Jeux paralympiques 2024 : Avec quatre médailles, le para triathlon vit sa meilleure vie à Paris
RAZZIA•L’équipe de France de para triathlon a brillé, lundi, avec pas moins de quatre médailles glanées, dont celle en or d’Alexis Hanquinquant, roi incontesté de la disciplineAymeric Le Gall
L'essentiel
- Très attendu aux Jeux paralympiques, le triathlon, ou plutôt les triathlons, ont connu un gros succès, lundi, à Paris.
- Avec quatre médailles dont deux en or, l’équipe de France a particulièrement brillé devant un public en nombre.
- Alexis Hanquinquant n’a pas déçu en décrochant sa deuxième médaille d’or, trois ans après celle de Tokyo.
De notre envoyé spécial au Pont Alexandre III,
Un contre-la-montre sur le Tour de France, les épreuves de triathlon ou les deux ? En reportant et en regroupant les épreuves de triathlon lundi, les organisateurs des Paralympiques ont offert au public un joyeux bazar organisé, avec des départs à la chaîne depuis le pont Alexandre III, de 8h30 à 12h40. Du pain béni pour les journalistes français qui n’avaient qu’à se baisser pour ramasser du médaillé en zone mixte.
Car la France a brillé, comme prévu, avec un total de quatre médailles dont deux en or, avec évidemment le doublé tant attendu d’Alexis Hanquinquant après sa première médaille d’or à Tokyo, le Alain Juppé du triathlon - ben ouais les amis, le meilleur d’entre nous, faut suivre un peu. Mais avant d’en venir à la locomotive du para triathlon tricolore, parti avec les PTS4 en toute fin de matinée, les Bleus ont pu suivre la magnifique victoire de Julien Ribstein (PTWC), en larmes à peine passé la ligne d’arrivée.
- Ribstein, la médaille d’or venue de nulle part
Une émotion peut-être même plus belle encore que celle d’Hanquinquant, lequel n’avait que peu de doute sur son classement final, car le Strasbourgeois ne se voyait pas sur la boîte, et encore moins à son sommet. « Je n’avais jamais fait les Jeux jusque-là, c’est vraiment à part. Je ne m’imaginais pas en or, même pas avec une médaille, reconnaissait-il une fois la course terminée. J’avais peur de pas mal de mecs derrière. Je suis surpris de leur mettre une minute. Je ne réalise pas encore ce que j’ai fait. »
Pour Jules Ribstein, participer aux Jeux paralympiques était en soi une première victoire, pour lui comme pour tous les para athlètes engagés d’ailleurs, puisque c’est la première fois de l’histoire que les PTWC participaient à l’événement. On peut donc parler de l’accomplissement d’une vie sans risque de se planter. « Ça fait sept ou huit ans que je m’entraîne, je n’avais pas pu aller à Tokyo car notre catégorie n’avait pas été prise. Ça fait trois ans que je dédie ma vie à ces Jeux de Paris, je n’étais pas sûr de moi, je suis quelqu’un de très stressé, de très émotif, et j’avais peur que ça me joue des tours. Mais c’est passé, c’est génial », appréciait-il une fois le job accompli.
- Le doublé tricolore chez les PTVI
Dans la foulée, la France enchaînait avec un doublé chez les PTVI (déficience visuelle). Médaille d’argent pour Thibaut Rigaudeau et son guide Cyril Viennot, le bronze pour Anthony Perrel et Yohann Le Berre. Si l’on a vu Perrel lâcher une immense et libérateur « Putain c’est bon !!!! », le natif de Béthune nous a filés entre les doigts en zone mixte, on ne lui en voudra pas. Soutenu par les épaules, le visage tiré par la douleur et les émotions, celui-ci tenait à peine sur ses jambes. On a alors tendu le micro aux médaillés d’argent, tout sourire après la course.
