’ancien capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis, lequel évoquait la veille, dans L’Equipe, « une proposition [formulée] dernièrement [qu’il a] refusée » mais qu’on imagine mal être la seule raison d’une annonce brutale, même si ses relations inexistantes avec le nouveau président de la fédé l’avaient sûrement alerté. Forget, toujours : « Quand il a été élu, je l’ai félicité, je lui ai demandé quand on pouvait se voir pour discuter. Je crois que le premier échange qu’on a eu, c’était un mois et demi après son élection. C’est long. La communication n’a jamais existé avec lui. Et clairement, j’ai senti qu’il n’y avait pas de confiance. »

Forget, Noah et la « famille tennis »

N’empêche qu’il subsiste, dans ce mélodrame du tennis français, la sensation d’une pièce manquante. Faut-il la chercher dans les Pandora papers ? D’après la vaste enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), Guy Forget a possédé, de 2005 à 2016, une société offshore basée aux Iles Vierges Britanniques. Le comité d’éthique de la FFT l’avait blanchi, début novembre, estimant qu'« en l’absence de fraude fiscale ou d’autres comportements pénalement répréhensibles établis, aucune atteinte aux valeurs d’honnêteté et d’intégrité de la part de M. Forget n’est caractérisée. » Mais il l’avait invité à « tout mettre en œuvre pour que l’atteinte éventuelle à sa réputation qui en résulterait ne rejaillisse pas sur celle des tournois qu’il dirige ou sur celle de la FFT », si des suites judiciaires devaient être données.


Des esprits retors pourraient imaginer que de nouveaux éléments soient parvenus aux mains du comité, au point de « faire virer » le directeur de Roland et Bercy de la famille tennis, pour reprendre les mots de Yannick Noah sur Instagram, provoquant un départ de feu là encore bien vite éteint par Mauresmo.

 « Avec Yannick, on a vécu tellement de choses fortes que ma nomination ne va rien changer. C’est pareil avec Guy. D’ailleurs, je les ai eus au téléphone, j’ai tenu à les informer de ma décision. On a des liens très spéciaux, et je dirais que pas grand-chose pourra nous séparer. »
 

Nul doute donc, et même si son franc-parler la rend parfois imprévisible, que l’ancienne double vainqueure en Grand Chelem saura éviter à l’avenir – elle qui souhaite bichonner les joueurs – certains écueils, du style noyer en public une Naomi Osaka déjà au bord du burn-out. Gilles Moretton avait été pour le moins maladroit (« elle heurte le jeu, elle fait du mal au tennis », avait-il déclaré), avant de se reprendre après l’abandon de la joueuse japonaise.

Au bon moment

La nomination de Mauresmo arrive à point nommé pour donner un nouveau souffle à la nouvelle gouvernance de la fédération, déjà critiquée. Censée faire oublier le mandat discutable de Bernard Giudicelli, le camp Moretton a été bien vite rattrapé par des soupçons guère plus reluisants. Une longue enquête de L'Equipe explique comment la nouvelle équipe de la FFT aurait fait basculer la dernière élection grâce à la trahison de Cavallin.

Le trésorier historique aurait rejoint Moretton en échange de l’abandon de poursuites du comité d’éthique autour d’une vente suspecte de billets à laquelle celui-ci était mêlé. Le président de la FFT a déjà évoqué « une entreprise pour le détruire » et s’est engagé à reprendre l’audit sur cette vente de billets, dans laquelle avait par ailleurs été citée la Ligue Auvergne – Rhône-Alpes, qu’il présidait alors. Bref, à défaut de pouvoir parler des bons résultats des joueurs français, il était temps d’annoncer une bonne nouvelle.