France - Espagne : « Ils ont été supérieurs »… Mangé tactiquement par la Roja, Didier Deschamps a-t-il raté sa sortie ?
fin en eau de boudin•Pour son avant-dernier match à la tête des Bleus, Didier Deschamps a été une nouvelle fois dominé par l’Espagne, mardi, en demi-finale de la Coupe du mondeAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- L’équipe de France s’est inclinée face à l’Espagne (0-2), mardi à Dallas, et ne disputera pas une troisième finale de Coupe du monde d’affilée.
- Pour sa dernière compétition à la tête des Bleus, Didier Deschamps a eu du mal à trouver un plan pour contrer les Espagnols, qui restent sur trois victoires consécutives contre les Bleus.
- Titularisation de Tchouaméni, remplacement de Rabiot à la mi-temps, Doué sur le banc… Les choix du sélectionneur n’ont pas été gagnants face à la Roja.
De notre envoyé spécial à Dallas, son univers impitoyable
Commençons par une confession. Sur l’autoroute 5x5 voies qui nous menait à l’AT & T Stadium dans la banlieue de Dallas pour assister à la demi-finale de la Coupe du monde entre la France et l’Espagne, on s’est épanchés sur l’épaule de notre inestimable collègue : « Tu penses que s’il gagne une nouvelle Coupe du monde, Didier Deschamps aura droit à sa statue en France ? » La réponse oscillait vers l’affirmatif, alors qu’un énorme truck nous doublait par la droite.
Quelques heures plus tard, le burin, le béton, l’argile et les spatules ont été enterrées au fond du jardin, bien en profondeur. Si Didier Deschamps conserve le plus beau palmarès du football français (deux Coupes du monde, une en tant que joueur, l’autre comme sélectionneur), son avant-dernière sortie à la tête des Bleus, après quatorze ans de service se termine en eau de boudin, avec cette défaite face à des Espagnols (0-2) tellement supérieurs. Un refrain qui revient inlassablement année après année.
L’Espagne, la bête noire de Deschamps
Depuis trois ans, la Roja a pour but de faire souffrir les supporteurs français, avec trois demi-finales d’affilée (Euro 2024, Ligue des nations 2025 et donc Coupe du monde 2026) remportées face aux Bleus. Interrogé en conférence de presse pour tenter de percer le mystère de cette réussite, Luis De La Fuente a mis un petit tacle gentillet estimant que ce match opposait « l’une des meilleures sélections du monde contre la meilleure équipe ».
Si séduisants depuis le début du Mondial, les Bleus de Deschamps sont tombés face à une machine collective rodée. Et peu importe si la star de cette équipe, Lamine Yamal, était loin de son meilleur niveau. La Roja peut faire sans ses fulgurances. Et les Bleus, qui étaient si confiants, avant cette demi-finale, sont tombés de haut. Et il fallait entendre les sorties médiatiques de Kylian Mbappé et Rayan Cherki pour comprendre que quelque chose clochait sur le terrain.
« Ici, on sait tous qu’on faisait peur à tout le monde, a assuré l’ancien Lyonnais. La seule équipe capable de nous éliminer, c’était nous-mêmes. Et c’est ce qui est arrivé. On a été battus, techniquement, tactiquement, dans les duels. »
« On n’a pas fait le match qu’on voulait faire, que ce soit tactiquement ou même techniquement et dans le niveau global qu’on a fourni, a concédé de son côté le capitaine des Bleus sur M6. L’Espagne a dicté son tempo, c’était à nous de changer ce rapport de force. On a échoué. Dès le départ, on s’est retrouvé à 2 contre 3 au milieu et contre l’Espagne c’est compliqué. »
Le milieu, le gros problème des Bleus
Encore plus compliqué quand votre milieu de terrain est totalement désorganisé par des choix avec le recul difficilement compréhensibles, à l’image de la titularisation d’Aurélien Tchouaméni. Blessé depuis plusieurs jours, le vice-capitaine des Bleus avait manqué les deux derniers matchs et il n’a jamais semblé dans le rythme de cette demi-finale, se « cachant » souvent entre les deux centraux pour relancer, hésitant beaucoup dans son placement défensif (comme sur l’énorme action collective de la Roja en première période) ou étant beaucoup trop neutre offensivement.
Auteur d’un énorme match contre le Maroc, Manu Koné a donc vu le début du match depuis le banc des remplaçants, avant d’entrer à la mi-temps à la place d’Adrien Rabiot… qui était jusqu’alors le meilleur joueur sur le terrain avec un nombre de ballons récupérés incalculables. Deschamps a justifié ce choix en raison du carton jaune reçu en première période par l’ancien Parisien, dont l’absence a été préjudiciable après le repos, Koné ne parvenant pas à avoir le même abattage.
Surtout, on peine toujours à expliquer la non-titularisation de Désiré Doué. Non pas que Bradley Barcola ait fait un mauvais match, c’est même l’offensif qui a été le plus en vue, mais l’ancien Rennais offrait la possibilité, comme face au Maroc où il avait été très bon, de glisser en troisième milieu pour aider le double pivot (dans une sorte de Blaise Matuidi 2018). Il aurait été précieux dès le début du match pour contrer l’abattage du trio Rodri-Ruiz-Olmo.
Suffisant pour se poser la question (et c’est facile de le faire après une défaite) si Didier Deschamps, qui s’est laissé porter, comme tous les supporters et les observateurs évidemment, par ce quatuor offensif de gala depuis plusieurs mois face à des nations abordables, n’aurait pas dû revenir à son pragmatisme légendaire avec son traditionnel milieu à trois face à une équipe aussi forte que l’Espagne.
Des remplacements qui n’ont rien changé
Autre souci sur cette avant-dernière de Didier Deschamps, la lecture de la rencontre et notamment le choix de remettre Olise sur le côté, après un début de match catastrophique, et Dembélé dans l’axe au bout de vingt minutes de jeu, une formule qui avait eu peu de réussite lors de la première période face au Sénégal en début de tournoi. Non seulement Olise a continué de flirter avec le ridicule sur cette rencontre et a réussi à « contaminer » le Ballon d’or.
Didier Deschamps a mis un temps fou avant de prendre des décisions pour tenter d’amener un souffle nouveau. Si Doué est entré à la place de Barcola peu avant l’heure de jeu, Michael Olise est lui resté sur la pelouse jusqu’à la 72e alors qu’Ousmane Dembélé a joué l’intégralité de la rencontre et hormis quelques frappes à la fin, n’a jamais su faire de différences face à Cucurella et a eu un énorme déchet technique.
Toute l'actu de la Coupe du monde 2026L’une des meilleures attaques de cette Coupe du monde a dû se contenter de terminer avec 0,3 expected goals. Désolant, même si la défense espagnole, qui n’a encaissé qu’un but durant le tournoi y a aussi sa grande part de responsabilité. « L’Espagne nous a été supérieure aujourd’hui, il faut savoir le reconnaître, a assuré DD. On est un groupe de compétiteurs et s’arrêter avant la fin, ça fait mal. Il faut accepter la défaite, il reste encore la petite finale. » Une petite finale de Coupe du monde, samedi à Miami, lui qui en a connu deux grandes sur le banc, ce n’était sûrement pas la fin espérée.


