« Les sensations sont vraiment incroyables. Dans les 700 derniers mètres, Cyril me disait “tu ne lâches pas, tu ne lâches pas” mais il n’y avait plus rien dans les jambes, tout était dans la tête, dira Thibaut Rigaudeau en zone mixte. Une fois sur le pont il m’a dit “c’est bon, profite, lève les bras”. » « Il les a levés mais timidement, se marre Cyril Viennot. Il n’y avait plus rien dans les bras. On a puisé loin pour aller chercher cette médaille, c’était serré, il y a eu pas mal de moments de doutes, on ne s’est pas beaucoup parlé mais on se disait “y’a pas moyen qu’on refasse quatrième”. » Mission accomplie.
Le duo terminait là une collaboration vieille de cinq ans par la plus belle des récompenses. Reste à l’athlète de La Roche-sur-Yon de trouver un nouveau guide pour l’accompagner jusqu’à Los Angeles dans cinq ans. « Je ne trouverai jamais quelqu’un qui s’investit autant que Cyril. Ça demande du temps, de l’investissement. Mais on va trouver. On lance un appel. Je suis sympa ! », rigolait-il avant de s’éclipser avec son compère. Le message est passé.
- Et alors, l’eau de la Seine, on a kiffé ?
Quant à la Seine, ses bactéries et ses autres secrets d’histoire profondément enfouis au fil des siècles (et dont on ne veut RIEN savoir), ce sujet qui aura « saoulé » les athlètes depuis des mois, de l’aveu même de Cyril Viennot, tout le monde avait l’air plutôt satisfait. « On a nagé dans des trucs bien plus dégueulasses qu’ici. Nous, on voulait nager, et tant pis si on doit être malade pendant une semaine, franchement on s’en fout, répond le guide, cash pistache. On parle beaucoup de la sécurité des athlètes, au pire on aura mal au ventre et la courante pendant trois jours ! »
« Bon, tu croises des pommes ou des trucs comme ça, mais ça va, embraye Rigaudeau, la banane invariablement thermocollé au visage. On est quand même sur un site incroyable. Quand on est sur le ponton et qu’on voit, entre guillemets (malvoyant, Rigaudeau perd la vue au fil des années), avec la Tour Eiffel en fond. Il y a pire comme endroit. »
- Le doublé du roi Hanquinquant
Un endroit pas dégueu qui aura définitivement fait passer Alexis Hanquinquant dans la caste des légendes. Premier triathlète français de l’histoire à décrocher un doublé, après celui décroché à Tokyo en 2021, celui-ci a survolé la course de bout en bout, pour venir refermer, à Paris, à 38 ans, un « cycle très intense de huit ans ». « C’est le scénario parfait, dira-t-il en zone mixte. J’avais dit que l’écart sur les autres m’importait peu, que le principal c’était la médaille, mais en fait je me suis surpris à vélo à creuser les écarts, j’étais sur un petit nuage. Et ça a volé du début à la fin. »
Une victoire sans contestation aucune qui lui permet de faire passer un message au vil peuple qui lui file le train sans jamais voir le bout de son museau. « Ça me fait plaisir d’avoir gagné comme ça car ce n’était pas écrit d’avance, il y a beaucoup d’athlètes qui veulent me détrôner, beaucoup pensent que c’est simple ce que je fais, mais je vous assure que non. C’est un travail de longue haleine, il faut se remettre en question tous les jours, il faut charbonner. »
Place maintenant à du repos bien mérité avant d’envisager la suite à donner sa carrière. Même si tout porte à croire qu’on n’en a pas encore fini avec lui. « On va voir l’année prochaine, ça sera une année de transition, je ne me vois pas arrêter comme ça, j’ai prouvé que j’étais encore compétitif et que j’avais encore les crocs », a-t-il assuré. Rien ne presse. Pour l’heure, le double champion paralympique pense surtout à s’enjailler. Avant de nous quitter pour rejoindre la cérémonie des médailles, Hanquinquant lançait un appel au peuple : « J’espère qu’il y aura du monde au Club France car on va avoir envie d’arroser ça ! ». Pour nous ce sera un Picon Bière, s’il te plaît.


















