Championnats d’Europe de natation : Un dieu, un monstre, une certitude et des carences à deux ans des JO 2028
bilan•La France a remporté quatre titres lors des championnats d’Europe de natation. Un bilan honnête au vu des fragilités des locomotives Léon Marchand et Maxime Grousset. Mary-Ambre Moluh s’est révéléeWilliam Pereira
L'essentiel
- Les championnats d’Europe de natation de Paris 2026 ont connu leur épilogue dimanche soir. La France termine 4e au tableau des médailles avec quatre titres.
- La moitié a été remportée par Léon Marchand, qui a remporté dimanche le 400 m nage libre, une course qu’il apprend encore à apprivoiser.
- La natation française peut sourire avec Marchand, mais aussi Maxime Grousset et Mary-Ambre Moluh. Mais avec l’annonce de la retraite d’Anastasiia Kirpichnikova, elle n’a plus de référence en demi-fond.
Au Centre Aquatique Olympique de Saint-Denis,
Ce n’est pas encore l’opulence, mais la natation française serait bien culottée de se plaindre de ses Championnats d’Europe après avoir un temps envisagé un catastrophique double-forfait de Léon Marchand et de Maxime Grousset. L’un touché aux adducteurs et contraint de faire une croix sur les 200 et 400 m 4 nages, l’autre touché au pied sans savoir s’il avait le niveau pour bien figurer dans le Centre Aquatique Olympique de Saint-Denis, avaient très vite balayé les doutes en début de semaine quant à leur capacité à honorer leur statut de locomotives. Dimanche, ils ont ajouté la cerise sur le gâteau, surtout Marchand, dont on ignore encore les limites.
Léon Marchand peut voir très grand en nage libre
Avant les championnats, le Toulousain était sûr de pouvoir « s’amuser » sur nage libre. Terrifier la concurrence serait un terme plus approprié. Lundi dernier, il avait lancé le relais du 4 x 200 m nage libre en signant la meilleure performance de l’année et le 6e chrono de l’histoire sur la distance en 1'43''76, un temps qui lui aurait permis de battre David Popovici (1'44''15 en finale du 200 m). Dimanche, il a terminé la semaine en envoyant un nouveau message avec un titre sur 400 m nage libre au terme d’une course où il n’a pas vraiment cherché à calculer.
« J’ai essayé de partir un peu vite, de voir ce que ça pouvait donner, mais c’était bien parce que j’ai quand même gardé mes jambes sur les 100 derniers mètres, souriait Léon Marcand. Heureusement parce que derrière, ça revenait. Stratégiquement, je pense qu’il y a encore plein de choses que je peux améliorer, mais je suis champion d’Europe du 400 m ! »
Le protégé de Bob Bowman peut aspirer à mieux. Sur la route des JO de LA 2028, les Mondiaux de Pékin en petit bassin qu’il a annoncé vouloir disputer au mois de décembre, puis les championnats du monde 2027 à Budapest, lui permettront de mesurer ses progrès sur la distance. Avec un chrono de 3'43''14, il améliore son record personnel d’une seconde et demie et comble doucement mais sûrement son retard sur le record du monde de Lukas Martens en 3'39''96. « Je suis plus rapide que ce que je pensais sur le 200 et sur le 400 c’est à peu près ce que je voulais faire, donc c’est bien parti. » On n’oubliera pas, non plus, que Léon Marchand a repris une seconde et demie sur ses concurrents sur le 100 m papillon du relais 4 x 100 m 4 nages. La question n’est plus de savoir ce qu’il peut nager mais plutôt ce qu’il ne sait pas nager.
Maxime Grousset, deuxième leader
Deuxième leader de la natation tricolore, le Calédonien a tout connu sur ces Championnats d’Europe, y compris un flop monumental avec ce faux-départ sans conséquence sur le relais mixte 4x100 m. A peine de quoi écorner sa copie au terme d’une semaine sous le signe du stakhanovisme. « Bilan parfait, j’ai toutes les couleurs [de médailles], se réjouissait Grousset dimanche soir. C’est vraiment plus que positif. Je ne pensais pas faire tout ça en arrivant ici. »
Avec l’argent sur 50 et 100 m papillon - sans être à 100 % - et une présence de patron sur les relais, Grousset assoit sa place dans le paysage, et son entraîneur Michel Chrétien estime qu’il a posé les bases pour la suite de l’Olympiade. « Il prouve par son niveau de performance qu’il est toujours là. Il est deuxième mondial. Les Jeux c’est la course d’un jour certes, mais avec l’expérience qu’il est en train d’engranger en papillon, en faisant des choix maintenant sur la nage libre, sur le pap, en étant de plus en plus persuadé qu’il est capable de nager très vite un 50 papillon et un 100 papillon, je crois que ça va nous simplifier la tâche dans les deux ans qui viennent. »
Mary-Ambre Moluh a enfin percé
A l’image de Léon Marchand sur la finale du 400 m nage libre, Mary-Ambre Moluh a couru la finale du 100 m dos en patronne qu’elle aspire être, en menant du début à la fin pour aller décrocher l’or avec un record d’Europe en prime. « J’ai jamais été vraiment un peu attendue. Ça m’a stressée. Après, je ne faisais que de me dire ''imagine quand tu seras en finale olympique, ça sera dix fois pire''. Ça me prépare pour les ambitions que j’ai dans le futur. »
A seulment 20 ans, avec talent et personnalité, la dossiste de l’US Créteil avance vers les JO comme une nouvelle potentielle pourvoyeuse de médailles. « Mary Ambre apporte de la densité à cette équipe, se satisfait le DTN Denis Auguin. On va en avoir besoin aux Jeux si on veut être une nation conquérante. On en aura aussi besoin pour les relais. »
La brasse encore trop juste, le demi-fond orphelin de Kirpichnikova
A mi-chemin du cycle quadriennal, Denis Auguin refuse en revanche de vendre du rêve là où il n’y a plus d’espoir. « On ne pourra pas boucher les trous d’ici Los Angeles. » Sous-entendu, la France devra se résoudre à sous performer en brasse et en demi-fond. Sur longue distance, la natation française vient de perdre pour de bon sa médaillée d’argent aux JO 2024, Anastasiia Kirpichnikova, laquelle a fini par annoncer la fin de sa carrière (à 26 ans) après s’être un temps évaporée dans la nature. Dans un entretien à RMC et l’Equipe, la nageuse a expliqué avoir perdu l’envie de s’entraîner. « Si j’avais encore un tout petit peu d’envie en moi, je n’aurais pas arrêté. Mais là non, c’est fini. » Il faudra faire avec.



















