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On est allé voir si la magie des JO opérait même pour du hockey-sur-gazon

« Je n’ai rien compris mais c’était génial»… On est allé voir si la magie des JO opérait même au hockey-sur-gazon

jo paris 2024La magie des Jeux olympiques, tant vantée pendant la cérémonie d’ouverture, peut-elle vraiment tout sauver, même l’intérêt d’un match de hockey-sur-gazon ?
Jean-Loup Delmas

Jean-Loup Delmas

L'essentiel

  • C’est l’un des grands mythes des JO : sa magie, qui rendrait incroyable chaque moment de la compétition.
  • Pour le vérifier, on s’est rendu à un match de hockey-sur-gazon, probablement l’une des disciplines des Jeux olympiques les moins populaires en France.
  • Malgré un public pas toujours connaisseur, et une (très) lourde défaite face au voisin allemand, l’ambiance était survoltée et le moment très agréable, même pour les supporterix. Soyez en désormais sûr : la magie existe bel et bien.

De notre envoyé spécial à Colombes pour du hockey sur ga… (sérieusement les gars, vous m’avez vraiment envoyé là ?),

La réussite de la cérémonie d’ouverture malgré les trombes d’eau a ressuscité le narratif d’une magie olympique plus forte que tout. Mais entre la Seine, les monuments de Paris, le retour de Céline Dion ou la présence de Zidane, était-ce vraiment un exploit de réussir à danser sous la pluie sans attendre que l’orage passe ?

Pour voir si la magie des Jeux est vraiment opérante, il nous fallait un défi un poil plus complexe. Nous voici donc à Colombes, pour le hockey-sur-gazon. Et toujours sous un déluge qui donne plus envie de parquer des couples d’animaux dans une arche que de regarder du sport. Alors, magie, es-tu vraiment là ?

« Voir du hockey-sur-gazon aux JO, c’est incroyable »

Premier coup de baguette avec le tirage au sort, où on tombe sur un magnifique France-Allemagne, une affiche qui donne toujours l'eau à la bouche au nom de la Trinité Valmy-Verdun-Séville82, quel que soit le sport. De quoi faire relativiser Antoine, 36 ans, tout peinturé de bleu blanc rouge : « j’ai eu cette place dans un package JO, et c’est tombé sur un match de la France, donc je vais aller les supporter. C’est sûr que ce n’est pas mon sport préféré, mais ça va être top. Ça reste les Jeux et je vois mon pays. »

Clémentine et son compagnon, tout heureux d'aller voir du hockey-sur-gazon. Et oui, c'est ça la magie des Jeux.
Clémentine et son compagnon, tout heureux d'aller voir du hockey-sur-gazon. Et oui, c'est ça la magie des Jeux. - JLD/20 Minutes

Mais le plus gros coup de magie, c’est peut-être d’avoir rencontré des vrais fans de hockey-sur-gazon. Une espèce que vous avez autant de chance de croiser hors jeux que les licornes ou la bonne bouffe anglaise. Le 0,1 % de la population française aficionados de cross avait rendez-vous au stade Yves-du-Manoir, et pour eux, c’était clairement le rêve d’une vie. « Voir du hockey-sur-gazon aux JO, c’est incroyable, c'est l'occasion et le stade rêvé », assure Clémentine, qui en a pratiqué dans sa jeunesse : « je n’aurais pas voulu manquer ça. »

« J’apprendrais les règles en cours de route »

Même constat pour Eric, heureux père de trois gamins pratiquants la discipline méconnue. « C’était un peu un hasard de tomber dedans », reconnaît-il quand même pour nous rassurer sur cette passion. Une vie à Montrouge – où un des clubs les plus réputés du pays opère, des marmots entraînés par l'un des joueurs de l’équipe de France, et voilà comment on se retrouve un samedi après-midi à Colombes.

Ils ne connaissaient pas le hockey-sur-gazon y a deux semaines, mais sont heureux d'être là et comptent bien profiter. Et c'est beau
Ils ne connaissaient pas le hockey-sur-gazon y a deux semaines, mais sont heureux d'être là et comptent bien profiter. Et c'est beau - JLD/20 Minutes

Les vrais fans ont d’ailleurs fort à faire, en sous-effectif face aux travées d’hockey-sur-gazonix. « Je ne connais pas les règles », admet Maëva, qui pensait voir… du hockey sur glace. « Je les apprendrais en cours de route. » D’autres ont révisé leur gamme juste avant le début du match : « on est à côté d’experts, donc on en profite pour comprendre ce qui se passe. »

Difficile pourtant d’entendre les explications tant l’ambiance est électrique. La majorité du public n’y connaît peut-être rien, mais il est bien décidé à kiffer ses jeux. Marseillaise braillée à plein poumon, holas géantes de plusieurs tours de stade, le fortement dispensable mais inévitable « Polololo Olé ! » et cris fous sur chaque percée française. Le hockey-sur-gazon est certainement un sport très technique et subtil, il n’empêche que le supporter lambda se repose sur un principe simple : « si un français a la balle, je hurle. »

La France a beau se prendre une tôle dans les grandes largeurs, la foule ne lâche pas pendant les 60 minutes, toujours fidèle au moment d’acclamer le deuxième but de la France en toute fin de match.

« Plus d’ambiance aujourd’hui qu'en Ligue 1 »

Et qu’importe si de l’autre côté les Allemands en ont mis huit, qu’importe la défaite, la pluie et le fait d’être sûrement passé à côté de 3/4 des règles. « J’ai rien compris mais c’était génial », s’enthousiasme Séléna, qui « en gardera un excellent souvenir ». Idem chez François, vieux routard des stades : « je jure qu’il y avait plus d’ambiance aujourd’hui que dans la moitié des matchs de Ligue 1 ou de Top 14 que j’ai faits. »

Pour les joueurs, l’ambiance ne suffit pas à rattraper le score, mais permettra au moins de garder quelque chose de positif de la déculottée. « Au niveau du stade, c’était fou », reconnaît Eliot Curty, autant sonné par la défaite que par les décibels. « On s’attendait à de l’ambiance, mais pas à ce point. On va quand même essayer de s’en souvenir et d’en profiter. » Idem chez le capitaine, Viktor Lockwood : « on a déjà joué dans des grands stades en Inde, mais jamais avec un public aussi nombreux de notre côté. C’était incroyable de les entendre nous soutenir sur chaque action malgré le score. Je retiendrais à vie l’émotion du début du match et la Marseillaise. » La magie ne peut pas effacer les défaites, mais elle a le mérite de sauver l’essentiel.