Jeux paralympiques 2024 : Markus Rehm deviendra-t-il un jour le premier homme de l’histoire à sauter à 9 m ?
envol•Le sauteur en longueur allemand, titré mercredi soir au Stade de France, rêve de battre le légendaire record du monde de Mike Powell (8,95 m) et d’être le premier à atteindre la barre des 9 mNicolas Camus
L'essentiel
- Markus Rehm a été sacré champion paralympique du saut en longueur pour la quatrième fois, mercredi soir au Stade de France.
- L’Allemand, légende de la discipline avec également ses sept titres mondiaux, s’est contenté d’un saut à 8,13 m pour l’emporter, une marque qui l’a un peu déçu.
- Car celui qui a porté l’année dernière son record du monde à 8,72 m ambitionne de battre un jour le mythique record des valides de Mike Powell, et pourquoi pas même de franchir le mur des 9 m.
Au Stade de France,
Dans le monde de Markus Rehm, on peut appeler ça une victoire étriquée. Le légendaire sauteur en longueur allemand a bondi à 8,13 m mercredi soir pour ajouter un quatrième titre de champion paralympique à son gigantesque palmarès, avec « seulement » 34 centimètres de marge sur son dauphin, l’Américain Derreck Loccident (7,79 m). Déjà en mai, lors des Mondiaux de Kobe, ce dernier s’était approché à 61 centimètres, alors que le Kaiser avait l’habitude depuis des lustres de laisser la concurrence à un bon mètre derrière lui.
Un record du monde prodigieux
Heureux de cette nouvelle médaille d’or, bien sûr, Rehm n’a pas caché après la compétition que cette performance l’avait laissé sur sa faim. « Je voulais plus, la distance n’est pas vraiment celle que j’espérais, nous a-t-il répondu dans la zone mixte du Stade de France. Je visais au moins le record paralympique, on s’était dit ça avec mon coach. »
Cette marque, établie à 8,21 m par lui-même (évidemment) à Rio, il voulait la pousser bien plus loin, histoire d’assurer son héritage pour un moment encore, lui qui à 36 ans n’est pas certain d’être là à Los Angeles en 2028. Plus secrètement, il aspirait sans doute à profiter de la fenêtre d’exposition de ces Jeux pour venir titiller, voire plus si affinités, son fabuleux record du monde porté l’année dernière à 8,72m, soit seulement 23 centimètres de moins que celui des valides, propriété de Mike Powell depuis 1991 et un duel épique avec Carl Lewis.
« Il y a encore de la place après cette marque »
Une performance prodigieuse, puisque seuls 14 athlètes dans l’histoire ont sauté plus loin que lui, et que cette marque est supérieure à celles réalisées par les six derniers champions olympiques. Mais l’Allemand, amputé de la jambe droite à l’âge de 14 ans après un accident de wakeboard, n’est pas du genre à s’en contenter. Ce qui l’intéresse, c’est repousser les limites toujours plus loin, un état d’esprit qui lui a permis de devenir en 2014 le premier para athlète allemand à remporter un titre national chez les valides grâce à un saut à 8,34m.
Deux ans plus tard, il avait pour objectif de participer aux JO. Mais après des débats enflammés sur l’avantage ou non procuré par sa lame et un rapport scientifique publié sur la question (sans y répondre de manière claire, car s’il peut être avantagé au moment de l’impulsion, il est également désavantagé dans sa course d’élan), la Fédération allemande d’athlétisme ne l’a pas laissé aller au bout de sa démarche. Alors Markus Rehm, surnommé « Blade Jumper », a continué à écrire sa légende dans le sport paralympique, dont il est désormais une icône.
Pour parachever son œuvre, celui qui est également septuple champion du monde de la discipline s’est fixé un ultime objectif : devenir le premier homme au monde - handicapé ou non - à franchir la barre des 9 m. Y arrivera-t-il un jour ? L’idée semble insensée, et l’intéressé ne sait pas si c’est possible, mais il est certain d’une chose : il n’a pas atteint sa limite. C’est ce qu’il nous a assuré mercredi soir quand on l’a lancé sur le sujet :
« 8,72 m c’est super, mais j’ai la conviction qu’il y a plus à aller chercher. Je ne sais pas trop pourquoi, je ne peux pas l’expliquer, mais je le crois au fond de moi. Le jour où j’ai battu ce record, ça m’a semblé trop facile. Il y a encore de la place après cette marque. »
Dans cette quête, il peut en tout cas compter sur le soutien de son actuel meilleur rival, Dereck Loccident. Intercepté avant qu’il ne monte dans le bus, ce dernier n’y voit rien d’irréalisable. « Il peut les passer, pourquoi pas ? On pourrait être les premiers êtres humains à sauter à plus de 9 mètres, je crois en ça, lance l’Américain. Je suis sûr que c’est son objectif, et ça peut devenir le mien aussi. Il est l’un des plus grands sauteurs en longueurs de l’histoire, il me motive à chaque fois que je suis avec lui en compétition. »
Question de force appliquée à la lame
Le Français Dimitri Pavadé, quatrième à six petits centimètres du podium (7,43 m contre 7,49 m pour l’Américain Wallace), explique en quoi Rehm est taillé pour les exploits. « Il est grand (1,85m), il est costaud, et plus on est lourd et on a de la force, plus on peut utiliser une lame dure, détaille-t-il. C’est comme pour les perchistes, plus ils arrivent à mettre de la force et plier une perche dure, plus ils vont sauter haut. » Il faut donc à l’Allemand réussir à développer encore plus de puissance sur sa lame d’appui pour bénéficier d’un effet levier supérieur.
« Pour l’instant, je vais profiter de ce titre, me reposer, et ensuite je vais me fixer de nouveaux objectifs et chercher comment aller toujours plus loin », évacue-t-il dans l’immédiat. L’envie est toujours là, en tout cas. Et s’il ne parvient pas à réaliser ce rêve ultime, Markus Rehm pourra toujours se dire qu’il a ouvert le chemin pour les autres.
NOTRE DOSSIER JEUX PARALYMPIQUES 2024« Il y aura un jour où quelqu’un me battra sur la piste, mais j’espère que ce jour est encore un peu lointain, dit-il dans un sourire. Mais c’est bien, c’est ce que je voulais aussi, faire monter la concurrence dans cette discipline. On y arrive doucement et je pense qu’à Los Angeles, quatre ou cinq athlètes seront au-delà des 8 m, déjà. J’espère que je serai là pour voir ça, et si ce n’est pas le cas, je regarderai depuis mon canapé, à pousser derrière eux. »



















