Real Madrid – PSG : Leonardo, Pochettino, bon courage pour assumer ce nouveau fiasco

FOOTBALL L’élimination parisienne en 8es de finale de la Ligue des champions pourrait avoir des conséquences plus profondes encore que la débâcle du Camp Nou en 2017

Julien Laloye
Mauricio Pochettino
Mauricio Pochettino — Manu Fernandez/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Madrid,

Quelle vie, quel club, comme dirait un twittos connu de la sphère parisienne. Toujours à vous surprendre pour cultiver la relation, même quand vous êtes mariés et que les enfants sont grands. On se revoit encore à la mi-temps, tiens, avec un collègue de la grande presse, auteur d’un article remarqué le matin sur le défaitisme qui colle au PSG dans l’épreuve, un râle lancinant assez obscur pour qui considère de loin que les supporters parisiens n’ont pas trop le droit de se plaindre au vu de la marchandise. Le collègue nous disait donc qu’il pouvait encore se passer un truc pas net, et on lui répondait sûr de nous quelque chose du style : « il y a deux classes d’écart, ça va faire 3-0 à la 70, triplé de Kylian, tu peux noter ».

Mais voilà, le truc pas net est arrivé. Donnarumma​ a rejoint la liste trop longue des météorites qui ont rasé la terre parisienne sans prévenir. 16 minutes inexplicables, injustifiables, insupportables. 16 minutes pour prendre trois buts, Paris n’avait pas fait pire depuis la fin de match au Camp Nou, qu’on pensait installée tout en haut dans le panthéon des dysenteries soudaines des joueurs du PSG. La faute de Benzema ? On citera le toujours pondéré Emmanuel Petit (humour), assis à quelques pas de nous à Bernabeu, et fou de rage longtemps après le désastre : « Arrête de te réfugier derrière cette faute, derrière tu te chies dessus, c’était Jurassik Park, tu te fais bouffer par les dinosaures ».

Et soudain, le Diplodocus (re) devint T-rex

Filons la métaphore : le Real Madrid a longtemps ressemblé à un gentil diplodocus en maison de retraite avant de se découvrir T-rex devant la nouvelle éclipse mentale des Parisiens. « Après le premier but, Il n’y avait qu’une seule équipe sur le terrain », a commenté Ancelotti, pourtant pas le plus arrogant des entraîneurs.

Mais comment qualifier autrement cette fin de match où Paris aurait pu en prendre le triple, chaque joueur étant plus paumé que son voisin, malgré une expérience des gadins d’un vétéran de la Grande Guerre ? Pareil qu’au Camp Nou il y a cinq ans, pareil qu’au Parc contre cette même équipe en 2018, pareil que face à MU en 2019, signe que ce groupe ne grandit pas, même si le bon parcours de la saison passée avait pu laisser penser qu’il était sur le bon chemin.

Plus dure sera la suite

Et maintenant ? Pochettino, infichu de dépasser sa frustration contre l’arbitre mercredi pour expliquer ce délitement, et plus globalement infichu de donner une quelconque identité de jeu à son équipe en plus d’un an, va se tirer fissa sans rendre sa dernière note de frais, soit. Mais le PSG a épuisé tellement d’entraîneurs, tous avalés par le système, qu’on finit par se demander s’il reste des volontaires. Les meilleurs comme Guardiola ou Klopp, sont déjà pris, de toute façon, et Zidane, qu’on dit en discussions avancées avec Doha, va peut-être changer de téléphone après ce qu’il a vu mercredi. Il n’aurait pourtant pas forcément à travailler avec Leonardo.


Le directeur sportif brésilien va en effet entendre parler du pays, lui qui a mis Donnarumma dans les pattes d’un Navas ovationné par les socios à l’échauffement, le gardien des meilleures soirées parisiennes en C1. On lui rappellera aussi que le PSG attend toujours le milieu box-to-box capable d’épauler Verratti quand ça compte vraiment, même si Wijnaldum ressemblait à une bonne idée pour tout le monde au mois d’août. Léo, qui ne parviendra pas à retenir Mbappé prisonnier pour cacher la misère un an de plus, est-il capable de prendre la poudre d’escampette avant qu’on lui indique la sortie, comme la première fois ? A chaud, il a paru combatif

« On croyait pouvoir la gagner »

« On doit assumer nos erreurs, nos difficultés, notre incapacité à gérer les moments difficiles. (…) (L’égalisation) a été un moment-clé, ça a changé beaucoup. On a perdu un peu le contrôle et ils ont marqué deux buts tout de suite, ça a été déterminant. C’est très dur à vivre mais on doit trouver des solutions, avancer parce qu’on a des bonnes choses, on ne peut pas tout enterrer maintenant. Jusqu’à la mi-temps de ce match, on était convaincus qu’on était supérieurs. On était bien placés pour avancer dans cette Champions League, et avec cet effectif, on croyait pouvoir la gagner. On a besoin de temps pour réfléchir et avancer »

Reste le grand mamouchi Nasser Al-Khelaïfi, qui s’était refait la cerise en menant la rébellion contre cette perfide superligue au printemps dernier. Maintenant qu’il a mis l’UEFA dans sa poche, on le voit mal tout plaquer pour retourner à Doha. Sauf si Doha le rappelle, vous me direz. Mais à quatre mois de la Coupe du monde au pays, qui peut y croire ? Que le spectacle continue.