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En images : Quels porte-drapeaux pour les JO de Paris 2024 ?
Casse-tête•Les critères édictés par le CNOSF sont très stricts, et excluent certains athlètes parmi les plus célèbresNicolas Stival
Qui succédera cet été à Paris à Clarisse Agbégnénou et à Samir Aït Saïd, les porte-drapeaux de l’équipe de France aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021 ? Si la question est simple, la réponse, ou plutôt les réponses, sont compliquées. Car (attention, nouvelle règle !), l’heureuse et l’heureux élus (ainsi que leurs homologues paralympiques) seront choisis à l’issue d’un processus inédit, dévoilé le 13 mars par le Comité national olympique et sportif français (CNOSF).
Chaque fédération pourra soumettre à l’instance un candidat et une candidate. Ce sont ensuite tous les athlètes de la délégation tricolore qui voteront, et non plus des « ambassadeurs » de chaque fédé. Autres subtilités :
- les anciens porte-drapeaux ne pourront pas postuler, comme les judokas Teddy Riner (choisi aux Jeux de Rio, en 2016) ou Clarisse Agbégnénou.
- les candidats devront avoir déjà participé à des JO. Tant pis pour les néophytes Victor Wembanyama ou Antoine Dupont.
Malgré ces restrictions, quelques profils se détachent pour porter haut les couleurs bleu-blanc-rouge lors de la cérémonie d’ouverture, le 26 juillet sur la Seine.
Quatre médailles olympiques dont trois en or, quatre Mondiaux, quatre Euros… Le palmarès pantagruélique de Nikola Karabatic lui permet de trôner sur l’Olympe du sport français. La fonction de porte-drapeau aux Jeux de Paris récompenserait une carrière exceptionnelle qui prendra fin cet été, si possible le 11 août après une finale victorieuse au stade Pierre-Mauroy de Villeneuve-d’Ascq.
Mais il y a un hic : selon RMC Sport, les postulants au « porter de drapeau » devront déclarer sur l’honneur qu’ils n’ont jamais été impliqués dans des affaires de manipulation sportive. Ce qui renvoie forcément à l’affaire des paris sportifs, dans laquelle Nikola et Luka Karabatic ont été condamnés à deux mois de prison avec sursis assortis de 10.000 euros d’amende en 2017.
Certains ont la Corrèze en cathéter. Renaud Lavillenie, lui, a les JO dans la peau. Plus précisément ceux de Londres 2012, dont la mention est tatouée sur son avant-bras droit, au-dessous des anneaux olympiques. Le perchiste clermontois, alors au faîte de sa carrière, avait remporté l’or Outre-Manche, quatre ans avant l’argent amer des Jeux de Rio. Lavillenie a tout gagné (sauf les Mondiaux en plein air) et a été recordman du monde (6,16 m en 2014) avant l’avènement de l’ogre Duplantis. Problème : à 37 ans bien tassés, son physique a du mal à suivre et il n’est pas encore assuré de réussir les minima (5,82 m) nécessaires pour voir Paris cet été.
Trois ans après l’argent olympique à Tokyo, la France du basket se prend à rêver d’or cet été à la maison, dans l’impressionnant sillage de sa nouvelle star Victor Wembanyama. Le jeune géant des Spurs, on l’a vu, ne peut pas postuler à la fonction de porte-drapeau. Nicolas Batum, si. A 35 ans, le capitaine des Bleus et ailier des Sixers coche toutes les cases, entre légitimité sportive et image publique immaculée.
Vice-champion olympique à Rio 2016 et Tokyo 2021, Kevin Mayer rêve d’une consécration pour ses probables derniers JO, à 32 ans. Choisir le Montpelliérain comme porte-drapeau consacrerait l’athlétisme, sport roi des Jeux d’été, à travers le décathlon, son expression la plus achevée. Grâce à son talent et à sa photogénie certaine, le double champion du monde a en outre acquis une notoriété dans le grand public comme peu de décathloniens avant lui. Seulement, comme pour Lavillenie, il doit au préalable arracher une qualification que son corps lui refuse jusqu’à présent.
A Paris, Léon Marchand est la vedette annoncée de la natation française, et même des Jeux olympiques en général. Mais comme chaque fédération ne pourra présenter qu’un homme et une femme comme candidats au rôle de porte-drapeau, on met une piécette sur Florent Manaudou. Quadruple médaillé olympique, dont l’or du 50 mètres nage libre à Londres en 2012, frère d’une championne olympique, représentant impeccable de sa discipline sur et hors des bassins… Le colosse de 33 ans a tout du profil idéal pour le poste, avant de ranger définitivement le maillot de bain.
Si galvaudée, l’expression « comme un symbole » collerait pourtant parfaitement à l’éventuel choix de Mélina Robert-Michon. Un quart de siècle après ses débuts en seniors, huit ans après l’argent olympique à Rio, l’Iséroise lance toujours le disque, discipline qui n’affole pas les télés mais qu’elle a sortie un peu de l’anonymat. « MRM » fêtera ses 45 ans le 18 juillet, quelques jours avant le début des Jeux, et poursuit sa carrière à un âge canonique après avoir eu deux enfants, autre sujet « concernant » comme on dit sur LinkedIn.
VTT, cyclo-cross, route, gravel… Si l’on excepte le grand bi, Pauline Ferrand-Prévot a été championne du monde dans toutes les disciplines où l’on enfourche un engin avec des roues, des pédales et sans moteur. En revanche, l’or, et même le podium olympique, lui échappe toujours : hors de forme à Rio, elle a joué de malchance en tombant et en crevant sur l’épreuve de VTT à Tokyo. Porter le drapeau français le 26 juillet au soir pourrait lui donner l’impulsion pour aller chercher une breloque. Problème : elle concourra le 28, ce qui risque de faire juste sur le plan de la récupération.
Comme les garçons, les basketteuses tricolores visent a minima un podium cet été à Paris, après le bronze de Tokyo. Voir une membre de l’équipe représenter la délégation française sur la Seine n’aurait donc rien d’une hérésie. Sandrine Gruda, qui aura alors 37 ans dont 18 passés sous le maillot bleu, a le profil idéal, avant de prendre sa retraite internationale. Déjà candidate au « poste » voici trois ans, la championne d'Europe 2009 est toujours intéressée aujourd’hui, comme elle le confirme ce vendredi dans L’Equipe.
Estelle Mossely avait illuminé un été 2016 béni pour la boxe française à Rio (six médailles dont deux titres pour elle et son désormais ex-mari Tony Yoka). A 31 ans, ingénieure et mère de famille, la Cristolienne va sans doute disputer des derniers Jeux à Paris. La renommée de cette championne charismatique a largement débordé des rings, comme le prouve sa participation à l’émission Mask Singer sur TF1 en 2022.
Les joueuses d’Olivier Krumbholz ont un titre olympique à défendre à domicile. Si la médiatique gardienne Cléopâtre Darleux, longtemps arrêtée après une commotion cérébrale, ne devrait pas faire partie de la fête, la capitaine Estelle Nze Minko semble quant à elle indéboulonnable. De là à être choisie comme porte-drapeau, il y a un grand pas à franchir, d’autant plus délicat que les représentants de sports collectifs sont souvent snobés depuis que la fonction existe, soit depuis les Jeux de Stockholm en 2012 : seul le handballeur Jackson Richardson a eu cet honneur, en 2004 à Athènes.



















