PSG-Manchester United: Frappe dévissée, interprétation... VAR ou pas, la main de Kimpembe était dure à juger

FOOTBALL Le PSG s'est fait éliminer sur un penalty dans les arrêts de jeu

William Pereira

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L'action litigieuse.
L'action litigieuse. — FRANCK FIFE / AFP
  • Le PSG s'est fait sortir en huitièmes de finale de la Ligue des champions par Manchester United
  • Paris a encaissé le troisième but sur un penalty discutable

Le match touche à sa fin. Un cri rageur parcourt les tribunes du Parc des Princes. Celui d’un public à l’agonie soulagé de voir une chiche des 20 mètres de Dalot être détournée en corner par Kimpembe. Joie de courte durée. Alors que le jeune Chong pose son ballon dans le coin droit du terrain, M.Skomina dessine un rectangle avec ses index. Le volume baisse. Une main litigieuse du défenseur parisien à l’entrée de la surface pousse les assistants VAR à demander à l’arbitre central de revoir les images de l’action. Les assistants d’Ole Gunnar​ Solskjaer s’enflamment, le Norvégien les calme. Tuchel reste impassible. Le Parc prie mais les dieux ne l’entendent pas : penalty pour Manchester United, Rashford transforme. Volume à zéro. Le PSG est éliminé. Merci, et au reVAR.

Bien sûr, ce fait de jeu n’est pas la seule cause de l’élimination parisienne. A vrai dire, c’est même la conséquence directe de tout ce que le PSG a mal fait mercredi. Mais il intervient à un moment si crucial (« après on n’a plus le temps de réagir », dira Marquinhos) et a tellement d’emprise sur les événements des 179 minutes précédentes que l’on ne peut pas ne pas s’attarder dessus. Y avait-il oui ou non penalty ? Honneur aux vainqueurs, honneur à Solskjaer : « Ecoutez, j’ai pas vu la vidéo. J’espère que c’est la bonne décision. Mais s’ils ont dit penalty, c’est que c’était la bonne décision. » On pouvait difficilement en attendre plus de sa part. Etrangement, côté parisien on est plus partisan du « y a pas péno ».

Nasser al-Khelaifi, un brin complotiste : « Pour moi, il n’y a pas penalty, (Kimpembe) tourne la tête. Le ballon ne va pas sur le but. Je ne comprends pas, c’est si facile de prendre cette décision contre le PSG, c’est plus difficile contre d’autres clubs. »

Marquinhos, un peu paumé : « J’ai pas encore analysé, mais encore une fois on se fait pénaliser par l’arbitrage. 90e, un penalty comme ça à la maison qui a été la clé du match… à chaque fois on se fait pénaliser par l’arbitrage, c’est difficile. »

Neymar, influenceur sur Insta : « C’est une honte. On met quatre mecs qui ne comprennent rien au foot pour regarder un tir au ralenti devant la télé… Il n’y a rien. Comment le mec peut mettre ses mains ailleurs. »

Thomas Tuchel, brillant : « Je suis un très grand supporter de la VAR. De mon point de vue, quand Dalot tente le tir, j’ai vu la balle qui est partie de son pied, et avec l’effet qu’il a mis c’est sûr que ça allait aller largement au-dessus de la barre. J’avais même pas vu que ça avait touché quelqu’un. Corner, ok. Et après je vois qu’il y avait appel à la VAR. Il y a beaucoup de critères de façons de réagir, est-ce qu’il doit vraiment être puni pour ça, est-ce qu’il a bougé son bras… »

Pragmatisme versus psychologie

L’entraîneur allemand voit juste. VAR ou pas VAR, le souci majeur reste celui de l’interprétation. Doit-on adopter une lecture stricto sensu de la situation ou accepter que des éléments extérieurs comme le contexte de la frappe, la distance entre les deux joueurs ou la vitesse de la balle ont aussi leur place dans le jugement final que doit porter l’arbitre. Autrement dit, est-ce qu’on doit se contenter de dire que « Maestro » détourne effectivement la frappe du bras en ayant un peu agrandi sa surface de contact et donc accorder le péno, ou peut-on aller plus loin ?  Sur RMC Sport, l’ancien arbitre international Stéphane Lannoy trouve la décision « sévère mais pas scandaleuse, car ce n’est pas un geste naturel de défenseur. » Tuchel s’interroge.

« Il a des raisons de changer sa décision, mais ce qui est compliqué c’est que cette main n’est pas claire. On a des raisons qui sont légitimes de penser qu’il n’y a pas main. Un tir d’aussi loin, pas cadré, et on donne penalty pour ça ? C’est pas juste. »

C’est là l’autre énigme dans l’énigme. La frappe du Portugais prenait, avec ou sans Kimpembe, la direction de Boulogne-Billancourt. Est-ce une raison suffisante pour ne pas siffler ? La problématique est là même pour des tacles dans la surface alors qu’un attaquant avait poussé trop loin sa balle. Combien de fois n’a-t-on pas gueulé, tapant du poing sur la table, « y a jamais péno, elle sortait de toute façon ! » Une bonne vieille règle de bistro dont on ne trouve pas de trace dans les registres officiels.

Mais, encore une fois, peut-on concevoir qu’une frappe si insignifiante et une main à peine illégale puissent décider du sort d’un match éliminatoire aller-retour ? Thomas Tuchel, en voix de la sagesse. « Tous ces critères sont discutables. C’est compliqué. Avec un même argument, des gens diront non et d’autres diront oui. » Ce sont deux écoles qui affrontent, deux manières de concevoir la justice. L’une stricte, l’autre davantage dans l’esprit du jeu. Malheureusement pour le PSG, Skomina était du mauvais côté de la barrière.