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Dans les larmes et une salle acquise à sa cause, Khelif plus forte que la haine

JO 2024 : « Vous avez vu, elle n’a détruit personne », La boxeuse algérienne Imane Khelif plus forte que la haine

One two threeImane Khelif s’est imposée contre la Hongroise Luca Anna Hamori en quarts de finale chez les moins de -66kg et offre à l’Algérie sa première médaille aux JO 2024. Le tout dans un climat douloureux dont elle a su faire abstraction
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Imane Khelif a battu la Hongroise Luca Anna Hamori sur fond de polémique haineuse autour de sa présumée illégitimité à concourir dans le tableau féminin du tournoi olympique de boxe aux JO 2024.
  • Plusieurs personnalités politiques ou culturelles comme Donald Trump, Giorgia Meloni, Elon Musk ou J.K. Rowling ont nourri ces derniers jours une polémique virulente à son égard.
  • Le CIO a répété que les deux boxeuses Imane Khelif et Lin Yu-ting sont « nées femmes, ont grandi comme femme, ont un passeport comme tel et ont concouru comme des femmes depuis plusieurs années ».

De notre envoyé spécial dans la fosse aux lions,

Erreur de jugement ou d’inexpérience chez nos confrères à l’Arena Nord de Villepinte. Plusieurs d’entre eux espéraient débarquer dans la tribune média à seulement une demi-heure du quart de finale d’Imane Khelif dans la catégorie des 66 kg du tournoi de boxe, et trouver où s’asseoir. Les naïfs. Dans les tribunes, les drapeaux algériens se déploient à mesure qu’approche l’heure du combat de la boxeuse de Tiaret. « J’avais ma place bien avant la polémique, nous dit Linda, venue soutenir Khelif avec des proches. C’était important d’apporter de la positivité alors qu’il n’y avait que du négatif autour d’elle. »

L’abandon de son adversaire italienne Angela Carini au tour précédent a ouvert la porte à une déferlante nauséabonde envers la boxeuse algérienne, restée sans réponse jusqu’à son duel, samedi, contre la Hongroise Luca AnnaHamori. Plusieurs personnalités politiques ou culturelles comme Donald Trump, Giorgia Meloni, Elon Musk ou J.K. Rowling ont remis en cause sa légitimité à concourir dans le tableau féminin. « Je n’aurais jamais pensé que le monde était aussi petit, en fin de compte », ironise Omar Kharoum, sommité de la presse spécialisée algérienne, dans les couloirs de l’Arena Nord.

« Mon enfant est une fille. Elle a été élevée comme une fille, défendait son père, avant le combat. C’est une fille forte. Je l’ai élevée pour qu’elle travaille et soit courageuse. » Du courage, il en fallait en bonne dose pour monter sur le ring devant une adversaire qui, surfant sur la vague de haine, la comparait à un monstre sur ses réseaux quelques heures auparavant. Dans son malheur, l’Algérienne a eu la chance de se présenter dans une salle acquise à sa cause. Ses premiers pas ont été accueillis par les acclamations du public et du chant signature « one, two, three, viva l’Algérie ». « L’ambiance était super, sourit Linda. C’est un peu ce qu’on attendait des supporteurs algériens. Tout le monde était à fond derrière elle. »

« Quelqu’un qui a la force d’un homme n’aurait pas que cinq K.O »

Silencieuse entre les deux combats, Khelif a fait parler sa boxe en ne laissant aucune chance à une adversaire fière de ne pas s’être laissée déborder par sa peur des coups adverses. « C’était un combat difficile, a admis la Hongroise, mais je pense que j’ai pu faire tout ce que je voulais. Et je pense que c’était un bon combat. » A ses côtés, Balazs Furjes, membre hongrois du CIO s’est lancé d’un un numéro d’inversion des rôles, soulignant l’héroïsme de la boxeuse dans un double-discours politiquement correct mais plein de sous-entendus.

« « Nous sommes absolument convaincus que chaque match doit être décidé sur le terrain. Nous n’aurions même pas pu la convaincre, ni le président, ni moi-même, ni l’ensemble du comité olympique, de ne pas se battre. Elle a toujours voulu se battre, et en conséquence de ce que j’ai dit précédemment, il était également clair dès le début que Luca se battrait et donnerait le meilleur d’elle-même, et c’est ce que vous avez pu voir sur les rings. » »

Une certaine tendance à l’exagération qui a le don d’irriter Omar Kharoum, soucieux de rétablir l’honneur d’Imane Khelif. « Vous l’avez vu comme moi, il n’y a pas eu de trop gros coup, elle n’a pas détruit son adversaire. Et je vais vous dire, face à la Thaïlandaise en demi-finale, ce n’est pas tout à fait sûr qu’elle gagne. Je vous donne un chiffre. Elle a gagné pratiquement à peu près 60 combats, elle en a perdu 12, et elle n’a battu ses rivales par K.O. qu’à 5 reprises. Quelqu’un qui a la force d’un homme n’aurait pas que cinq K.O. à son actif ! »

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Le CIO vole au secours d’Imane Khelif

En larmes après l’annonce de sa victoire sur décision à l’unanimité, la boxeuse algérienne a tenu à remercier le public. Derrière les barrières de la zone mixte, pourtant attendue par une foule de journaliste digne des plus grandes stars du sport international, elle ne s’arrêtera que devant nos confrères algériens. « Elle a dit qu’il y avait beaucoup de pression sur elle, résume Kharmoum, et qu’elle a réussi à se maîtriser. Que vous vous imaginez ce que c’est de se sentir femme et de voir un jour tout le monde dire que vous êtes un homme. »

Egalement qualifiée en demi-finale dans une autre catégorie, la Taïwainaise Lin Yu-ting (-57 kg), est au centre d’une controverse similaire. Le CIO, qui a validé leur participation, a répété samedi que les deux sont « nées femmes, ont grandi comme femme, ont un passeport comme tel et ont concouru comme des femmes depuis plusieurs années », selon les mots de son président Thomas Bach. Le Comité olympique a également dénoncé la suspension abusive et subjective des deux combattantes par l’IBA sur décision du Secrétaire Général et du CEO de l’instance. Un choix aux conséquences dévastatrices puisqu’il a contribué à nourrir l’argumentaire réactionnaire. Le CIO rappelle à toutes fins utiles et en conclusion que « les femmes peuvent avoir un taux de testostérone égal à celui des hommes, tout en étant des femmes. »