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On est allé au Marathon pour tous voir si la bienveillance était bien là

JO 2024 : « On m’a un peu poussé »… Le marathon pour tous a-t-il été aussi bienveillant qu’annoncé ?

olympiquesOn était venu remettre en cause la « bienveillance » tant vantée du Marathon pour tous existait bel et bien, puis on s’est laissé prendre au jeu
Jean-Loup Delmas

Jean-Loup Delmas

L'essentiel

  • Le Marathon pour tous proposait ce samedi soir la rencontre entre deux mondes que tout oppose.
  • D’un côté, l’impitoyable monde de la course à pied. De l’autre, la « bienveillance ».
  • Un peu sceptique sur ce concept, on est allé sur place tester la fameuse « bienveillance » une fois la ligne d’arrivée franchie et les 42 kilomètres enquillés.

De notre envoyé spécial dans la malveillance mais en fait non,

Jouons carte sur table, nos intentions n’étaient pas totalement pures au moment de ramener nos cernes sur la ligne d’arrivée. Le Marathon pour tous avait axé toute sa communication sur le mot insupportable à la mode : « bienveillance ». Une course d’amateurs, des inscriptions aléatoires, et même pas de classement final, « le but étant de participer, pas de se comparer », « chacun est son propre vainqueur », « sois ton champion », et sortez les violons.

Evidemment que pour nous aussi, tout le monde a le droit de courir un marathon, et on connaît des gens très bien qui l’ont fini 4h37. Mais était-ce vraiment la peine d’envelopper tout ça d’autant de mièvreries ? Bien plus que les 37 cafés enfilés dans la journée, voilà ce qui tient un journaliste debout en reportage à 3 heures du matin : remettre en cause la bonté humaine.

« Je n’ai rien contre les gens lents, mais »

Rendez-vous était donc pris aux Invalides, tester la vraie nature de l’homme après 42,195 kilomètres supplément 400 mètres de dénivelé. Le coureur étant ce qu’il est – on fait partie de cette engeance, on sait de quoi on cause ; on était sûr de pêcher deux trois spécimens particulièrement insupportables. Premier gros poisson, Pierre : « Je ne m’étais pas préparé et je le fais en moins de 3 heures, mais c’est la dernière fois que je cours un marathon ! En plus, j’avais fait un ultra-trail il y a six semaines, alors j’avais les jambes encore un peu lourdes ».

La complainte de Jérémy est un poil plus compréhensible : « Je n’y allais pas pour faire mon PR (record personnel) vu le parcours, mais quand même… Il y avait trop de monde, trop de ''bouchons'', et personne ne se poussait pour aider les plus rapides. Je n’ai rien contre les personnes qui courent à 6 minutes le kilomètre, mais laissez passer les coureurs. » L’occasion idéale d’être le petit diable définitif sur son épaule et de le questionner sur cette absence de classement final. « J’ai du mal à comprendre. Si des gens ne veulent pas voir leur classement, ils ne le consultent pas et voilà. Si ça en intéresse d’autres, c’est dommage de les en priver. »

« On m’a carrément poussé durant la course »

Si la course a pied a donc ses salauds, elle a aussi ses victimes. Sur la ligne d’arrivée, on trouvait deux trois déçus que la magie n’ait pas survécue face aux egos : « On m’a carrément poussé durant la course ! », n’en revenait pas Laurine. « Avec le monde, il y avait plein de moments dangereux, où les gens fonçaient, doublaient mal, faisaient des queues de poissons, nous bousculaient. C’est une course amateur, personne ne va faire une performance qui mérite de mettre les autres en danger. Pousser des coureurs pour gagner 15 secondes franchement… ».

Judith, chez les supporters, s’inquiétait pour son pauvre copain envoyé dans l’enfer des pavés parisiens : « J’ai appris que le Marathon pour tous ne laissait que six heures pour finir la course. J’ai peur qu’il n’y arrive pas dans ce temps imparti et qu’il soit très déçu. » On avouera quand même ne pas être resté jusqu’au lever du soleil pour vérifier – notre malveillance a des limites.

Emporté par la foule et les bons sentiments

Car était-ce la fatigue accumulée, la magie des Jeux olympiques, l’envie de finalement croire en l’être humain dans cette époque trouble, à un moment, on est nous aussi tombé dans cette bisounourserie ambiante.

Plaidons coupable, bien sûr qu’on a trouvé mignon ce grand garçon de 28 ans venu encourager sa mère, tous ces Parisiens ou touristes encore debout à 2 heures du matin pour applaudir des inconnus, l’émotion de certains sur la ligne d’arrivée qui nous a rappelé la nôtre lors du « vrai » marathon de Paris, les accolades avec les proches ou juste voir des milliers de gens s’enquiller 42,2 kilomètres parce qu’ils se sont réveillés un beau matin en se disant « Et pourquoi pas, moi aussi je peux le faire ».

« Je pouvais bien sacrifier mon chrono pour aider »

Pire que tout, certaines anecdotes de course nous ont franchement émues. Comme Léa, qui a trouvé un gentil coureur lui donnant de son coca tous les trois kilomètres, parfait cocktail de sucre rapide pour se revitaliser : « Je ne le connais pas, mais il m’a bien sauvé ! ». Thierry, qui a vécu « la plus belle course de sa vie, dans une ambiance unique. » Ou Julie, qui a accepté de ralentir pour aider et encourager un gusse qui galérait à terminer les cinq derniers kilomètres. « Moi, des marathons, j’en ai déjà fait et j’en referai, justifiait-elle. Alors je pouvais bien sacrifier un chrono pour aider quelqu’un à être finisher. »

La trentenaire n’était pas naïve non plus : « Bien sûr que la com' dessus est un peu bullshit. Mais le marathon, ça reste très humain : tout le monde souffre et en chie alors ça s’entraide. »

On quitte cette foule de coureurs trop bons pour ce monde pour enfin rentrer chez nous, le coeur apaisé et les intentions un peu moins noires. A peine quitté les Invalides et l’euphorie du Marathon pour tous qu’un ****** de vélo nous klaxonne alors qu’on était sur passage piéton. Finalement, la bienveillance, ce n’était pas si mal.