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Kaylia Nemour, la médaille d’or dont la gym française a décidé de se priver

JO 2024 : Kaylia Nemour, la médaille d’or dont la gym française a décidé de se priver

gymnastiqueIntraitable aux barres asymétriques, la jeune Keylia Nemour a offert à l’Algérie sa première médaille d’or en gymnastique artistique. Partie pour représenter la France, un imbroglio avec la Fédé de gym l’a poussée à se tourner vers son deuxième pays
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Kaylia Nemour a offert à l’Algérie son premier titre olympique en gymnastique artistique, dimanche à l’Arena Bercy, en s’imposant aux barres parallèles.
  • Née en France, Nemour a finalement choisi l’Algérie pour échapper à un blocage médical, fruit d’une opposition entre la Fédération française de gymnastique et le clan de l’adolescente.
  • Un désaveu pour la FFGym, qui terminera les JO de Paris 2024 sans la moindre médaille, alors qu’elle tenait entre ses mains un immense talent.

A l’Arena Bercy,

Quand les dieux rieurs ont décidé de se jouer de vous, ils le font rarement à moitié. Une heure à peine après que Samir Aït Saïd a laissé échapper les derniers rêves de médaille de la gymnastique française à Paris pour un dixième de point aux anneaux, l’Algérienne Kaylia Nemour décrochait comme prévu l’or aux barres asymétriques chez les femmes. Le rapport entre les deux ? Née en France, la gymnaste de 17 ans était partie pour en porter les couleurs, jusqu’à ce qu’éclate une bisbille entre son clan et la Fédération française de gymnastique. Un drame trois actes

Acte I : Débuts prometteurs puis ostéochondrite

Formée dans le club d’Avoine-Beaumont, où le couple d’entraîneurs français Marc et Gina Chirilcenco l’ont très vite repérée, Kaylia a un potentiel dont elle ne semble pas prendre la mesure. « Quand j’étais petite, on me disait : "Mais Kaylia, t’es forte, tu peux faire quelque chose." Moi je n’y croyais pas, je pensais que j’étais comme toutes les filles de mon âge qui font de la gym. » Pareil, mais en un peu plus forte et bientôt un peu plus grande. A 13 ans, elle connaît une violente poussée de croissance : +14 cm en un an, même la gauche n’a pas progressé aussi vite dans les sondages au lendemain de l’annonce du retour du Nouveau Front populaire.

Devenue une géante dans le monde de la gymnastique (1,66 m), elle paie le prix de cette transformation par une ostéochondrite qui l’oblige à se mettre sur pause pour se faire opérer des deux genoux. Un an plus tard, c’est le début des embrouilles. Son chirurgien lui donne le feu vert pour une reprise, la Fédération française de gymnastique s’y oppose. « J’ai réuni des experts de médecine du sport, des experts de chirurgie qui ont pris une décision médicale qui comportait des restrictions temporaires de pratique », expliquait à l’AFP le médecin de la fédé, Pierre Billard. Il poursuivait :

« On a dit à Kaylia qu’elle pourrait reprendre les barres en compétition sous réserve que ça évolue bien et qu’il y ait un suivi. Et qu’en fonction de l’évolution, avec un peu de temps, on autoriserait peut-être à reprendre un peu plus que juste les barres où les genoux sont assez protégés. » »

Acte II : Si la porte est fermée, passe par la fenêtre

La réponse ne convainc guère son couple d’entraîneurs qui y voit une forme de « veto » de la fédé. La gymnaste est exclue du groupe France, le tout dans un contexte de tension globale entre la FFG et le club d’Avoine-Beaumont qui trouve ses origines dans le refus de certains de ses gymnastes de partir s’entraîner à l’Insep pour préparer les JO. Le conflit entre les deux entités atteint des sommets quand la fédé accuse Marc et Gina Chirilcenco de maltraitance et d’emprise sur leurs athlètes. Les entraîneurs seront finalement blanchis fin décembre 2023 par une enquête administrative. « Une putain de victoire », lâchera leur avocat.

Inquiète de voir la situation s’envenimer, la famille de Kaylia Nemour s’était entretemps tournée vers le pays du père, l’Algérie, qu’elle apprend encore à connaître. « Merci à eux pour tout leur soutien », souriait-elle dimanche devant la presse avant d’ajouter un petit « One, two, three, viva l’Algérie » quasiment sous la contrainte d’une consœur algérienne.

Acte III : Dénouement heureux et médaille d’or à Paris

Il faut dire que de l’autre côté de la Méditerranée, on cherche encore à s’approprier le phénomène. Le président Abdelmadjid Tebboune a immédiatement félicité Nemour après sa médaille d’or olympique aux barres asymétriques – rien que n’aurait pas fait Emmanuel Macron, le supplément papouilles gênantes en moins – premier titre de l’Algérie en gymnastique artistique, ce dont l’adolescente s’est dite « très honorée ». « On a eu un soutien indescriptible, insiste pour sa part Marc Chirilcenco. Je suis né en France, j’ai été entraîneur à la fédération. Ça me fait quelque chose. J’ai trouvé du soutien en Algérie. J’ai trouvé un peuple chaleureux et reconnaissant de ce que Kaylia avait fait. »

Marc Chirilcenco et Kaylia Nemour, émus aux larmes après la médaille d'or.
Marc Chirilcenco et Kaylia Nemour, émus aux larmes après la médaille d'or. - IMAGO/SIPA

En forçant un peu, on pourrait presque y voir un sous-entendu envers l’ingratitude de la gymnastique française. Dimanche, elle a été punie, mais elle aurait pu l’être dès le concours général, où Nemour a terminé 5e. « Elle en a encore sous le pied. On a vu au concours général qu’elle a été un peu fébrile à la poutre, sinon je pense qu’elle pouvait créer une belle surprise. » Une médaille d’or, c’est déjà beaucoup. Avec un podium supplémentaire au côté de Simone Biles, on aurait peut-être été contraints de débrancher la FFGym.