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JO 2024 – Pentathlon moderne : Elodie Clouvel et « ses vieux démons » sur le pas de tir… On se serait cru au biathlon
Argent content•Elodie Clouvel, en tête du pentathlon moderne avant la laser run, a réussi à rester deuxième après une course de folieAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Elodie Clouvel est devenue vice-championne olympique du pentathlon ce dimanche, au château de Versailles.
- En tête après quatre épreuves, la Française a craqué sur le premier tir de la laser run, mais a réussi une course de folie pour garder sa deuxième place.
- La championne olympique, la Hongroise Michelle Gulyas a réalisé, de son côté, un tir parfait, à la Dorothea Wierer au biathlon.
Au château de Versailles,
On se serait cru à Oberhof, le bouillant public allemand beuglant à la moindre cible basculant en blanc, Johannes Boe remontant tout le peloton lors de la poursuite grâce à un 5/5 supersonique sur le pas de tir, les Français arrosant la pampa… Il manquait juste de la neige, des cloches et des entraîneurs qui hurlent en moon boots sur le bord de la piste. Mais, ce samedi, autour de 15.000 personnes était acquises aux Françaises, et il faisait bien chaud dans le cadre magnifique du château de Versailles, qui accueillait la finale du pentathlon moderne.
Une épreuve qui a sacré la Hongroise Michelle Gulyas, juste devant Elodie Clouvel, déjà vice-championne olympique à Rio de Janeiro en 2016. Pourtant en tête avant la laser run, dernière des cinq épreuves de la journée, la Française a rapidement gaspillé son avance de treize secondes, la faute à un premier passage sur le pas de tir très compliqué, digne des highlights de Quentin Fillon-Maillet cette année.
Alors pas de tour de pénalité ou de balles de pioche, comme au biathlon, mais l’obligation de « blanchir » toutes les cibles avant de quitter le pas de tir dans un temps imparti. Autant dire, on peut perdre gros. « Le premier tir, ce sont mes vieux démons qui sont revenus, dans le sens où j’étais un peu toute seule au stand de tir, j’ai mis un peu de temps à me mettre dedans, il y avait un peu de vent, ça m’a un peu perturbé, a confié la toute nouvelle médaillée d’argent. J’étais un peu dans l’émotion. »
Les humains mentent, pas les chiffres
De nombreuses secondes de perdues, la Hongroise et même la Coréenne Seungmin Seong qui la dépassent et la médaille d’or qui s’envole petit à petit. Celle qui s’entraîne du côté de Saint-Maur (Val-de-Marne) a passé 1’22 minutes sur le pas de tir lors de cette laser run finale, contre seulement 48 secondes pour Gulyas. Pratiquement le même scénario qu’en demi-finale, où Clouvel s’était éternisé 51 secondes de plus que sa concurrente pistolet laser à la main. Ce qui avait, bien évidemment, donné quelques idées au staff hongrois.
« Michelle est une très bonne tireuse, et on savait qu’Elodie pouvait être un peu plus en difficulté sur cet exercice, nous a expliqué Janos Martinek, coach de la Hongrie. Le but c’était vraiment de faire un tir très propre, c’était la clé pour passer devant. »
Bon, Elodie Couvel est bien consciente de ces petits manques, et elle ne nous a pas demandé d’aller s’asseoir dans notre canapé pour regarder la téléréalité sur NRJ12. Le tir, c’était d’ailleurs l’un de ses axes de travail. Après « avoir perdu confiance », la pentathlète a pris un nouveau coach de tir à quelques semaines des JO, avec qui elle a « repris toutes les bases de A à Z, comme si j’étais débutante. J’ai travaillé pour reprendre la confiance. »
Montez une alliance biathlètes-pentathlètes
Un peu comme Julia Simon, qui avait repris tous les fondamentaux avec Jean-Paul Giachino, ce qui lui a permis de devenir une mitraillette sur le pas de tir et de devenir vainqueure du gros globe de cristal. « On n’a jamais travaillé avec des pentathlètes, pourtant je pense qu’on pourrait partager un peu nos expériences sur la question, estime Anaïs Bescond, championne olympique de relais mixte au biathlon, désormais entraîneure de tir. L’aspect psychologique, mental, joue énormément : on peut se dire, "si je tire bien, je vais accroître mon avance, si je rate, ça va revenir derrière". »
« Le premier tir, c’est le plus délicat, confirme Marie Oteiza, l’autre Française présente en finale du pentathlon moderne. Elodie sait en plus que Gulyas est une très bonne tireuse, une très bonne combineuse. Il y a forcément de la pression quand on joue une médaille olympique, mais je trouve qu’elle l’a bien gérée, elle revient avec une belle médaille d’argent. »
Clouvel n’a, en plus, pas pu compter sur une craquante de son adversaire, comme celle d’Elena Micheli, habituellement très bonne tireuse, qui ne sait pas comment elle a pu exterminer toute une génération de cerfs dans la forêt du château de Versailles. « Durant les trois dernières années, j’avais vraiment un super tir, s’étonnait encore l’Italienne après la course. Mais, aujourd’hui, quelque chose s’est passé sur le pas de tir et je ne sais pas l’expliquer. »
« Pas la même expérience »
Peut-être une question de visée, qui est l’aspect le plus compliqué à prendre en compte avec le pistolet laser, selon Anaïs Bescond : « il y a trois semaines, j’ai participé au raid féminin durant lequel il y avait une épreuve de laser run. Pour la première fois de ma vie, j’ai essayé un pistolet laser. J’ai trouvé ça sympa, mais pour Marie Dorin, qui faisait équipe avec moi, ce n’était pas du tout une évidence au niveau de la visée. »
Alors, de là à voir le pistolet laser remplacer nos carabines au biathlon, il y a un pas que l’entraîneure de tir ne veut pas franchir : « Quand on a fait quinze ans de haut niveau avec une arme à feu, le laser, il manque un peu quelque chose. Ce n’est pas la même expérience. » Par contre, se faire remonter alors qu’on est en tête, ça, ça ne changera pas.



















